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LA TRIBUNE D' UN HOMME LIBRE, REVUE DE PRESSE NON-CONFORMISTE

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    Tunisie : Le terrorisme peut triompher

    de l’état de droit

     
    Kasserine

    Tunisie : Le terrorisme peut triompher de l’état de droit

     

    La stratégie anti touristes risquerait d’en être validée. La Tunisie va mal.

    Les grandes déclarations idéologiques sur le pays arabe qui aurait réussi même à retardement son printemps sont face à la fracture économique.

    5 ans après que Ben Ali soit parti pour une vie confortable en Arabie saoudite, la misère progresse dans le pays.

     Certes, l’horrifique parenthèse du régime islamique a été provisoirement refermée. Mais les avancées  même modestes de l’état de droit sous le contrôle partiel des « anciens » sont confrontées au risque d’une nouvelle explosion sociale.

    L’économie tunisienne ne cesse de régresser. Cet échec du pouvoir actuel est largement dû à l’effondrement du secteur touristique en raison de l’incapacité de l’état à rassurer sur la sécurité, face au terrorisme islamique

    . Si la Tunisie était déstabilisée à nouveau à cause de cette stratégie ce serait un encouragement terrible pour la multiplier partout du Maroc à l’Indonésie.

     

    Une fois de plus l’enjeu Tunisie se révèle majeur

    En 2015, la croissance devrait être inférieure à 1%, notamment plombée par la crise du secteur touristique, conséquence de l’instabilité et des attaques djihadistes. Le chômage au niveau national dépasse 15% et atteint le double chez les diplômés.

    Selon une étude publiée par l’institut WIN/Gallup International et repérée par le Huffpost Maghreb, les Tunisiens seraient eux-mêmes pessimistes concernant l’année à venir.

    À la question «Pensez-vous que 2016, sera meilleur, pire ou pareil que 2015?», 45% des personnes interrogées estiment que 2016 sera pire que 2015.

    Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s’immolait par le feu à Sidi Bouzid. Son décès est considéré comme l’étincelle de la révolution tunisienne.

    Aujourd’hui, c’est la mort de Ridha Yahyaoui qui enflamme le cœur de la Tunisie. Ce jeune chômeur de 28 ans est mort électrocuté samedi, en haut d’un poteau près du siège du gouvernement à Kasserine, alors qu’il manifestait pour son droit au travail.

    Le mouvement s’est étendu les jours qui suivirent à de nombreuses villes et des heurts avec les forces de l’ordre se sont produits. «C’est comme si nous étions encore à la fin 2010-début 2011. Kasserine est en feu et les villes voisines l’appuient, les manifestants prennent les rues et les institutions publiques, la police fait usage de la force et l’armée intervient», raconte le quotidien arabophone Al Chourouk.

    Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Walid Louguini, a justifié ce couvre-feu par la nécessité de «protéger les vies», d’éviter toute «escalade» mais aussi d’empêcher «les éléments terroristes d’essayer d’exploiter cette situation».

    L’instabilité ne peut que favoriser les terroristes et décourager le retour des touristes.

    La Tunisie n’est pas sortie du tunnel où l’a plongé l’islamisation politique puis terroriste d’un faux printemps arabe.

    L’exemple tunisien salué par certains, reste plus que fragile. Il est même en ce moment plus menacé que jamais depuis le départ du pouvoir politique des islamistes

    Jean Bonnevey

    Source:   http://metamag.fr/2016/01/21


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    La situation militaire actuelle en Syrie

    Publié par wikistrike.com sur 23 Janvier 2016, 19:54pm

     

    Catégories : #Politique internationale

    La situation militaire actuelle en Syrie

    Depuis le 6 janvier, qui marque la fin de la première phase des bombardements russes, l’armée arabe syrienne reconquiert le terrain sur tous les fronts, à l’exception d’une zone au Nord d’Alep.

    En effet, de nouveaux jihadistes, c’est-à-dire des troupes fraîches, viennent d’y arriver par la Turquie, avec de nouveaux équipements.

    D’une manière générale, les bombardements ont détruit l’ensemble des bunkers que les Occidentaux et les puissances du Golfe avaient construits, de sorte que les jihadistes n’ont plus d’installations protégées, même s’ils conservent de nombreux tunnels où se cacher.

    De très nombreux combattants ont fui, mais l’arrivée de renforts jihadistes montre que la guerre est loin d’être terminée et que l’Otan n’a toujours pas renoncé.

    L’armée arabe syrienne devrait sécuriser rapidement l’essentiel du pays habité, le Sud et le Nord-Ouest.

    Les combats devraient alors se concentrer au Nord-Est, dans la zone proche des frontières turque et kurde d’Irak.

     

    Les bombardements auxquels l’aviation russe a procédé depuis le 30 septembre 2015 visaient à détruire l’infrastructure militaire des jihadistes qui se battent contre la République arabe syrienne.

    Les Russes ont utilisé principalement des bombes et des missiles de haute précision [1].

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    Les bombardiers russes Su-24 M, Su-25 SM3 et Su-34 ont attaqué des dépôts d’armes, de munitions et des installations de fabrication d’explosifs installés par les jihadistes.

    Ces bombardements visaient à limiter leur puissance de feu. Des dépôts de carburant et des parcs automobiles ont également été bombardés pour limiter leur capacité de manœuvre.

    Les Russes ont aussi bombardé des camps d’entrainement, des centres de commandement et de transmissions afin de limiter leur capacité de contrôler et de coordonner leurs actions.

    De leur côté, les hélicoptères d’attaque russes Mi-24 V ont détecté la création de petits groupes mobiles de combattants et attaqué leurs véhicules, réduisant leur mobilité.

    Le résultat de l’action de l’aviation russe se reflète dans l’avance enregistrée par les troupes terrestres syriennes pendant les deux à trois derniers mois [2].

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    Dans le nord-ouest du territoire syrien (gouvernorat d’Alep, d’Idlib et le nord du gouvernorat de Lattaquié), la partie la plus densément peuplée du pays, il y a une zone continue contrôlée par environ 12 000 combattants soi-disant « modérés » (appartenant pour la plupart au Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) et 5 000 combattants de l’ÉI.

     

    En dehors d’une zone tampon partiellement occupée par les forces kurdes, l’ensemble de la frontière nord-ouest de la Syrie est contrôlée par les jihadistes.

    C’est ici que l’on trouve les corridors d’approvisionnement en armes, en recrues et en munitions depuis la Turquie, à la fois pour l’ÉI et pour les « modérés ».

     

    Dans le sens opposé, en direction de la Turquie, affluent des camions citernes avec du pétrole syrien, extrait de zones contrôlées par l’ÉI [3].

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    L’armée arabe syrienne a enregistré des victoires importantes, en prenant le contrôle des quartiers ouest de la ville d’Alep et de la région alentour au Sud et à l’Est, au détriment des jihadistes « modérés » et des groupes Al-Jabha à Shamiya, Ahrar al-Sham et État islamique [4].

    Comme le tronçon Alep- Hama de l’autoroute Alep-Damas est contrôlé par les jihadistes, elle a ouvert une route alternative Alep-Hama passant à l’est.

     

    Grâce à cette opération offensive, elle a réussi à s’interposer, isolant des groupes jihadistes des troupes de l’ÉI, des groupes qui, le plus souvent, agissent conjointement contre elle.

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    Entre Homs et Hama, l’armée arabe syrienne a réussi à enfermer dans une poche, à Rastan, environ 1 800 rebelles du Front al-Nosra.

    À l’est de Homs, un groupe de l’ÉI composé de 1 500 combattants s’est immédiatement interposé derrière elle, afin de dégager le Front al-Nosra de son encerclement.

    Elle a créé un dispositif offensif d’une grande mobilité au sud de Homs, qui a progressé grâce à une action offensive jusqu’à Palmyre.

    Grâce à cette manœuvre, elle a coupé la voie d’approvisionnement de l’ÉI à l’Est de Homs, déjouant le plan d’offensive conjointe des terroristes islamistes du Front al-Nosra et de l’ÉI.

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    Au nord de Damas, 3 000 mercenaires de Jaysh al-Islam combattent contre l’armée arabe syrienne. À l’est de Damas, elle doit affronter 5 500 ihadistes du Front islamique.

     

    Les deux groupes ont été recrutés, armés et financés par l’Arabie Saoudite. Dans le sud-Est de Damas les combats se déroulent contre un groupe de l’ÉI composé de 1 500 ihadistes.

     

    L’offensive de l’armée arabe syrienne est très difficile parce que la zone a été préparée, infestée de tunnels où les jihadistes parviennent à apporter des munitions et à loger des combattants à partir de la Jordanie.

     

    Ils organisent de fréquentes embuscades dans lesquelles ils utilisent des kamikazes.

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    Au Sud de Damas, se trouve le gouvernorat de Deraa, la zone frontalière avec Israël et la Jordanie, où passe l’autoroute Alep-Damas-Amman-Aqaba.

    Dans l’Ouest de ce gouvernorat, le long de la frontière avec Israël, sont concentrés 9 500 jihadistes de l’Armée syrienne libre (ASL) et du Front islamique, auxquels il faut ajouter 1 500 combattants du Front al-Nosra. L’ASL a été [crée par la France et] armée par les États-Unis, formée dans des bases en Jordanie et approvisionnée en permanence en armes, combattants et munitions en provenance de Jordanie.

     

    Deux groupes de l’ÉI avec un effectif de 3 000 combattants sont déployés dans le gouvernorat voisin d’As-Suwayda, situé sur la frontière avec la Jordanie dans des localités avec des moyens de communications.

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    Dans le nord de la Syrie, les champs de pétrole du gouvernorat de Rakka sont occupés par un groupe de l’ÉI de 2 500 combattants.

     

    Dans le Nord-Est de la Syrie, à la frontière avec l’Irak, les champs pétrolifères d’Ash Shaddadyi sont occupés par encore 2 500 combattants de l’ÉI.

     

    Dans le Sud-Est, toujours à la frontière irakienne, un autre groupe de l’ÉI, composé de 3 000 combattants, occupe les champs pétrolifères d’Abu Kemal, dans le gouvernorat de Deir Ez-Zor.

    Parmi les trois zones contrôlées par l’ÉI, se trouve la ville de Deir Ez-Zor, siège d’une garnison défendue par la 104ème Brigade parachutiste.

    Cette brigade est une autre tête de pont de l’armée arabe syrienne prévue pour déclencher l’offensive généralisée contre l’ÉI.

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    Une offensive majeure de l’armée arabe syrienne pourrait être lancée au début de mars, dans le nord-ouest du pays.

    Les directions de l’offensive seront Alep- Idlib, Lattaquié-Idlib et Hama-Idlib. Pour ce faire, la Russie transporte quotidiennement des unités de l’armée arabe syrienne, de grandes quantités de munitions de tous calibres, des lance-roquettes, des obusiers et des blindés automoteurs.

     

    La Russie est intéressée à tester ces nouveaux types d’armes, dans les conditions réelles du champ de bataille en Syrie.

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    Par exemple, pour la conquête des portions stratégiques 754,5 dans le Nord de la province de Lattaquié, l’armée arabe syrienne a utilisé pour la première fois, six systèmes russes sur chenilles de type « Plateforme-M », et quatre systèmes sur roues de type « Argo ».

    Ces robots sont équipés de dispositifs optoélectroniques pour détecter les cibles, sont armés de mitrailleuses et de lance-roquettes, sont protégés par un blindage, et sont contrôlés à distance.

    Ils sont capables d’opérer sur des terrains montagneux et boisés, se rapprochant à une distance de 100 à 120 m des lignes de défense ennemies, et e déclencher le feu par surprise.

    Leur mission est d’attirer sur eux le feu de l’infanterie ennemie, et ainsi de dévoiler le dispositif de défense qui peut alors être frappé par l’artillerie de l’armée arabe syrienne.

    L’armée arabe syrienne espère détruire ou capturer les jihadistes de la poche de Rastan, d’ici fin février.

    Avec de petites opérations offensives, elle pense assurer l’isolement total du groupe du reste des autres jihadistes. Simultanément, elle va achever le processus de nettoyage de la zone de la frontière avec la Turquie, et éliminer les rebelles islamistes dans le Nord du gouvernorat de Lattaquié.

    L’objectif, est de pénétrer profondément dans le nord, le long de la frontière avec la Turquie et dans le gouvernorat d’Idlib.

     

    La sécurisation de la frontière avec la Turquie représenterait pour la Syrie la garantie que les jihadistes ne pourront plus être approvisionnés en armes modernes et en munitions, notamment en missiles états-uniens anti-char BGM-71 TOW.

     
     

    Traduction 
    Avic
    Réseau International 

    [1] « Munitions "intelligentes" utilisées par la Russie en Syrie », Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau international, 3 novembre 2015.

    [2] « L’hélicoptère Mi-24 crée la panique chez les rebelles en Syrie », Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau international, 19 octobre 2015.

    [3] « La Russie expose les preuves du trafic de pétrole de Daesh via la Turquie », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau Voltaire, 3 décembre 2015.

    [4] « Bataille acharnée pour Alep », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau international, 29 octobre 2015.


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    Les ‘‘Printemps’’ n’ont généré que le chaos, la mort, la haine, l’exil et la désolation dans plusieurs pays arabes

    Maghreb
    30
     
     
     
    tunisie
     
    Émeutes à Kasserine (janvier 2016)
     

    Ahmed Bensaada, universitaire algérien installé au Canada depuis plusieurs années, suit attentivement les mutations et bouleversements au Maghreb et au Moyen-Orient auxquels il a consacré plusieurs articles, colloques et conférences…

    Sur les Printemps arabes, il a porté dès le départ un regard très critique dont il a fait la synthèse dans un livre, Arabesque américaine, puis dans Arabesque$, une nouvelle édition corrigée et enrichie, d’une actualité plus que jamais brûlante. Cinq ans après !

    ENTRETIEN AVEC AHMED BENSAADA RÉALISÉ PAR NORDINE AZZOUZ

    Reporters: Cinq ans sont passés depuis ce qu’on a appelé les « printemps arabes ».

    Le bilan, on le voit, n’est pas très réjouissant voire catastrophique dans beaucoup de pays concernés. Pourquoi, selon vous ?

    Ahmed Bensaada: « Pas très réjouissant », vous dites ? Ces bouleversements majeurs que la bien-pensance occidentale a précipitamment et fallacieusement baptisé « printemps » n’ont généré que le chaos, la mort, la haine, l’exil et la désolation dans plusieurs pays arabes.

    Il faudrait peut-être demander aux citoyens des pays arabes « printanisés » si la désastreuse situation dans laquelle ils vivent peut être qualifiée de printanière.

    Et les chiffres sont éloquents à ce sujet. Une récente étude a montré que cette funeste saison a causé, en cinq ans, plus de 1,4 million de victimes (morts et blessés), auxquelles il faut ajouter plus de 14 millions de réfugiés. Ce « printemps » a coûté aux pays arabes plus de 833 milliards de dollars, dont 461 milliards de pertes en infrastructures détruites et en sites historiques dévastés. D’autre part, la région MENA (Middle East and North Africa – Moyen-Orient et Afrique du Nord) a perdu plus 103 millions de touristes, une vraie calamité pour l’économie.

    Lors de la parution de la première version de mon livre « Arabesque américaine » (avril 2011), j’ai mis en évidence l’ingérence étrangère dans ces révoltes qui ont touché la rue arabe ainsi que la non-spontanéité de ces mouvements. Certes, les pays arabes étaient, avant ces évènements, dans un réel état de décrépitude : absence d’alternance politique, chômage élevé, démocratie embryonnaire, mal de vivre, droits fondamentaux bafoués, manque de liberté d’expression, corruption à tous les niveaux, favoritisme, exode des cerveaux, etc. Tout cela représente un « terreau fertile » à la déstabilisation.

    Mais bien que les revendications de la rue arabe soient réelles, des recherches fouillées ont montré que les jeunes manifestants et cyberactivistes arabes étaient formés et financé par des organismes américains spécialisés dans l’« exportation » de la démocratie, tels que l’USAID, la NED, Freedom House ou l’Open Society du milliardaire George Soros, Et tout cela, des années avant l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi.

    Ces manifestants qui ont paralysé les villes arabes et qui ont déboulonné les vieux autocrates arabes assis sur le pouvoir depuis des décennies, représentaient pourtant une jeunesse pleine de fougue et de promesses.

    Une jeunesse instruite, maniant avec brio les techniques de la résistance non violente et ses slogans percutants.

    Ces mêmes techniques qui ont été théorisées par le philosophe américain Gene Sharp et mises en pratique par les activistes serbes d’Otpor dans les révolutions colorées. Ces mêmes techniques enseignées aux jeunes manifestants arabes par les fondateurs d’Otpor dans leur centre CANVAS (Center for Applied Non Violent Action and Strategies) spécialement conçu pour la formation des dissidents en herbe.

    Une jeunesse férue de nouvelles technologies dont les leaders ont été ciblés, formés, réseautés et soutenus par les géants américains du Net par l’intermédiaire d’organismes américains comme l’AYM (Alliance of Youth Movements).

    Mais tout comme les activistes des révolutions colorées, les cyberdissidents arabes ne sont entraînés qu’à étêter les régimes. Ils sont en fait – probablement à leur insu – « commandités » pour mener à bien la chute du sommet de la pyramide du pouvoir. Ils n’ont aucune compétence dans la marche à suivre lorsque les autocrates sont chassés et que le pouvoir devient vacant.

    Ils n’ont aucune aptitude politique pour mener à bien cette transition démocratique qui devrait suivre ce changement majeur.

    Dans un article sur les révolutions colorées écrit en 2007 par le journaliste Hernando Calvo Ospina dans les colonnes du Monde diplomatique, on peut lire : « la distance entre gouvernants et gouvernés facilite la tâche de la NED et de son réseau d’organisations, qui fabriquent des milliers de « dissidents » grâce aux dollars et à la publicité.

    Une fois le changement obtenu, la plupart d’entre eux, ainsi que leurs organisations en tout genre, disparaissent sans gloire de la circulation».

    Ainsi, dès que le rôle attribué aux cyberactivistes s’achève, ce sont les forces politiques en place, à l’affût de tout changement majeur, qui occupent le vide créé par la disparition de l’ancien pouvoir.

     

    Dans le cas de la Tunisie et de l’Égypte, ce sont les mouvements islamistes qui ont profité dans un premier temps de la situation, évidemment aidés par leurs alliés tels les États-Unis, certains pays occidentaux et arabes et la Turquie qui devait servir de modèle.

    Il est clair que ce « printemps » n’a rien à voir avec les slogans vaillamment scandés par les jeunes cyberactivistes dans les rues arabes et que la démocratie n’est qu’un miroir aux alouettes.

    En effet, comment ne pas se poser de sérieuses questions sur ce « printemps » lorsqu’on constate que les seuls pays arabes qui ont subi cette saison sont des républiques ?

    Est-ce un hasard si aucune monarchie arabe n’ait été touchée par ce tsunami « printanier », comme si ces pays étaient des sanctuaires de la démocratie, de la liberté et des droits de l’homme ?

    L’unique tentative de soulèvement antimonarchique, celle du Bahreïn, a été violemment étouffée par la collaboration militaire du Conseil de coopération du Golfe (CCG), le silence complice des médias mainstream et la connivence de politiciens pourtant si loquaces lorsque des événements analogues ont touché certaines républiques arabes.

    Ce « printemps » vise la déstabilisation de certains pays arabes bien ciblés dans un cadre géopolitique beaucoup plus grand, très certainement celui du « Grand Moyen-Orient ».

    Cette doctrine préconise le remodelage des frontières d’une région géographique regroupant les pays arabes et certains pays avoisinants, mettant ainsi fin à celles héritées des accords Sykes-Picot. Bien que lancé sous la houlette du président G.W. Bush et de ses faucons néoconservateurs, ce projet s’inspire d’une idée théorisée en 1982 par Oded Yinon, un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères israélien. Le « Plan Yinon », comme on le nomme, avait à l’origine pour objectif de « défaire tous les États arabes existants et de réorganiser l’ensemble de la région en petites entités fragiles, plus malléables et incapables d’affronter les Israéliens».

    Et la partition est malheureusement en cours…

    Dans ce tableau, La Tunisie, tout de même, demeure une exception. Comment peut-on l’expliquer ?

    Certes, comparativement à la Libye, la Syrie ou le Yémen, la situation en Tunisie peut paraitre intéressante. Mais dans l’absolu, la Tunisie ne représente pas un modèle de réussite tel que veulent nous le faire croire les médias mainstream.

    Et ce n’est pas le Prix Nobel récemment octroyé à la Tunisie qui y change quelque chose. Quand on voit à qui il a été décerné ces dernières années, on se demande sérieusement d’ailleurs à quoi sert ce prix.

    Et les Tunisiens qui, eux, vivent depuis cinq ans la « printanisation » de leur pays en savent quelque chose.

    Commentant ce cinquième anniversaire, certains blogueurs n’ont pas été tendres. « Seul pays démocratique du Maghreb + Prix Nobel, tout le reste est pire que la période ZABA (Zine el-Abidine Ben Ali)». Ou encore, avec une pointe d’humour : « Injustice sociale, torture, impunité, on s’en fout on est des prix Nobel ».

    Dans une récente interview au Figaro, mon ami tunisien, le philosophe Mezri Haddad, a déclaré : « Partout, y compris en Tunisie que l’on présente comme le bon paradigme révolutionnaire et auquel l’on décerne le prix Nobel de la paix faute d’effacer sa dette extérieure devenue vertigineuse en moins de 5 ans et de soutenir son économie aujourd’hui agonisante, le « printemps arabe » a détruit plus qu’il n’a construit».

    Avant d’ajouter : « Depuis 2011, la Tunisie est devenue le premier pays exportateur de main-d’œuvre islamo-terroriste aussi bien en Libye qu’en Syrie. Les rapports des Nations unies sont accablants pour le Tunisien que je suis. L’auteur du dernier attentat suicide à Zliten en Libye est un Tunisien, comme celui qui s’est attaqué à la mosquée de Valence, ou celui qui vient de se faire abattre devant le commissariat du XVIIIe arrondissement de Paris».

    En effet, la Tunisie reste encore, de loin, le plus grand pourvoyeur au monde de djihadistes daéchiens en Syrie. Triste record pour un pays qu’on veut faire passer pour une exception qui justifie la terminologie printanière.

    Et cela, sans compter les assassinats politiques, les attentats terroristes aveugles qui ont endeuillé le pays et les sordides histoires du « jihad al-nikah » popularisé par de jeunes tunisiennes radicalisées.

    Et ce n’est pas non plus le déménagement de la famille du Goncourt au Musée du Bardo encore marqué par les stigmates de l’attentat du 18 mars 2015 qui lui donnera le sceau d’un pays qui a réussi sa transition démocratique.

    Ce « coup de pouce » français n’effacera d’aucune manière la bourde de la ministre française, Michèle Alliot-Marie, qui avait proposé le savoir-faire français à la police de Ben Ali pour « régler les situations sécuritaires», histoire de mettre fin à l’impertinence de ces manifestants qui avaient envahi l’avenue Bourguiba.

    Et ces manifestants qui arboraient leur jeunesse comme bannière d’un avenir radieux, que pensent-ils, après avoir poussé le président Ben Ali à la sortie, de l’âge de ces « dinosaures » politiques qui l’ont remplacé ?

    Jugez-en : Moncef Marzouki (71 ans), Rached Ghannouchi (75 ans) et, surtout, le président actuel, Béji Caïd Essebsi (90 ans). Peut-on réellement croire qu’une révolte intrinsèquement jeune, qualifiée de « facebookienne », puisse être représentée par des gérontocrates, d’anciens caciques de régimes honnis, des islamistes belliqueux ou ceux confondant l’intérêt du pays avec celui, supranational, de leur confrérie ?

    Pensaient-ils qu’un jour une loi électorale serait votée pour réhabiliter les anciens partisans de Ben Ali qu’ils ont combattu avec acharnement ?

    Auraient-ils imaginé que cinq ans – presque jour pour jour – après le départ de Ben Ali, Ridha Yahyaoui, un jeune diplômé chômeur tunisien, se donnerait la mort à Kasserine pour protester contre le favoritisme dans l’embauche, fléau qu’ils avaient dénoncé et contre lequel ils s’étaient battus ?

    Et que les émeutes qui ont suivi ce drame soient durement réprimées ?

    Qu’y a-t-il eu de si positif dans ce « printemps » tunisien si, cinq ans plus tard, Yahyaoui imite Bouazizi pour les mêmes raisons ?

    Quelle différence ou de nuance d’analyse doit-on avoir, selon vous, dans l’analyse des réalités actuelles dans des pays comme la Syrie ou la Libye, pays qui nous concerne au premier chef compte tenu du voisinage et de la proximité.

    La guerre civile qui fait actuellement rage en Syrie a des curieuses similitudes avec la celle qui a prévalu en Libye : a) l’épicentre initial de la révolte syrienne n’était pas situé dans la capitale mais dans une région frontalière (contrairement à la Tunisie et l’Égypte) ; b) un « nouvel ancien » drapeau est apparu comme étendard des insurgés; c) La phase non-violente de la révolte a été très courte; d) l’implication militaire étrangère (directe ou indirecte) a rapidement transformé les émeutes non-violentes en une sanglante guerre civile.

    En effet, lorsque la théorie de Gene Sharp ne fonctionne pas et que les enseignements de CANVAS ne portent pas fruit comme dans le cas de la Libye et de la Syrie, les manifestations se transforment très rapidement en guerre civile. Cette métamorphose s’opère grâce à une ostensible ingérence étrangère des mêmes pays cités précédemment via l’OTAN (cas de la Libye) ou de coalitions hétéroclites (cas de la Syrie).

    Ainsi, les pays occidentaux (avec l’aide de leurs alliés arabes et régionaux) peuvent passer, sans états d’âme, d’une approche non-violente à la Gene Sharp à une guerre ouverte, sanglante et meurtrière où le sang arabe coule à flot.

    L’éphémère phase sharpienne des manifestations populaires a même été utilisée pour justifier l’intervention militaire de l’OTAN en Libye ou de la coalition anti-Bachar en Syrie.

    La résolution 1973 qui a permis la destruction de la Libye a été justifiée par la fausse accusation selon laquelle les forces loyalistes de Kadhafi auraient fait pas moins de 6000 morts dans les populations civiles. 

    De nombreux pays ont d’ailleurs estimé que les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et leurs alliés ont détourné et abusé de cette résolution en permettant à l’OTAN d’outrepasser le mandat du Conseil de sécurité.

    Il s’agit en particulier de la Russie et de la Chine qui, comprenant « la leçon de la résolution 1973 », opposent leurs vétos à toute résolution onusienne condamnant la Syrie ou son président, Bachar Al-Assad.

    Sans cela, les télévisions mainstream du monde entier nous auraient montré les images du président Bachar, le cœur dévoré ou la tête arrachée par des djihadistes spécialistes de la question qui pullulent en Syrie grâce à la collaboration active des Occidentaux et de leurs alliés.

    D’ailleurs, l’étude des courriels de madame Hillary Clinton a montré que les motivations de l’élimination de Kadhafi n’avaient rien à voir avec une quelconque volonté de démocratisation de la Libye, mais relevaient d’intérêts stratégiques, économiques, politiques et d’un fameux trésor en or. Il en est de même pour le président syrien.

    Il est aussi intéressant de noter que des investigations très sérieuses menées par des spécialistes américains ont montré que la guerre en Libye n’était pas nécessaire, qu’elle aurait pu être évitée si les États-Unis l’auraient permis et que l’administration américaine a facilité la fourniture d’armes et le soutien militaire à des rebelles liés à Al-Qaïda.

    D’autre part, le contre-amiral américain à la retraite Charles R. Kubic a révélé que Kadhafi était disposé à partir pour permettre l’établissement d’un gouvernement de transition à deux conditions.

    La première était de s’assurer, après son départ, qu’une force militaire reste pour chasser Al-Qaïda et, dans la seconde, il demandait un libre passage ainsi que la levée des sanctions contre lui, sa famille et ses fidèles.

    De son côté, l’ancien président de la Finlande (1994-2000) et prix Nobel de la Paix (2008), Martti Ahtisaari a reconnu avoir été mandaté par l’administration russe pour trouver une solution pacifique au conflit syrien et ce, dès le début de l’année 2012.

    Le plan de résolution du conflit syrien proposé aux représentants des cinq nations membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies comprenait trois points : 1) ne pas armer l’opposition ; 2) organiser un dialogue entre l’opposition et Bachar Al-Assad ; 3) permettre à Bachar Al-Assad de se retirer élégamment.

    Selon Martti Ahtisaari, aucune suite n’a été donnée après la présentation de cette proposition aux représentants américain, britannique et français.

    Il apparaît donc clair que le but de ce « printemps » n’a rien à voir avec la démocratie et les droits humains en Libye et en Syrie (et ailleurs dans la région MENA), mais l’élimination physique des présidents Kadhafi et Bachar Al-Assad, quitte à détruire ces deux pays et à liquider des milliers d’Arabes, quitte à financer des djihadistes mangeurs de cœurs et coupeurs de têtes et s’en offusquer lorsqu’ils retournent leurs armes contre leurs créateurs.

    Bien au contraire, ce qu’on appelle « printemps » dans les cas libyen et syrien sont des exemples pédagogiques de guerres civiles fomentées de l’étranger sous motifs droit-de-l’hommistes.

    Actuellement, ces deux pays sont des terres d’instabilité géopolitique et des repaires de djihadistes daéchiens, ouvertement financées par des pays occidentaux, des pays arabes et des puissances régionales.

    Dans le cadre de cette forte turbulence politique et d’ingérence étrangère agressive, l’Algérie a été une cible de choix et le reste toujours. Rappelons que des jeunes Algériens ont aussi participé aux formations des Serbes de CANVAS et que de nombreux pays ont parié sur la « printanisation » (violente ou non) de l’Algérie. Les mauvais souvenirs de la décennie noire et l’éphémérité de la CNCD (Coordination nationale pour le changement et la démocratie) en ont décidé autrement.

    Actuellement, la situation libyenne est évidemment très préoccupante pour la sécurité et la stabilité de l’Algérie.

    Certains observateurs estiment à 300 le nombre de milices armées en Libye et notent qu’elles sont fortement reliées à leurs homologues tunisiennes. En effet, selon un compte rendu de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française datant de novembre dernier, « l’ensemble des attentats récents en Tunisie ont été organisés et planifiés depuis la Libye».

    Ainsi, et contrairement aux déclarations belliqueuses et malintentionnées de Nicolas Sarkozy – un des responsables majeurs de la destruction de la Libye – c’est plutôt l’Algérie qui devrait actuellement se plaindre de son « emplacement géographique» frontalier avec la Tunisie et la Libye.

    Cela est d’autant plus vrai que la collaboration entre Daech en Libye et les mouvements terroristes du Sahel est de plus en plus évidente, ce qui donne encore plus de fil à retordre à l’Algérie pour sécuriser son Sud.

    On voit donc bien que, même si l’Algérie n’a pas été directement touchée par cette lugubre saison, la « printanisation » de ses voisins lui pose des défis majeurs.

    Dans votre livre « Arabesque$* » dont on vient d’apprécier une nouvelle édition revue et enrichie, la thèse que vous défendez est celle d’une grande implication et d’une grande responsabilité des États-Unis dans les « printemps arabes », un engagement américain que vous assimilez ni plus ni moins qu’à des opérations de déstabilisation des États et des régimes en place dans le monde arabe.

    Jusqu’à quel point, au-delà de la thèse, et sur des points factuels précis, continuez-vous à défendre cette analyse ?

    Lorsque la première version de mon livre intitulée « Arabesque américaine » a été publiée en avril 2011, elle a été accueillie avec beaucoup de scepticisme car la thèse qui y était développée s’opposait à l’euphorie « printanière » ambiante et venait mettre un bémol à un unanimisme extatique.

    Cette béatitude face à une « révolution » arabe immaculée, orchestrée par une belle jeunesse instruite et impétueuse ne devait en aucun cas être souillée par des accusations qui, de toute façon, ne pouvaient être que calomnieuses. Ce discours a été entretenu par les médias mainstream et de nombreux spécialistes « cathodiques » dont il subsiste encore quelques spécimens rétifs.

    Il faut reconnaître que s’opposer au romantisme révolutionnaire porté à son paroxysme, quelques semaines à peine après la chute de Ben Ali et de Moubarak, relevait certainement d’une inconsciente témérité.

    Pourtant, la thèse présentée dans ce livre – qui comporte plus de 260 références toutes facilement vérifiables – a été méticuleusement élaborée grâce à l’analyse de nombreux livres, documents officiels, rapports d’activités, câbles Wikileaks, etc.

    Il est clair que ce ne sont pas les États-Unis qui ont provoqué le « printemps » arabe. Comme expliqué précédemment, la situation politique et socioéconomique des pays arabes est un terreau fertile à la dissidence et à la révolte.

    Cependant, l’implication américaine dans ce processus n’est pas anodine, loin de là.

    Le rôle primordial des organismes spécialisés dans l’« exportation » de la démocratie et majoritairement subventionnés par le gouvernement américain, les formations théoriques et pratiques à la résistance non-violente dispensées par CANVAS, la constitution d’une « ligue arabe du Net » maîtrisant les nouvelles technologies, l’élaboration d’outils de navigation anonyme gratuitement distribués aux cyberactivistes, l’étroite collaboration entre les cyberdissidents et les ambassades américaines dans les pays arabes, l’ampleur des sommes investies, l’engagement militaire et les gesticulations diplomatiques de haut niveau le confirment.

     

    Et comme la politique étrangère des États-Unis n’a jamais été un modèle de philanthropie, il faut se rendre à l’évidence que les Américains ont fortement influencé le cours des évènements. Sans oublier que toutes ces actions ont été entreprises des années avant le début du « printemps » arabe.

    À mesure que le temps avançait, la nature perfide de ces « révolutions » a été révélée, les langues se sont déliées et de nouveaux documents ont fait surface. Non seulement, rien n’est venu démentir ma thèse, mais elle a été remarquablement confirmée.

    C’est ce qui a justifié la rédaction d’une nouvelle version du livre, intitulée « Arabesque$ – Enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes » et éditée en septembre 2015. En comparaison de l’ouvrage précédent, le nouveau comporte plus de 600 références et son nombre de pages a été presque triplé.

    Parmi les documents explicites, citons, par exemple, l’étude réalisée en 2008 par la RAND corporation (bureau d’études de l’Armée US), qui a servi de fondement pour une politique américaine d’« exportation » de la démocratie vers les pays arabes basée sur la formation, le soutien et le réseautage d’activistes provenant de ces pays.

    Un autre document mérite aussi d’être mentionné. Il s’agit d’un rapport émanant du département d’État américain, rédigé en 2010 et obtenu en 2014 grâce à la loi pour la liberté d’information.

    Ce rapport explique clairement « la structure élaborée de programmes du département d’État visant à créer des organisations de la « société civile », en particulier les organisations non gouvernementales (ONG), dans le but de modifier la politique intérieure des pays ciblés en faveur de la politique étrangère des États-Unis et ses objectifs de sécurité nationale. Tout en utilisant un langage diplomatique, le document -précise que l’objectif est la promotion et le pilotage des changements politiques dans les pays ciblés ».

    L’implication des États-Unis dans le « printemps » arabe n’est donc pas une simple vue de l’esprit. Son existence est ouvertement reconnue par l’administration américaine elle-même. C’est ce qui est expliqué avec moult détails dans le livre « Arabesque$ »

    Partagez-vous l’assertion selon laquelle « les printemps arabes, c’est fini ! » ? Quels scénarios possibles voyez-vous en Syrie et surtout en Libye, pays dont les acteurs peinent à s’entendre sur une solution politique et pour lesquels il existe des prévisions en Europe notamment d’engagement militaire ?

    Qu’on se le dise : le « printemps » arabe n’a jamais été un printemps vu ses conséquences désastreuses sur les populations, ni intrinsèquement arabe car les mouvements de contestation ont été très largement noyautés par des organismes étrangers, essentiellement étasuniens.

    Est-ce que le processus de « printanisation » du monde arabe tire à sa fin ? Très certainement. Les peuples arabes ne sont pas dupes. Les exemples de la sauvage destruction de la Libye, de la Syrie et du Yémen sont suffisants pour convaincre les plus récalcitrants.

    Le monde arabe a impérativement besoin d’opérer des changements majeurs dans différents domaines de la société : politique, socioéconomique, culturel, liberté d’expression, droit humains, etc. Mais faut-il réaliser ces changements en détruisant les pays et en permettant la résurgence de pratiques moyenâgeuses semant la mort, la haine et la désolation ? Certes non.

    D’autre part, ces changements ne doivent aucunement obéir ni bénéficier à des agendas étrangers et les pays arabes ne doivent pas faire en sorte que leurs terres deviennent le terrain de jeu de puissances sur lequel s’élaborent des guerres « low cost » où seul le sang arabe est versé.

    C’est le cas de la Syrie dans la mesure où ce pays est actuellement la scène d’affrontements (directs ou indirects) de nombreux belligérants, chacun ayant sa propre ambition, loin de celle des Syriens eux-mêmes.

    En ce qui concerne la Libye, toute nouvelle intervention militaire occidentale dans ce pays risque d’avoir des conséquences indésirables sur le territoire algérien. C’est pour cette raison que l’Algérie est fermement opposée à cette éventualité et ne ménage aucun effort pour trouver une solution politique à ce conflit et faire asseoir autour d’une même table les différentes factions en conflit.

    Car ce n’est qu’en permettant aux citoyens d’un même pays de discuter ensemble, de bonne foi, tenant compte de leurs intérêts nationaux et non de ceux des autres, que le monde arabe réussira à se sortir de la situation de déliquescence avancée dans laquelle il s’est fourvoyé.

    ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NORDINE AZZOUZ, 22 Janvier 2016 

    * Ahmed Bensaada, « Arabesque$ – Enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes», Editions Investig’Action, Bruxelles, 2015

    Source:http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=351:2016-01-22-22-25-56&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119


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    samedi 23 janvier 2016

     

    L’OTAN apportera le chaos – par NOBELINE

    TRIBUNE LIBRE

     

    États membres et partenaires de l'OTAN



    L’Europe est malade. Elle est malade de ses dirigeants. De ces dirigeants que nous n’avons pas élus. Et qui nous entraînent dans une spirale infernale qui, si nous ne nous décidons pas à agir vite, aura raison du Vieux Continent.

    Pour établir un diagnostic rapide et sûr, désignons le virus responsable de sa mauvaise santé : États Unis. États-Unis et irresponsabilité des dirigeants européens.

     

    èQue nous ont apporté les USA depuis leur crise financière de 2008 ?

     

    Des problèmes. Des problèmes majeurs dans l’économie, la finance, les guerres engagées, l’invasion musulmane  et... leur guerre froide contre la Russie.

     

    Guerre froide qui ne cesse de se refroidir jusqu’à atteindre des degrés nettement inférieurs aux relations normales que l’on croyait stabilisées entre « les blocs de l’Est et de l’Ouest », depuis 25 ans à peu près.

     

    La guerre, c’est ce qu’affectionnent les États-Unis depuis leur naissance, il y a quelque 240 ans. Et c’est ce qu’ils font de mieux. D’abord, parce que cela génère des milliards de dollars en vente d’armements et autres bénéfices. Peut-être aussi, par atavisme, ayant acquis leur pays par la conquête. Ou, encore, parce qu’ils veulent s’inscrire dans l’Histoire des Grands de ce monde, comme la France, la Russie et d’autres pays européens dont les prestigieux ancêtres ont écrit l’Histoire du Monde.

     

    Toujours est-il que la Russie et les USA se comportent, depuis près d’un siècle, comme des ennemis plutôt qu’en compétiteurs dans tous les domaines.

     

    C’est au nom de cette guerre froide et de « la présumée menace soviétique» que fut créé l’OTAN. Cette alliance atlantique, chapeautée par les USA qui permettait de s’unir pour se défendre en cas d’agression… de l’ex-URSS.

     

    Entre temps, le mur est tombé, l’URSS n’existe plus. Les missiles et autres armes nucléaires ont déménagé d’Europe (?) et le calme semblait revenu.

     

     

    Sarkoland

    Si les pays européens, signataires du pacte, sont militairement, dépendants des USA, la France a été protégée de cette contrainte, grâce à De Gaulle, depuis sa sortie de l’OTAN, en 1969.Malheureusement, Sarkozy, dans un premier temps et, aujourd’hui, Hollande, ont décidé de renouer avec ce carcan qui nous entraine dans les guerres décidées par les étatsuniens.

     

    Réintégrer l’Otan, c’est renoncer à notre totale indépendance militaire, cette autonomie militaire vitale à tout pays souverain.

    Revenir dans le giron de l’Otan, c’est accepter que les USA soient le chef de nos armées.

    Adhérer à l’Otan, c’est une déclaration de totale soumission de la France à l’Amérique.

     

    En lieu et place de cette terrifiante constatation, nous avons pu lire, dans les media français rapportant la niaiserie des propos de nos politiques, que ceux-ci « ne verraient, dans cette alliance, que le manque à gagner de la France dans l’exonération à l’impôt des personnels militaires américains résidant sur notre territoire ».

     

    èSont-ils devenus fous ou sont-ils, déjà, soumis ?

     

    Nous sommes, déjà, totalement soumis à l’Europe financière, économique et sociétale. Il ne nous manquait plus qu’offrir notre armée au promoteur de cette Europe pour que nous devenions un fétu de paille dans ce vent au relent de guerre mondiale commandée, dirigée et entretenue par les USA.

     

    Sans moyen de nous y soustraire, notez-le. Notre expérience négative dans l’affaire « Union Européenne » de laquelle nous aimerions sortir, est, tous les  jours, vérifiable.

     

    Nous sommes tellement liés par toutes sortes de pactes, traités et autres conventions, à l’Amérique que, lorsqu’en 2008 elle a subi sa « guerre financière », nous avons hérité, forcément, des répercutions en Europe. Et, là non plus, jusqu’à ce jour, nous n’en sommes jamais sortis.

     

    Les FMI, Banque Mondiale, ONU, OTAN, UE, sont des créations des États Unis qui ne cherchent que leur intérêt, certainement pas le nôtre.

     

    Devrions-nous être, militairement, soumis aux USA quand nous sommes, déjà, économiquement, financièrement et politiquement dépendants d’eux ?

     

    La Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie (et nous bientôt) en ont fait les frais et sont au bord de l’abîme. Trop endettés, le FMI, Grand Argentier devant l’Éternel, n’est là que pour les obliger à s’endetter toujours plus et être, encore plus, dépendants d’eux. Ces pays européens - et ils ne sont pas les seuls, n’ont d’autre recours que d’instaurer un régime de rigueur à leur peuple. Excédés, les peuples manifestent, se révoltent et ces tensions Peuple/Etat, affaiblissent sérieusement les pays européens.

     

    Non, l’Amérique ne nous a pas déclaré la guerre avec des armes mais elle l’a fait  - avec l’assentiment de nos dirigeants  - de manière détournée et ils sont responsables de la situation désastreuse qui règne en Europe et particulièrement en France.

     

     

    L’OTAN, c’est le chaos.

     

    èÀ qui profite le crime ?

     

    Pour ne rien arranger, ces USA ont créé de tels chaos en Afghanistan, en Afrique (Lybie) et au Moyen-Orient (Syrie, Irak, Égypte) qu’il en résulte une migration démentielle de ces populations que nous accueillons, contraints et forcés, depuis quelques années, en Europe.

    Pourtant, n’appartenant pas au clan « otanesque », il appartenait à nos dirigeants de réfléchir avant de nous engager dans ces conflits meurtriers. Mais nos chefs français se sont soumis sans condition aux américains.

     

    èPourquoi ?

     

    Croyez-vous que les États Unis s’inquiètent de nos vies ? S’inquiètent-ils de notre pouvoir d’achat ? Point du tout.

    Ils sont à des milliers de kilomètres, bien à l’abri de la récession et de l’invasion musulmane que nous subissons.

    La crise pétrolière qu’ils ont déclenchée dans les Pays du Golfe et qui va provoquer encore plus de migrations, ne les intéresse que dans la mesure où leur pétrole se vendra correctement et qu’ils retireront des bénéfices de ces autres marchés pétroliers. Tant qu’ils ne sont pas directement menacés, les États-Unis se fichent de ce qui peut arriver dans le monde entier.

     

    Et, comme semer la mort dans ces pays pour des intérêts financiers n’était pas suffisant, les voilà qui nous embarquent dans un énième conflit, à peine déguisé, contre la Russie.

     

    Oui, oui, vous avez bien lu, contre la Russie.

     

    èMais pourquoi font-ils ce forcing ?

     

    Parce que, en Europe, dans des pays comme la France, l’Allemagne, la Hongrie, l’Autriche - la liste n’est pas exhaustive, les partis populistes, nationalistes, montent en puissance. Et des nationalistes, des populistes, des patriotes, les USA en ont peur, ils n’en veulent pas.

     

    Que nous puissions revendiquer et rétablir la souveraineté dans nos pays ne convient pas du tout aux américains. Ils n’auraient plus les coudées franches. Et ça, il n’en est pas question.

     

    Les USA sont cette première puissanceéconomique et militaire uniquement parce qu’ils soumettent tous les pays occidentaux à leurs diktats.

     

    Si les partis nationalistes arrivaient au pouvoir en Europe, nous pourrions nous rapprocher de la Russie, incontestablement européenne et nous défaire de la mainmise des USA.

     

    Depuis l’affaire ukrainienne et, surtout, depuis l’entrée de la Russie dans le conflit syrien, la donne a changé, pour les Américains.

     

    La majorité des peuples européens perçoit la Russie comme une alliée fiable, ferme et déterminée à nous débarrasser des terroristes musulmans.

    Encore bien plus, depuis que, par les media des deux bords, nous sommes informés de l’implication pro terroriste américaine en Syrie, confirmée par des membres des services américains.

     

    L’indignation que nous avons ressentie a soulevé un vent de mépris, voire de révolte, contre les USA. Et donc, nous nous sommes, un peu plus, rapprochés de la Russie de Poutine.

     

     

    L’OTAN soutient maintenant Al-Qaïda

     

    èEt ça, ça ne fait pas l’affaire des Américains.

     

    Alors, ils ont décidé de passer à la vitesse supérieure. En agitant la menace d’une attaque sournoise des Russes qui pourraient intervenir en Europe.

     

    Donc, nous aurions besoin des Américains pour nous protéger, n’est-ce pas ?

     

    Et pour ce faire, il leur faut réinstaller, en Europe, leurs bases militaires, euh… surtout dans les pays de l’ex-bloc soviétique contrevenant, ainsi, aux accords signés qui leur intimaient de s’en tenir éloignés.

     

    èEt pour que les Américains s’installent à nouveau en Europe, il y a L’OTAN !

     

    Il leur faut donc toutes les alliances des pays européens pour pouvoir, à nouveau, agir en maîtres de guerre, chez nous. Hollande est fin prêt. Il est à un poil de réintégrer la France dans tous les articles du pacte de l’OTAN, pour compléter le travail initié par Sarkozy, en 2009.

     

    Il est vrai que Hollande a toujours eu un temps de retard sur les autres dirigeants européens. Il a le cerveau lent ! Parfois, nous l’avons vu récemment dans l’affaire syrienne, il avance, même, à contre-courant.

     

    A l’heure où la Pologne fait la nique à l’Otan ; où des dirigeants allemands sont très contrariés par la soumission de Merkel, d’envoyer ses troupes « protéger » la frontière turque, sur décision de l’Otan ; où les frontières autrichiennes, hongroises et d’autres se ferment en Europe, contrairement à la directive Schengen, les américains sentent le vent tourner contre leurs intérêts et font le forcing pour nous faire plier.

     

    En nous imposant la Turquie d’Erdogan, qu’ils souhaitent voir intégrer l’Union Européenne, par leur complicité avec les terroristes islamiques dans le conflit moyen-oriental, en manœuvrant pour réinstaller leurs bases militaires sur le continent européen, les Américains veulent faire reculer et isoler la Russie qui a osé contrecarrer ses  objectifs, en commençant par son aide à la Syrie de El Assad.

     

    La résurgence de la guerre froide avec la Russie ne nous apportera que des problèmes graves, voire même, des conflits armés entre pays européens. L’Europe est déjà très mal en point économiquement pour se permettre des guerres intestines.

     

     

    Si les États-Unis installent leurs bases militaires en Europe, si  nous signons l’acte de reddition à ce pays, viendra immanquablement, le chaos.

     

    Source:   http://www.francepresseinfos.com/2016/01/


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  • 01/25/16--04:10: LUTTE CONTRE DAESCH ......
  • Lutte contre Daech

    Les sept ministres de la Défense des pays les plus actifs de la coalition se sont réunis à Paris, mercredi 20 (Australie, Italie, Allemagne, France, États-Unis, Royaume-Uni et Pays-Bas). Co-présidée par MM. Le Drian et Carter, elle a donné lieu à un communiqué commun.

    En conférence de presse, ces derniers ont souligné
    l’étroitesse des
    liens franco-américains, qualifiés par
    M. Le Drian de remarquables et à un niveau inédit.

     


    Cette coopération s’est manifestée, par exemple, par
    le commandement de la Task Force 50, dans le
    Golfe, par un français pendant plusieurs semaines.

     


    Ils ont également dressé un bilan de la réunion et
    ont faire part de la
    volonté commune d’accélérer l’effort de lutte contre Daech, avec comme priorité la reprise de Raqqa en Syrie, et Mossoul en Irak. Cet objectif ne peut être atteint qu’en soutenant les forces armées irakiennes et les forces démocratiques syriennes qui combattent Daech au sol. L’effort militaire est par ailleurs indissociable des processus diplomatiques.

    Cette première rencontre a permis, par ailleurs, de déterminer les capacités de chacun des pays à contribuer à la lutte contre Daech.
    Les ministres ont par ailleurs annoncé une
    nouvelle réunion de ministres de la Défense à Bruxelles dans trois se- maines, dans un format plus large, puisqu’elle réunira 26 pays de la coalition.

    M. Carter a souligné le rôle important de certains pays du Golfe dans cet effort global. M. Le Drian, de son côté, a tenu à redire les efforts récents des pays européens, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne ou la Belgique.
    Interrogé sur la lutte anti
    -terroriste dans le Sahel, M. Le Drian a confirmé la cohérence, l’efficacité et la pérennité du dispositif Barkhane au Sahel, ainsi que la coopération étroite avec les pays du G5 Sahel et les Etats-Unis.

    Enfin, les deux ministres se sont félicités de l’annonce de la création d’un gouvernement d’unité nationale en Li- bye, première étape vers le rétablissement de la paix et de la sécurité.
    Au terme de leur conférence de presse, MM. Le Drian et Carter se sont rendus au centre de planification et de con- duite des opérations (CPCO), où le chef d’état-major des armées a fait un point sur les opérations.

     

    Hommage

    Cinq légionnaires du 2e régi-
    ment étranger de génie sont décédés lundi 18 à Valfréjus,
    emportés par une avalanche.
    Deux des neufs blessés sont dans un état grave, dont un pour lequel le pronostic vital est engagé.

    Les militaires effectuaient avec la 27e brigade d’infante- rie de montage un stage d’aguerrissement et de prépa- ration aux opérations en milieu difficile.


    Comme l’a indiqué le ministre à Modane le 19 janvier, c’est
    l’ensemble de la Défense et au-delà toute la Nation qui est touchée .

     

    source:    

    Produit par le bureau porte-parole de la Délégation à l’information et à la communication de la défense (DICoD)


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    INTERNATIONA(A)L

    Les actions russes en Syrie toujours occultées par les Occidentaux !

    1017669938[1]Photo : Sputniknews.         *   *   *

    Les communiqués de la coalition occultent encore et toujours, volontairement les succès de l’aviation russe en Syrie.

    Nous avons, à nouveau, entendu et vu les cocoricos, sur les chaînes françaises prétendant que le succès de la coalition avait fait reculer l’E.I. en Syrie et avait tué plus de 20.000 terroristes et reconquis 20 % du terrain.

    Avec des descriptions dithyrambiques, les actions de la coalition sont présentées comme décisives.


    L’aviation française à tout au plus réalisé une centaine d’actions aériennes, dont pour la plupart des vols de reconnaissances.

     

    Il y a eu quelques dizaines de lâchés de bombes. En ce qui concerne les Britanniques, une vingtaine de bombes ont été larguées et pour les Américains, nous savons qu’ils ont été relativement léthargiques pendant un an et demi, tout en attaquant des positions stratégiques de l’E.I. plutôt du côté irakien.


    Quant aux autres nations dite « engagées » : Allemagne, Belgique, Hollande ; nous parlerons de vols de reconnaissance et de parade.

    IL FAUT DIRE LA VERITE AUX CITOYENS !

    Cette propagande abjecte démontre parfaitement que la coalition veut s’accaparer honteusement du travail gigantesque, abattu par les Russes.

    Pour rappel Poutine a engagé son aviation d’une manière inédite, à la demande expresse du Président Bachar Al-Assad, avec comme objectif collatéral de protéger la base militaire russe en Syrie.

     

    Entre le 30 septembre 2014 et aujourd’hui, plus de 6.000 raids aériens russes on visés des cibles terroristes à la fois de daesh et d’Al-Nostra.

    Nous sommes profondément déçus de l’attitude des états-majors occidentaux qui veulent à tout prix discréditer les forces russes.

    Les citoyens européens devraient tous se souvenir de ces intoxications lors des diverses élections dans chacun des pays.

    JACQUES D’EVILLE


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    27 janvier 2016

    Les forces aériennes russes ont effectué 169 sorties militaire en frappant 484 cibles terroristes en 3 jours, a annoncé lundi Sergueï Roudskoï, chef du Commandement opérationnel principal de l'Etat-major général russe.

     

    "Au cours des trois derniers jours, du 22 au 24 janvier, les forces aériennes russes en Syrie ont réalisé 169 sorties militaires en frappant 484 objectifs terroristes", a rapporté M. Roudskoï.

    Durant ces trois jours, des bombardiers russes Tu-22M3 ont effectué 18 sorties depuis le territoire russe contre des cibles terroristes dans les alentours de Deir ez-Zor, a-t-il poursuivi.

    "Pour anéantir les ressources de Daech tant humaines que techniques, des bombardiers Tu-22M3 à long rayon d'action ont réalisé 18 sorties militaires depuis le sol russe, du 22 au 24 janvier".

    La distance parcourue est de 2.000 kilomètres, a précisé M. Roudskoï.

    "Pour soutenir l'offensive d'ampleur de l'armée syrienne et des milices de l'opposition patriotique, l'aviation russe réalise des frappes aériennes massives contre des objectifs terroristes sur le territoire syrien depuis le 22 janvier.

    Chaque jour, les forces aérospatiales russes effectuent entre 70 et 100 sorties militaires".

    Ainsi, dans le nord de la province de Lattaquié, les forces gouvernementales ont réussi à libérer une zone de 100 kilomètres carrés comprenant 28 localités.

    "Grâce aux frappes de l'aviation russe, les forces armées syriennes ont remporté de grandes victoires dans leur offensive dans le nord de Lattaquié.

    En une seule journée, les terroristes ont été délogés d'une zone de plus de 92 kilomètres carrés comprenant 28 localités et la ville stratégique de Rabiaa", a-t-il rajouté.

    La Russie effectue des frappes aériennes en Syrie depuis le 30 septembre 2015 à la demande du président du pays, Bachar el-Assad.

    Les avions russes frappent les sites des groupes terroristes Etat islamique et Front al-Nosra.

    Au total, l'aviation russe, appuyée par les navires de la Flottille de la Caspienne et le sous-marin Rostov-sur-le-Don de la flotte russe de la mer Noire, ont éliminé plusieurs centaines de djihadistes et des milliers de sites terroristes.



    Lire la suite: http://fr.sputniknews.com/international/20160125/1021210141/avions-russes-syrie.html#ixzz3yHVflosO

     
     
     

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    L’axe secret USA-Arabie Saoudite

    Publié par wikistrike.com sur 27 Janvier 2016, 08:56am

     

    L’axe secret USA-Arabie Saoudite

    Nom de code « Timber Sycamore » : ainsi s’appelle l’opération d’armement et entraînement des « rebelles » en Syrie, « autorisée secrètement par le président Obama en 2013 ».

    C’est ce que documente une enquête publiée dimanche par le New York Times.

    Quand elle a été chargée par le président d’effectuer cette opération couverte, « la Cia savait déjà qu’elle avait un partenaire disposé à la financer : l’Arabie Saoudite ».

    Avec le Qatar, « elle a fourni des armes et divers milliards de dollars, tandis que la Cia a dirigé l’entraînement des rebelles ».

     

    La fourniture d’armes aux « rebelles » y compris des « groupes radicaux comme Al Qaeda », avait commencé l’été 2012 quand, à travers un réseau disposé par la Cia, des agents secrets saoudiens avaient acheté en Croatie en Europe orientale des milliers de fusils d’assaut Ak-47 avec des millions de projectiles et que des Qataris avaient infiltré en Syrie, à travers la Turquie, des missiles portables chinois Fn-6 achetés sur le marché international.

     

    Comme la fourniture d’armes arrivait en roue libre, à la fin de 2012 le directeur de la Cia David Petraeus convoquait les alliés en Jordanie, en leur imposant un contrôle plus étroit de la part de l’Agence sur l’ensemble de l’opération.

    Quelques mois plus tard, au printemps 2013, Obama autorisait la Cia à entraîner les « rebelles » dans une base en Jordanie, et dans une autre au Qatar, et à leur fournir des armes dont des missiles antichars Tow.

     

    Toujours avec les milliards du « plus grand contributeur », l’Arabie Saoudite. Pas nouvelle dans ce genre d’opérations.

    Dans les années 70 et 80, celle-ci aida la Cia dans une série d’opérations secrètes. En Afrique, notamment en Angola où, avec les financements saoudiens, la Cia soutenait les rebelles contre le gouvernement allié de l’URSS.

    En Afghanistan, où « pour armer les moujahiddines contre les Soviétiques, les Etats-Unis lancèrent une opération d’un coût annuel de centaines de millions de dollars, que les Saoudiens payèrent dollar par dollar par un compte de la Cia dans une banque suisse ».

    Au Nicaragua, quand l’administration Reagan lança le plan secret pour aider les contras, les Saoudiens financèrent l’opération de la Cia avec 32 millions de dollars par l’intermédiaire d’une banque des Iles Caïman.

    Par ces opérations et quelques autres, secrètes, jusqu’à celle actuelle en Syrie, s’est cimentée « la longue relation entre les services secrets des Etats-Unis et de l’Arabie Saoudite ».

    Malgré le « rapprochement diplomatique » de Washington avec l’Iran, non apprécié à Riad, « l’alliance persiste, maintenue à flot sur une mer d’argent saoudien et sur la reconnaissance de leur intérêt mutuel ».

    Cela explique pourquoi « les Etats-Unis sont réticents à critiquer l’Arabie Saoudite sur la violation des droits humains, le traitement des femmes et le soutien à l’aile extrémiste de l’Islam, le wahhabisme, qui inspire de nombreux groupes terroristes », et pourquoi « Obama n’a pas condamné l’Arabie Saoudite pour la décapitation de Cheikh Nimr al-Nimr, le dissident religieux chiite qui avait défié la famille royale ».

     

    S’y ajoute le fait, dont le New York Times ne parle pas, que le secrétaire d’Etat John Kerry, en visite à Riad le 23 janvier, a réaffirmé que « au Yémen où l’insurrection Houthi menace l’Arabie saoudite, les USA sont aux côtés de leurs amis saoudiens ».

    Les amis qui depuis presque un an massacrent les civils au Yémen, en bombardant même les hôpitaux, aidés par les USA qui leur fournissent du renseignement (c’est-à-dire en indiquant les objectifs à toucher), des armes (dont des bombes à fragmentation) et un soutien logistique (dont l’approvisionnement en vol des chasseurs bombardiers saoudiens).

    Ces mêmes amis que le premier ministre Renzi a officiellement rencontré en novembre dernier à Riad, en leur garantissant le soutien et les bombes de l’Italie dans la « lutte commune contre le terrorisme ».

     

    Manlio Dinucci

     

    Edition de mardi 26 janvier 2016 de il manifesto

    http://ilmanifesto.info/lasse-segreto-usa-arabia-saudita/

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

     

    Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. 

    Parmi ses derniers livres:  Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.


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    Libye : La violence impériale n’a pas de fin

    Syrie Etats-Unis  Russie    Droit international   IngérenceLibye
     
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    La générosité de l’Empire en matière de violence est sans limites.  Après que les Etats-Unis [ainsi que la France de Sarkozy et BHL, ndlr] ont menti au Conseil de sécurité des Nations Unies sur la soi-disant menace que Kadhafi représentait pour les « manifestants » de Benghazi, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé l’usage de la force pour les protéger. La Russie et la Chine se sont abstenues au lieu d’opposer leur veto.

    Les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont violé la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont armé les « manifestants », bombardé le pays jusqu’à le réduire en miettes, et tué les principaux officiels du gouvernement dont Mouammar Kadhafi. La secrétaire d’Etat étasunienne, le monstre Clinton, s’en est glorifiée (vidéo) dans une célèbre réplique : «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort. »

    C’est à cause de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU que le président russe Medvedev n’a pas pu se représenter pour un second mandat. Le président Poutine, qui à l’époque était Premier ministre et n’était en charge que de la politique intérieure, a dit que, lorsqu’il avait lu la résolution du Conseil de sécurité il avait trouvé, dans son libellé, des trous permettant à toute une armée de se frayer un passage. Medvedev avait fait une énorme erreur en la laissant passer.

    Le fait qu’il ait été obligé de partir, est le seul résultat positif de l’attaque de l’OTAN sur la Libye.

    Maintenant, les États-Unis veulent attaquerà nouveau la Libye:

    Le général Joseph Dunford Jr., le président du Joint Chiefs of Staff, a déclaré aux journalistes vendredi que les responsables militaires « réfléchissaient à  une action militaire décisive » contre l’État islamique ou ISIS en Libye où le groupe terroriste a environ 3 000 combattants selon des responsables occidentaux.

    Des officiels de l’Administration disent que la campagne en Libye pourrait commencer dans quelques  semaines.

    Ils pensent qu’elle sera menée avec l’aide de quelques d’alliés européens, comme  la Grande-Bretagne, la France et l’Italie.

    Il y aura, comme d’habitude,  des frappes aériennes, des forces spéciales sur le terrain, des mercenaires, formés par les forces étasuniennes ou des sociétés privées, qui se transformeront en escadrons de la mort et terroriseront la population.

    C’est le chaos en Libye, comme c’était prévisible et a été prédit ici quand la guerre en Libye a commencé. Il y a beaucoup de groupes armés et deux parlements et deux gouvernements rudimentaires, un dans l’est et un dans l’ouest. L’ONU vient juste d’essayer d’en créer un troisième, un gouvernement d’union nationale, et elle a échoué:

    Le parlement de Libye reconnu internationalement a voté lundi pour rejeter le gouvernement d’union proposé dans le cadre d’un plan soutenu par les Nations Unies pour résoudre la crise politique et le conflit armé dans le pays. … Depuis 2014, la Libye a eu deux parlements et deux gouvernements concurrents, l’un basé à Tripoli et l’autre dans l’est. Les deux sont soutenus par des alliances instables de groupes armés et d’anciens rebelles qui ont aidé à renverser Mouammar Kadhafi en 2011.

    Une grande partie des « rebelles » payés par le Qatar et d’autres pour renverser le gouvernement libyen sont islamistes.

    Beaucoup sont allés de Libye en Syrie pour lutter contre le gouvernement syrien, et les États-Unis ont contribué à fournir des armes de Libye à ces terroristes étrangers en Syrie.

    Il est peu probable que l’intérêt réel des États-Unis soit maintenant de combattre les quelques combattants étrangers de l’État islamique en Libye.

    La plupart des partisans de l’État islamique en Libye appartiennent à des tribus qui, auparavant, faisaient partie d’un gang islamiste local ou d’un autre. Ils ne sont pas une menace et d’autres forces locales peuvent les tenir en respect.

    Les États-Unis veulent avoir tout le pays sous leur contrôle indirect, mais jusqu’ici ils n’en ont que la moitié:

    Les forces armées alliées au gouvernement de l’est sont dirigées par le général Khalifa Haftar, un ancien allié de Kadhafi. Il a également combattu les militants islamistes dans la ville orientale de Benghazi, et il est devenu l’une des figures les plus controversées de Libye. Il bénéficie d’un grand soutien dans l’est, mais il est méprisé par les forces alliées au gouvernement de Tripoli.

    Haftar était autrefois avec Kadhafi mais a été écarté après avoir echoué dans une guerre avec le Tchad. Autour de 1990, il a essayé sans succès de renverser Kadhafi. Il est allé aux États-Unis, est devenu un citoyen américain et a travaillé pour la CIA. En 2011, il était de retour en Libye et a tenté à nouveau de renverser Kadhafi.

    En 2011, les États-Unis n’ont pas réussi installer leur leader par procuration en Libye. Ils  vont maintenant essayer à nouveau de prendre le contrôle total du pays et de ses ressources. Une fois installés en Libye,  ils pourront asservir des pays d’Afrique du Nord.

    Il est facile de voir que cela va engendrer plus de guerres, plus de terreur, et plus de réfugiés. La violence impériale est inépuisable.

    Moon of Alabama | 26 janvier 2016

    Article orginal: http://www.moonofalabama.org/2016/01/libya-the-imperial-violence-keeps-giving.html

    Traduction : Dominique Muselet

    Source: http://arretsurinfo.ch/libye-la-violence-imperiale-na-pas-de-fin/


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    28 janvier 2016

    L’agence de police criminelle de l'UE, Europol, prévient que l'Etat islamique pourrait avoir des camps d'entraînement en Europe qui serviraient à mieux évaluer les conditions physiques et la détermination de ses futurs membres à perpétrer des attaques d'ampleur sur le Vieux Continent.

     

    L'organisation terroriste Etat islamique (EI, Daech) fomente de nouveaux attentats, et en particulier sur le sol européen, et pour y parvenir, s’implante de plus en plus en Europe, prévient Europol qui ambitionne de devenir le FBI du Vieux Continent.

    "L'escalade de la violence et le recours à des attaques massives pourraient être le chapitre suivant dans la stratégie de l'Etat islamique. L'Europe doit se préparer à l'imprévu", lit-on dans le rapport d'Europol, rendu public lundi et cité mardi par la presse internationale.

    Selon les auteurs du document, outre les installations en Syrie, il existerait aussi de petits camps de formation au sein de l’Union européenne et dans les Balkans.

    Membres du Front al-Nosra
    © AFP 2016 KARAM AL-MASRI

     

    Il est à noter qu'en juillet 2015, le journal britannique The Daily Mirror avait évoqué la présence d’une "base avancée" de Daech en Bosnie. 

    Par ailleurs, Europol signale que Daech ciblerait des centres de réfugiés en Europe pour recruter ses futurs membres. 

    Enfants afghans
    © AFP 2016 AREF KARIMI

    Le rapport met en garde contre la menace terroriste qui est immédiate, particulièrement pour l'Hexagone. 

     

    "Daech est parvenu à +européaniser le recrutement+ de ses tueurs, leur entraînement et peut-être même leur commandement", stipule le texte.

    Europol évoque, sans précision, un chapelet "de camps de taille modeste" sur le sol européen, où les recrues s'entraîneraient aux sports de combat, aux techniques de survie et à l'épreuve des interrogatoires policiers. Ces centres serviraient aussi à identifier les meilleurs "combattants" pour les opérations futures. 

    Néanmoins, le directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement, Alain Rodier, appelle à "relativiser" les mises en gardes alarmistes d'Europol. 

    "Il ne faut pas imaginer des baraquements, des dizaines de combattants qui s’entraînent sur des stands de tirs (notamment en France, ndlr)", a déclaré l'expert.

    Il s'agit plutôt, selon ce dernier, d'individus qui se regroupent pour faire du sport, pour pouvoir aller en forêt de Fontainebleau ou autre, pour mener des activités physiques. 

     

    "Il peut cependant y avoir des regroupements de volontaires, notamment dans des clubs de sports, ainsi que des entraînements à résister aux interrogatoires de la police, ce qui est très inquiétant. Il y a des individus qui sont prêts à donner les bonnes réponses et à passer à travers les mailles du filet", a admis M.Rodier. 

    Les analystes constatent toutefois la décentralisation de Daech qui y procède de toute évidence en prévision d'autres attentats et indiquent que l'Europe doit se préparer au pire.



    Lire la suite: http://fr.sputniknews.com/international/20160126/1021236965/daech-europe-camps-entrainement.html#ixzz3yNJ5GE4e


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    Laurent Gbagbo s'est accroché au pouvoir « par tous les moyens », assure l'accusation 

     

    Laurent Gbagbo s’est accroché au pouvoir « par tous les moyens », a accusé jeudi la procureure de la Cour pénale internationale à l’ouverture du procès de l’ancien président ivoirien, cinq ans après des violences ayant déchiré la Côte d’Ivoire.

    Des centaines de partisans de M. Gbagbo, qui reste une figure influente en Côte d’Ivoire, s’étaient déplacés à La Haye. Une cinquantaine d’entre eux avaient pris place dans la galerie du public et l’ont copieusement acclamé à la clôture de l’audience.

    M. Gbagbo est le premier ex-chef d’Etat poursuivi par la CPI. Son procès pour crimes contre l’humanité, qui doit durer entre trois et quatre ans, est un vrai test pour la Cour, entrée en fonction en 2003.

    L’ex-président, 70 ans, et son co-accusé Charles Blé Goudé, 44 ans, ex-chef de milice, sont poursuivis pour leur rôle dans la crise née du refus de M. Gbagbo de céder le pouvoir à Alassane Ouattara, reconnu vainqueur par les Etats-Unis et l’Union européenne, notamment, de l’élection présidentielle de fin 2010.

    Les deux hommes ont plaidé non coupable jeudi matin de meurtres, viols, actes inhumains et persécutions.

    « La Côte d’Ivoire a sombré dans le chaos et a été le théâtre de violences innommables », a déclaré la procureure Fatou Bensouda devant la CPI.

    Les violences avaient fait plus de 3.000 morts en cinq mois, des deux côtés des belligérants, transformant en champ de bataille certaines zones du premier producteur mondial de cacao, moteur économique de l’Afrique de l’Ouest.

    « Lorsqu’il a compris que la présidence allait lui échapper, Laurent Gbagbo, en concertation avec des membres d’un cercle privé de proches, a commencé à mener une campagne de violences orchestrées contre ceux considérés comme ses opposants », a soutenu Fatou Bensouda.

    Le but, selon elle : se maintenir au pouvoir « par tous les moyens ».

    Des attaques contre des civils ont alors été perpétrées par des forces gouvernementales et milices sous le contrôle des accusés, a affirmé Mme Bensouda.

    Elle a par exemple évoqué le bombardement d’un marché dans le quartier d’Abobo à Abidjan, le viol d’une femme dans un poste de police ou la répression sanglante de manifestations.

    L’accusation continuera vendredi sa déclaration d’ouverture. La défense aura la parole à partir de lundi.

    – « Complot » –

    Laurent Gbagbo est apparu détendu à son procès. Souriant, portant un costume bleu foncé, il a adressé des baisers à ses partisans assis dans la galerie du public.

    Ceux-ci l’ont longuement applaudi à la fin de la journée, se pressant contre la vitre blindée les séparant de la salle d’audience. « Libérez Gbagbo », chantaient-ils, sous les yeux ravis de leur favori.

    Quelques centaines de partisans de l’ex-président ont en outre manifesté devant le bâtiment de la CPI. Ils ont chanté, dansé et arboraient des écharpes, chapeaux et autres apparats aux couleurs de la Côte d’Ivoire: vert, blanc et orange.

    Ils ont d’ailleurs leur idée de la vérité. « Notre rêve de voir notre président retrouver sa liberté commence aujourd’hui », affirme à l’AFP Marius Boué, qui a fait le déplacement depuis le nord de la France.

    En Côte d’Ivoire, des écrans géants ont été installés pour que la population puisse suivre les procédures.

    Le ministre ivoirien des Affaires étrangères Abdallah Albert Toikeusse Mabri, a salué jeudi un « un procès très attendu par la Côte d’Ivoire et par les victimes » des violences.

    Mais pour le camp Gbagbo, ce dernier est un chantre du multipartisme et la France, ancienne puissance coloniale, est derrière le « complot » qui a entraîné sa chute.

    – ‘Justice des vainqueurs’ –

    Le juge président Cuno Tarfusser a de son côté mis en garde contre toute « instrumentalisation politique » du procès. « Ce n’est pas un procès contre la Côte d’Ivoire ».

    La peine maximale encourue devant la CPI est de 30 ans de prison, mais les juges peuvent prononcer une peine plus lourde s’ils estiment que les crimes commis sont exceptionnellement graves.

    Laurent Gbagbo, dont la santé est « fragile », selon ses avocats, avait été livré à la CPI en 2011. Charles Blé Goudé l’avait été en 2014.

    Simone Gbagbo, épouse de Laurent, a été condamnée à 20 ans de prison en Côte d’Ivoire pour son rôle dans la crise, en compagnie de 78 autres personnes.

    Mais aucun membre du camp Ouattara n’a encore été inquiété par la CPI, ce qui lui vaut parfois d’être taxée de « justice des vainqueurs ». Certains s’inquiètent d’ailleurs de « l’impunité » dont jouissent les partisans de l’actuel président ivoirien, réélu en octobre.

    Mme Bensouda a répondu à ces critiques jeudi, assurant devant les juges : « Nous enquêtons sur les deux côtés du conflit (…) cela prend du temps et nous demandons de la patience ».

     

    ET AUSSI

     

     

    Côte d'Ivoire: Laurent Gbagbo plaide non coupable à l'ouverture de son procès devant la CPI

     

    L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo a plaidé non coupable jeudi à l’ouverture de son procès devant la Cour pénale internationale, cinq ans après des violences postélectorales qui ont déchiré une Côte d’Ivoire toujours en quête de « vérité ».

    La procureure de la Cour pénale internationale a affirmé avoir obtenu « un grand nombre de preuves » démontrant la culpabilité de l’ex-président ivoirien dans les violences ayant déchiré son pays en 2010-2011.

    « Nous avons obtenu un grand nombre de preuves contre les deux accusés », M. Gbagbo et son co-accusé Charles Blé Goudé, ancien chef de milice, a déclaré la procureure Fatou Bensouda.

    M. Gbagbo est le premier ex-chef d’Etat poursuivi par la CPI. Son procès est un vrai test pour la Cour, entrée en fonction en 2003.

    Lui et son co-accusé Charles Blé Goudé, 44 ans, ancien chef de milice, sont poursuivis pour leur rôle dans la crise née du refus de M. Gbagbo de céder le pouvoir à Alassane Ouattara, à l’issue de l’élection présidentielle de fin 2010.

    M. Ouattara avait été reconnu vainqueur notamment par les Etats-Unis et l’Union européenne.

    Les violences avaient fait plus de 3.000 morts en cinq mois, transformant en champ de bataille certaines zones du premier producteur mondial de cacao, moteur économique de l’Afrique de l’Ouest.

    « Je plaide non coupable », a déclaré Laurent Gbagbo, 70 ans, après lecture des charges par un représentant du greffe : meurtres, viols, actes inhumains et persécutions. M. Blé Goudé l’a imité quelques instants plus tard.

    M. Gbagbo, portant un costume bleu foncé, était apparu souriant et détendu à l’ouverture de l’audience, vers 09H35 (08H35 GMT).

    L’accusation devrait avoir la parole la majorité de la journée de jeudi. Suivront dans l’après-midi les représentants des 726 victimes admises aux procédures, puis, vraisemblablement vendredi, la défense.

    – ‘Libérez Gbagbo’ –

    Quelques centaines de partisans de l’ex-président avaient fait le déplacement et chantaient jeudi matin leur soutien devant la bâtiment de la CPI, arborant des écharpes, chapeaux et autres apparats aux couleurs de la Côte d’Ivoire: vert, blanc et orange.

    « Libérez Gbagbo! », « Procès de la honte! », « Gbagbo président! » scandaient-ils au rythme de tambours, se réchauffant dans la fraîcheur matinale néerlandaise.

    L’ex-président ivoirien est accusé d’avoir fomenté une campagne de violences pour tenter, en vain, de conserver le pouvoir. Charles Blé Goudé aurait, lui, été à la tête d’hommes ayant tué et violé des centaines de personnes dans le but de maintenir l’ex-chef de l’Etat au pouvoir.

    Mais pour le camp Gbagbo, ce dernier est un chantre du multipartisme et la France, ancienne puissance coloniale, est derrière le « complot » qui a entraîné la chute de ce farouche nationaliste.

    Reporté à plusieurs reprises, ce procès est attendu autant par le camp Ouattara que par celui de Gbagbo, d’autant qu’il repose la question cruciale des rapports entre justice et réconciliation.

    En Côte d’Ivoire, dans les bastions des deux accusés, des écrans géants ont été installés pour que la population puisse suivre les procédures.

    Devant la CPI, les partisans de M. Gbagbo ont leur idée de la vérité. « Notre rêve de voir notre président retrouver sa liberté commence aujourd’hui », affirme à l’AFP Marius Boué, qui a fait le déplacement depuis le nord de la France.

    Le juge président Cuno Tarfusser a de son côté mis en garde contre toute « instrumentalisation politique » du procès, qui porte sur un conflit qui divise encore la Côte d’Ivoire.

    « Ce n’est pas un procès contre la Côte d’Ivoire ou contre le peuple ivoirien, mais contre deux personnes physiques », a-t-il dit, affirmant que la Cour travaillera en toute « impartialité ».

    – ‘Justice des vainqueurs’ –

    Cette « vérité » tant attendue par les Ivoiriens, accusation et défense ont promis mercredi de la faire « éclater ».

    L’avocat de M. Gbagbo, Emmanuel Altit, avait par exemple assuré que son client « veut que toute la vérité soit dite, pour que les Ivoiriens puissent se réapproprier leur propre histoire ».

    Laurent Gbagbo, dont la santé est « fragile », selon ses avocats, avait été livré à la CPI en 2011. Charles Blé Goudé avait, lui, été transféré à La Haye en 2014.

    L’accusation assure disposer de 138 témoins, qui ne seront pas tous appelés en audience. Elle compte présenter plus de 5.300 éléments de preuve dans un procès qui devrait durer entre trois et quatre ans.

    Simone Gbagbo, épouse de Laurent, a été condamnée à 20 ans de prison en Côte d’Ivoire pour son rôle dans la crise, en compagnie de 78 autres personnes.

    Aucun membre du camp Ouattara n’a encore été inquiété par la CPI, ce qui lui vaut parfois d’être taxée de « justice des vainqueurs », mais le bureau du procureur a promis d’intensifier son travail d’enquête, alors que les avocats d’un millier de victimes présumées s’inquiètent de « l’impunité » dont jouissent les partisans de l’actuel président ivoirien.

    « Village après village, dans l’ouest lointain, des membres des forces républicaines loyales à Ouattara ont tué des civils de groupes ethniques associées à Gbagbo », dénonce l’ONG Human Rights Watch dans un communiqué.

    Source:   Bd Voltaire


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    La situation sanitaire du Donbass

     
     

    Des services de santé en dessous du minimum opérationnel

     

    Vu sur : Donetsk International Press Center, écrit par : Erwan Castel, volontaire français en Novorossiya
     
    Nous savons par de multiples sources que la trêve dans le Donbass est sans cesses rompue par des actes de guerre menés par les crypto nazi de Kiev soutenus par l’OTAN, avec des bombardements sporadiques sur les résidences et même les centres hospitaliers. Erwan Castel, volontaire français engagé aux côtés des soldats de la Novorossia, nous donne des nouvelles inquiétantes de Donetsk

     

    Hôpital-Donetsk

    Au cours de l’année écoulée, nous avons croisé de nombreux services sanitaires du Donbass, hôpitaux de Donetsk, postes de santé du front, infirmeries scolaires etc… tous débordés par les victimes de la guerre ou des hivers rigoureux comme par exemple avec l’épidémie de grippe mortelle qui frappe actuellement la région.

     

    La guerre et le blocus imposés par Kiev ont frappé durement les réseaux de santé du Donbass dont les établissements sont même des cibles prioritaires des bombardements génocidaires ukrainiens, et les conditions de travail et moyens sont partout très difficiles.
     
    Certes un dévouement sans limite du personnel continuant son service malgré les bombardements et les suspensions de salaires, une aide humanitaire importante et régulière venue de Russie permettent aux hôpitaux de continuer vaille que vaille leur mission de service public, mais c’est insuffisant !

     

    Le problème majeur que j’ai rencontré dans les hôpitaux de Donetsk ou ceux des districts de la ligne de front, en dehors des carences salariales du personnel médical c’est une maintenance et une logistique déficiente grave.

     

    En effet les matériels des blocs chirurgicaux sont quasiment tous obsolètes voir hors service, les instrument réutilisés bien au delà des limites prescrites.

     

    Bien sûr le personnel affichant une rigueur et un professionnalisme exemplaires compensent en remplaçant, bricolant, improvisant mais sans toutefois retrouver un niveau opérationnel correcte.

     

    Aussi des réseaux de solidarité se sont organisés pour aider à améliorer cette capacité opérationnelle des services de santé : ONG internationales, associations humanitaires mais aussi des aides individuelles qui sur le terrain apportent chaque jour leur goutte d’eau dans le fleuve de Solidarité qui apaise le feu de la guerre.

     

    Ainsi des volontaires français dont je salue au passage l’engagement exemplaire, à partir de leurs salaires ou des dons reçus pour cela, participent modestement et régulièrement à ces aides à destination des services ou des malades, dont souvent les conditions matérielles sont alarmantes.
    Ainsi ce mois ci nous avons par exemple aidé pour remplacer des systèmes d’éclairage dans des hôpitaux, aidé des crèches ou acheté des béquilles à des blessés…
    Même si notre action est infime et parfois même critiquée par des insectes haineux rampants dans les égouts anonymes des réseaux sociaux, nous la continuerons sans relâche, car elle fait partie intégrante du combat pour lequel nous sommes venus dans le Donbass : Aider la population dans sa lutte pour la Vie et sa Liberté !
     

    E-Castel


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    samedi 30 janvier 2016

    Bilan 2015 de la diplomatie russe

     
    Conférence de presse annuelle de Sergueï Lavrov
     
     
    Le 26 janvier 2016, Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires Etrangères de la Fédération de Russie a réalisé au cours d'une traditionnelle conférence de presse annuelle, le bilan de l'année 2015 de la diplomatie russe.
     
    Au cours de ce bilan et des questions qui l'ont suivi, la Syrie comme l'Ukraine ont été évidemment très souvent évoquées comme les dossiers brûlants des relations internationales actuelles.
     
    Pour ce qui est de la crise ukrainienne, le chef de la Diplomatie russe a rappelé l'origine de la crise, l'ingérence étrangère, le coup d'état illégal et anticonstitutionnel du Maïdan, l'ostracisation et la répression violente engagées par contre les russes d'Ukraine ayant déclenché le retour légitime et irrévocable de la Crimée à la Russie et la sécession des régions de Donetsk et Lugansk.
    Concernant la guerre dans la Donbass, Sergueï Lavrov a souligné le bilan global positif des accords de Minsk malgré les réticences de Kiev à vouloir les mettre en oeuvre et même les protéger et les contradictions de sa diplomatie au sujet du Donbass. Il a appelé pour 2016 a poursuivre les efforts diplomatiques autour du processus de paix, mais en engageant un dialogue direct entre les belligérants, aujourd'hui bloqués dans une impasse provoqué par la radicalisation de l'effort de guerre ukrainien contre le Donbass et des représailles économiques contre la Russie.

    Le chef de la diplomatie russe a également évoqué et pour l'ensemble des dossiers abordés le contexte global d'une nouvelle confrontation Est-Ouest provoquée par une vision hégémonique d'un monde unipolaire étasunien s'opposant à une vision multipolaire d'un monde ou chacun défend ses intérêts de façon équitable. Sergueï Lavrov a également rappelé la réalité naturelle et historique d'un monde russe respectable et la légitimité de sa défense engagée par la Fédération de Russie.


    Merci à Bertarnd Rivière d'avoir publié sur son site incontournable "Le Blog Noir de Brocéliande"la transcription de ce discours important pour mieux comprendre le changement de cycle qui s'opère dans le monde et les enjeux globaux qui unissent les différentes crises régionales entre elles.

    Erwan Castel, volontaire français en Novorossiya
     
    Allocution et réponses aux journalistes du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de sa conférence de presse sur le bilan de l'activité diplomatique russe en 2015, Moscou, 26 janvier 2016
     
    La conférence de presse intégrale 
    avec traduction française simultanée
     
    Transcription de la conférence de presse
     
    Sergueï Lavrov: 
     
    Bonjour,
     
    A l'occasion de cette conférence de presse consacrée au bilan de l'année 2015, nous répondrons à vos questions sur les événements d'actualité.
     
    L'année a été difficile. On s'en souviendra certainement comme celle d'une concurrence globale renforcée pour influer sur la formation d'un nouveau système international.
     
    A cet égard, deux approches opposées ont prédominé: d'une part les tentatives de freiner la formation d'un système international multipolaire plus juste, de maintenir sa domination dans les affaires mondiales, d'imposer aux autres sa volonté; et de l'autre une aspiration de plus en plus grande à orienter cette concurrence dans une direction plus civilisée et faire de la lutte contre les défis communs une priorité.
     
    La situation économique mondiale ne s'est pas stabilisée - pratiquement tous les pays l'ont senti, y compris la Russie. Le Président russe Vladimir Poutine en a parlé en détail, tout comme les membres du gouvernement russe. Malgré ce contexte économique, nous avons constaté que certains tentaient de défendre leurs propres intérêts au détriment de ceux des autres, de créer des alliances commerciales et économiques fermées, de morceler l'espace économique mondial - autrement dit un aspect de démondialisation était présent.
     
    Des campagnes médiatiques intensives se sont poursuivies. Vous les connaissez probablement mieux que les autres. Dans un certain nombre de cas, nous avons assisté à de véritables guerres médiatiques avec des tentatives d'empêcher la diffusion d'informations ou de points de vue alternatifs sur les processus en cours. Parfois, des mesures drastiques ont été employées allant jusqu'à l'interdiction directe d'exercer la profession de journaliste. Vous êtes au courant également de ces cas.
     
    De nombreux conflits graves se sont poursuivis et se sont aggravés – en Syrie, en Irak, au Yémen, en Libye et en Ukraine. Plusieurs pays d'Afrique souffrent toujours d'instabilité. Tout cela mis ensemble forme ce que j'appellerais des "paysages de crise", auxquels il faut encore ajouter les risques d'une hausse des tensions interconfessionnelles et d'un approfondissement des fractures intercivilisationnelles, ce qui est extrêmement dangereux pour notre civilisation.
     
    Dans le même temps, la menace terroriste s'est renforcée plus que jamais. Daech a proclamé un "califat" et d’autres organisations extrémistes ont mis la main sur de grands territoires en Syrie et en Irak. Ils ont également cherché - non sans succès dans certains cas - à s’installer dans d’autres pays, notamment en Libye, en Afghanistan et dans plusieurs pays d’Afrique noire. Nous avons été témoins d’attentats inhumains contre des citoyens de Russie, d’Europe, du Moyen-Orient, d’Afrique, des USA et d’Asie qui ont provoqué un exode, y compris sur le territoire de l’UE. Comme nous le savons, les terroristes projettent et parlent ouvertement de leurs plans de créer un califat"du Portugal au Pakistan". C’est une menace réelle non seulement pour la sécurité régionale, mais également internationale.
     
    Dans ces conditions, la Russie a cherché à agir activement comme membre du Conseil de sécurité des Nations unies. En tant que l'un des plus grands États du monde, elle a agi non seulement pour défendre ses intérêts nationaux, mais également en pleine conscience de sa responsabilité pour la situation dans le monde.
     
    Nos efforts se sont centrés sur la promotion de l'initiative du Président russe Vladimir Poutine pour la formation d'une large coalition antiterroriste sur la base du droit international et sous l'égide de l'Onu. Les actions des forces aérospatiales russes, à la demande du gouvernement syrien, ont réellement permis de renverser la situation dans ce pays et d'assurer une réduction des territoires contrôlés par les terroristes. Dans le même temps notre implication a éclairci la situation: on a vu qui combattait vraiment les terroristes et qui était complice, qui essayait de les utiliser à ses propres fins.
     
    Notre participation active à la lutte antiterroriste a contribué à l'adoption de plusieurs résolutions importantes au Conseil de sécurité des Nations unies, visant à stopper le financement du terrorisme et le phénomène des combattants terroristes étrangers – les résolutions 2199 et 2253. Nous cherchons à faire en sorte qu'elles soient consciencieusement appliquées et, ce qui est tout aussi important, nous exigeons des rapports détaillés du Secrétariat de l'Onu pour savoir qui remplit ses engagements dans le cadre de ces documents et comment.
     
    Le terrorisme ne pourra pas être vaincu par la seule voie militaire. Il est nécessaire de combiner les actions armées avec des processus politiques pour régler les conflits. Il faut aussi prendre des mesures visant à empêcher l'usage de l'infrastructure économique prise par les terroristes, comme l'a fait Daech en Irak et en Syrie - qui fournissait du pétrole de contrebande et d'autres produits en Turquie. Il est également important de penser au rétablissement économique des pays victimes quand la menace terroriste sera écartée, ainsi qu'à la lutte contre l'idéologie extrémiste.
     
    En septembre 2015, quand la Russie présidait le Conseil de sécurité des Nations unies, nous avons organisé une réunion spéciale au niveau des ministres des Affaires étrangères pour mener une analyse complexe de toutes les menaces et mesures à engager pour les surmonter au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. C'était une discussion intéressante. Je pense que cette discussion des possibilités d'actions stratégiques et globales - et pas au cas par cas - doit être poursuivie au Conseil de sécurité des Nations unies.
     
    Nous avons très activement contribué à l'organisation de la réunion de Genève en 2012 et à l'adoption du Communiqué de Genève du 30 juin 2012, ainsi qu'à la formation du Groupe international de soutien à la Syrie et au lancement du Processus de Vienne approuvé par la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui doit être rigoureusement respectée. Je suis convaincu que vous me poserez encore des questions sur les détails de ce processus et je suis prêt à fournir des commentaires plus détaillés.
     
    Le Président russe Vladimir Poutine a déclaré plusieurs fois qu'il était possible de trouver des solutions aux problèmes les plus complexes en s'appuyant sur le droit international et en respectant la diversité culturelle et civilisationnelle du monde contemporain, ainsi que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
     
    Nous partons du fait qu'au XXIe siècle, la coopération multilatérale ne peut être construite que sur la base d'une véritable équité, de la prise en compte mutuelle des intérêts, d'un travail conjoint pour des objectifs communs. C'est ainsi que fonctionnent déjà les structures d'intégration de l'espace postsoviétique, y compris l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), l'Union économique eurasiatique (UEE) et la Communauté des États indépendants (CEI). Le travail des Brics et de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dont les sommets se sont tenus en juillet 2015 à Oufa, repose sur les mêmes principes.
     
    Quand nous travaillions sur les processus d'intégration dans l'espace postsoviétique, nous ne les avons pas opposés pas à d'autres efforts d'intégration - ce qui a été répété haut et fort par les autorités russes. Nous sommes prêts à travailler à l'harmonisation des processus d'intégration et à la construction de ponts, notamment entre l'Europe, l'Eurasie et la région Asie-Pacifique. L'année dernière a été conclu un important accord de libre-échange entre l'UEE et le Vietnam, et des dizaines d’autres États souhaiteraient signer de telles ententes. Nous avons trouvé un accord de principe sur le rapprochement de l'UEE et du projet chinois de "Ceinture économique de la Route de la soie", ce qui offre de très larges opportunités.
     
    Hormis le développement progressif de nos relations de partenariat stratégique et de coopération dans divers domaines avec la Chine, nous avons renforcé notre partenariat stratégique avec l'Inde, le Vietnam et d'autres pays de la région Asie-Pacifique. Nous avons participé activement à l'activité des mécanismes multilatéraux dans cette région.
     
    Des perspectives supplémentaires de coopération s'ouvrent depuis l'initiative du Président russe Vladimir Poutine de lancer avec nos partenaires de l'UEE des consultations avec les membres de l'OCS et de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) concernant la formation d'un éventuel partenariat économique. Toutes ces questions seront à l'ordre du jour du sommet ANASE-Russie à Sotchi en mai 2016, qui sera consacré au 20e anniversaire de nos relations avec l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est.
     
    Le développement de notre coopération avec l'Amérique latine et les Caraïbes, l'Afrique, les unions et les structures régionales qui existent sur ces continents continue. En particulier, nos contacts traditionnels et étroits se renforcent avec l'Union africaine, la Ligue arabe, l'Organisation de coopération islamique (OCI), la Communauté d’États latino-américains et caribéens (Celac).
     
    Guidée par les principes d'équilibre des intérêts, de la primauté du droit international et du rôle central de l'Onu, la diplomatie russe a contribué au succès des efforts collectifs sur plusieurs questions primordiales de l'ordre du jour international.
     
    Je voudrais noter que l'an dernier s'est achevée la procédure de destruction du potentiel militaro-chimique syrien et qu'un accord sur le programme nucléaire iranien a été conclu. Les sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil des gouverneurs de l'AIEA vis-à-vis de l'Iran ont été suspendues il y a quelques jours, ce qui marque le début de la mise en œuvre du Plan d'action global commun appelé à garantir la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien en parfaite conformité avec le Traité de non-prolifération et les règles de l'AIEA sur l'usage pacifique de l'énergie nucléaire. C'est un grand pas vers la normalisation totale de la situation autour de l'Iran. Nous soutenons activement ces avancées, ainsi que toute démarche pour supprimer les obstacles artificiels à la communication internationale et à la participation de tout État à la vie internationale.
     
    Je considère les Accords de Minsk du 12 février 2015 comme un immense exploit. Au cours de toute la période qui a suivi, nous nous sommes efforcés de régler le conflit en Ukraine en nous appuyant sur la mise en œuvre des engagements contenus dans ces accords. Comme vous le savez, tous n'ont pas été remplis - loin de là. Notamment ceux qui concernent les engagements de Kiev d'établir un dialogue direct avec les républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk pour régler les aspects politiques de la crise ukrainienne. Il a donc été décidé de poursuivre ce travail en 2016. Mais les tâches fixées dans les textes de Minsk restent inchangées. Nous continuerons d'exiger leur respect rigoureux conformément aux accords supplémentaires et aux efforts entrepris en particulier dans le cadre des réunions entre les chefs d’État du Quartet Normandie. D'une manière générale, nous resterons attachés à une solution globale et exclusivement pacifique à la crise ukrainienne, nous continuerons de contribuer à ce que les Ukrainiens rétablissent l'entente nationale et reprennent la voie d'un développement normal durable.
     
    Notre ligne a contribué en 2015 à une meilleure compréhension, par tous les acteurs internationaux, de l'absence d'alternative à une large coopération pour une recherche conjointe de sorties aux situations de crise - malgré l'accumulation d'actes connus de politique de confrontation de certains de nos partenaires et la multiplication des problèmes dans les affaires mondiales. Le processus évolue lentement et difficilement. La volonté de refréner la Russie est toujours présente, alors même que cette ligne devrait être depuis longtemps reléguée aux archives de l'histoire. On continue d'essayer d'obtenir des profits unilatéraux et même de nous punir pour notre politique étrangère indépendante.
     
    Bien sûr, nous en tenons et en tiendrons compte dans nos actions. Nous ne l'avons pas choisi. Nous sommes prêts à coopérer étroitement et de manière constructive avec nos partenaires occidentaux, y compris l'Europe et les USA, et sommes ouverts à un développement progressif de la coopération. Mais seulement et exclusivement sur une base d'équité et de profit réciproque sans ingérence dans les affaires intérieures de l'un ou de l'autre et en respectant les intérêts fondamentaux de chaque partie.
     
    Nos collègues occidentaux disent parfois que les affaires avec la Russie ne reviendront pas à la normale. C'est vrai: personne n'essaiera plus de nous imposer des accords prenant en compte avant tout les intérêts de l'UE ou des USA, tout en nous affirmant que cela ne nuira pas à nos intérêts. Cette histoire est révolue. Aujourd'hui en commence une autre qui ne pourra évoluer que sur la base de l'équité et des autres principes du droit international.
     
    Pour l'instant, nous constatons qu'une ligne pas du tout constructive et même dangereuse continue d'être appliquée vis-à-vis de la Russie - je veux parler notamment du renforcement du potentiel militaire de l'Otan à proximité de nos frontières, de la mise en place des segments européens et asiatiques du bouclier antimissile américain auquel participent les pays européens et d'Asie du Nord-Est. Nous considérons ces actes comme déstabilisants et sans perspective. Des tentatives de reconsidérer cette situation sont bien entreprises mais le succès n'est pas impressionnant. Par exemple, un "groupe de sages" a été créé il y a un an à l'OSCE qui devait préparer des recommandations pour faire renaître l'esprit de l'Acte final d'Helsinki et revenir aux principes d'une sécurité égale et indivisible. Malheureusement, cela n'a donné aucun résultat. Les experts occidentaux ont soutenu la ligne officielle de leurs gouvernements visant à refréner la Russie, c'est pourquoi notre expert a dû se distancer de ce document. Cette bonne idée n'a finalement rien donné de sensé. Néanmoins, nous espérons que l'OSCE n'est pas une organisation complètement perdue: elle travaille activement en Ukraine, a reçu un "second souffle" - elle a des chances répondre à sa vocation initiale. Nous espérons que la recherche d'approches réellement collectives et équitables de la mise en œuvre des idéaux de sécurité européenne globale va tout de même commencer.
     
    Dans le cadre de notre activité diplomatique, la tâche de renforcer la présence humanitaire internationale de la Russie et le soutien aux compatriotes russes à l'étranger occupe une place prioritaire. Nous accordons une attention particulière au dialogue avec les ONG, les milieux académiques, les entreprises russes, la société civile dans l'ensemble et à la coopération avec les médias. Selon les statistiques, le Ministère russe des Affaires étrangères est toujours en deuxième place en matière d'activité et d'ouverture médiatique, c'est-à-dire que nous avons encore du travail. J'espère que la conférence de presse d'aujourd'hui nous aidera à avancer sur l'ouverture médiatique.
     
    Je suis prêt à répondre à vos questions.
     
     
     
    Question: Le centre stratégique américain Stratfor vient de publier son bilan de l'année 2015 et ses prévisions pour 2016. Dans leur rapport, les experts estiment que l'année ne sera pas facile pour la plupart des pays. Quels sont, d'après vous, les principaux défis pour la Russie et le monde en 2016?
     
    Sergueï Lavrov: D'un point de vue général, le défi n°1 restera celui de mettre en place un système international démocratique juste. Nous ne pouvons pas y parvenir seuls. C'est un processus objectif. De nouveaux centres de croissance économique, d'influence financière et politique sont apparus. Le système international doit s'adapter à ce qui se produit réellement. Cela suppose une réforme des institutions – aussi bien celles qui sont chargées des systèmes financiers et monétaires internationaux et de l'économie internationale que celles qui s'occupent de la politique mondiale. Je veux notamment parler de l'Onu et de son Conseil de sécurité. Surtout, il ne faudra pas seulement refléter les processus objectifs dans la structure de telle ou telle organisation internationale mais bien conduire les affaires mondiales en fonction de la nouvelle situation, ce qui implique l'élaboration de solutions soutenues par tous les pays clés.
     
    Cette approche a notamment triomphé sur le dossier nucléaire iranien, le désarmement chimique de la Syrie, la création du Groupe international de soutien à la Syrie - pour lequel nous nous sommes battus pendant très longtemps parce que plusieurs pays directement impliqués dans le conflit syrien, l'Iran par exemple pour des raisons idéologiques, refusaient de s'asseoir à la même table des négociations. C'est un grand succès d'avoir réussi avec les USA (grâce au Secrétaire d’État américain John Kerry et à sa position) à insister tout de même sur la formation d'un groupe véritablement représentatif.
     
    Il faut agir ainsi dans toutes les autres situations, en invitant tous les acteurs impliqués à la table des négociations. Une telle démarche permettrait de refléter les tendances du monde contemporain et la nécessité de tenir compte des nouvelles réalités économiques et politiques.
     
    C'est probablement la clé de tout conflit, de toute situation problématique - qu'il s'agisse de l'Ukraine, du processus de paix syrien, des conflits en Afrique, des relations entre les Palestiniens et les Israéliens qu'il ne faut surtout pas oublier. Ce principe est absolument sollicité dans le règlement de la tâche principale aujourd'hui: la lutte contre le terrorisme. Quand on essaie de poser des conditions avant d'adopter une approche véritablement collective de cette lutte (par exemple: "acceptez le changement de régime en Syrie et nous commencerons alors à vraiment combattre le terrorisme collectivement en coordonnant nos actions"), je considère que c'est une grande erreur.
     
    La capacité qu'auront nos partenaires et tous les acteurs de diverses négociations à s'entendre sera un autre défi pour la politique mondiale. Ce problème - fréquent - a notamment freiné les efforts pour régler le conflit syrien, quand certains ont refusé de remplir le Communiqué de Genève uniquement parce qu'on n'avait pas réussi à y inscrire l'exigence de la démission du Président syrien Bachar al-Assad et la menace de sanctions si ce dernier ne quittait pas son poste. Au final, plus d'un an après, notre proposition est enfin passée et ce document a été approuvé au Conseil de sécurité des Nations unies. Nous ne sommes pourtant pas parvenus à reprendre les négociations alors même que nous en avions convenu, parce que comme je l'ai dit certains ne voulaient pas s'asseoir à la table des négociations avec d'autres.De tels caprices sont inadmissibles et très dangereux dans la politique contemporaine.
     
    Ces éléments généraux sont un défi pour nous dans le travail sur la formation d'un nouveau système international qui s'appuierait sur la Charte de l'Onu et serait complété sur la base des mêmes principes de la Charte - qui est d'ailleurs un document très souple ne nécessitant pas d'adaptation. Si nous arrivions à assurer ce caractère systémique au travail de tous les acteurs clés du G20 lorsque nous évoquons l'économie mondiale ou les systèmes financiers et monétaires internationaux, ainsi qu'au Conseil de sécurité des Nations unies, au sein du Groupe international de soutien à la Syrie, des structures qui s'occupent du règlement de conflits au Yémen, en Afghanistan, du processus de paix israélo-palestinien et dans diverses régions d'Afrique, alors nous pourrions progresser plus efficacement.
     
     
    Question: Ces trois dernières années, les relations avec le Canada ont été plutôt froides. Pourraient-elles s'améliorer avec l'arrivée du nouveau gouvernement au Canada? Percevez-vous déjà des signaux en ce sens?
     
    Sergueï Lavrov: Nous souhaitons entretenir de bonnes relations avec tous les pays. Quand nous disons que nous sommes prêts et ouverts à la coopération avec l'Occident, y compris l'Europe et l'Amérique du Nord, nous faisons également allusion au Canada bien évidemment. Nous avons, depuis longtemps, de très bonnes relations. Le Canada est un acteur influent et respecté des relations internationales. Nous partageons de nombreuses tâches et des intérêts communs en ce qui concerne la conquête de l'Arctique - et dans l'ensemble la coopération dans les latitudes Nord - ainsi qu'une bonne expérience de coopération dans divers domaines tels que l'économie, le commerce et les territoires et mers du Nord. Nos relations ont connu des hauts et des bas, mais à chaque fois le bon sens a repris le dessus. Nous avons constaté ces détériorations sous le gouvernement de Stephen Harper.
     
    Je pense que les deux dernières années ont été une période d'opportunités manquées dans les relations avec le Canada, à partir du moment où le gouvernement a soudainement adopté une ligne russophobe, stoppé les liens bilatéraux, décrété des sanctions contre des individus et des entreprises russes et suspendu la coopération de la Commission intergouvernementale pour les questions commerciales et économiques.
     
    Évidemment, nous devions prendre des mesures de rétorsion. Vous connaissez le Décret du Président russe Vladimir Poutine concernant la restriction sur les importations de produits alimentaires. Cela n'a été bénéfique pour personne. Nous avons été surpris par l'absence totale de pragmatisme dans les actes impulsifs entrepris par l'ancien gouvernement, qui a suivi aveuglément les exigences des représentants effrénés de la diaspora ukrainienne au Canada tout en ignorant les intérêts nationaux.
     
    La victoire du parti libéral de Justin Trudeau aux élections d'octobre 2015 est un événement important avant tout pour les Canadiens, pour la vie politique nationale. Mais compte tenu des commentaires de Justin Trudeau et de ses collègues sur la politique étrangère, on peut espérer que réapparaissent des opportunités de rétablir nos relations bilatérales, qui ont été détériorées de manière absolument artificielle et inutile. Je le répète, la rhétorique de campagne et la rhétorique du nouveau gouvernement après les élections indiquent qu'il est prêt à rétablir le dialogue sur les problèmes internationaux et à relancer la coopération bilatérale.
     
    Le Président russe Vladimir Poutine s'est entretenu avec le nouveau Premier ministre canadien Justin Trudeau en novembre en marge du G20. Les deux dirigeants ont dit vouloir normaliser les relations entre nos deux pays. Nous partons du fait que des mesures concrètes doivent être prises par nos partenaires canadiens, qui ont exprimé leur intention de corriger les erreurs de leurs prédécesseurs. Nous attendrons. Nous sommes toujours prêts à de tels changements positifs.
     
     
    Question: Je voudrais poser une question sur les relations entre la Russie et l'Allemagne qui, malheureusement, battent de l'aile ces derniers temps. Pensez-vous que ces relations sont dans l'impasse, en crise? Qu'attendez-vous des partenaires allemands pour les améliorer? Il n'est plus un secret pour personne qu'en parlant de l'Allemagne on sous-entend souvent l'Union européenne, qu'en évoquant les relations entre Moscou et Berlin nous parlons des relations entre la Russie et l'UE - si l'on part du principe que l'Allemagne est la locomotive de l'Europe. Je pose cette question à l'approche de la visite en Russie de Horst Seehofer, homme politique allemand éminent, et de son entretien avec le Président russe Vladimir Poutine.
     
    Sergueï Lavrov: Je ne dirais pas que les relations entre la Russie et l'Allemagne sont en crise, qui plus est dans l'impasse. Nous menons un dialogue très intensif au plus haut niveau entre le Président russe Vladimir Poutine et la Chancelière allemande Angela Merkel, au niveau des ministres des Affaires étrangères et d'autres ministres. L'activité de plusieurs mécanismes qui nous aident à avancer a été compliquée mais pas stoppée, notamment grâce à la position des entreprises allemandes qui poursuivent activement leur activité pour renforcer les liens avec leurs partenaires russes. J'ai entendu que des dizaines, peut-être des centaines de compagnies allemandes avaient suspendu leur activité en Russie - mais des milliers sont restées. Depuis deux ans j'ai rencontré au moins deux ou trois fois des capitaines d'industrie allemands – une fois à Moscou et une autre à Munich, où avec le vice-chancelier Sigmar Gabriel nous avions organisé un dialogue avec des hommes d'affaires d'Allemagne et de Russie. Je vois la manière pragmatique et le bon sens avec lesquels les entrepreneurs allemands évaluent la situation.
     
    Si nous étions pragmatiques et pensions à nos intérêts nationaux sans enfreindre nos engagements internationaux, alors un résultat positif serait toujours possible. En témoigne le travail actif qui a commencé sur la planification et la construction du gazoduc Nord Stream 2: ce projet est économique et commercial, il est bénéfique pour l'Allemagne, pour toute l'Europe et la Russie. Le fait que ce projet subisse aujourd'hui de telles critiques et que certains appellent à ne pas coopérer avec la Russie car cela nuirait l'Ukraine (même si nous savons tous pour quelle raison ce travail visant à ne pas dépendre du transit via l'Ukraine était justement nécessaire) sont une tentative de compliquer et d'aggraver nos relations de l'extérieur en appelant à la prétendue "solidarité" atlantique et européenne. Je voudrais qu'en l'occurrence et dans d'autres cas également, l'Allemagne, de même que l'Europe et tout autre pays, prenne des décisions en ayant parfaitement conscience de ses intérêts nationaux, indépendamment d'un haut fonctionnaire venu d'un autre pays proche ou lointain pour dicter ce qui doit être fait.
     
    Nous voyons avec quelles difficultés l'UE tente aujourd'hui d'établir une ligne commune sur la question migratoire - et pas seulement. Nous voyons l'importance de l'Allemagne en tant que locomotive de l'UE, à quel point Berlin aspire à tenir compte au maximum des intérêts de tous les pays membres. C'est de plus en plus difficile. Il n'est pas dans notre intérêt que l'Europe faiblisse ou éclate. Nous souhaitons qu'elle soit forte et unie, qu'elle soit un partenaire avec lequel il serait confortable de travailler sur le plan économique, entre autres. Mais nous ne pouvons pas ignorer les faits. Nous voyons et apprécions les efforts de l'Allemagne pour que la minorité "active-agressive de l'UE" réduise ses appétits et ambitions sur plusieurs questions - et pas seulement dans les relations avec la Russie mais également sur de nombreuses questions relatives au fonctionnement intérieur de l'UE - pour suivre des règles communes qui ne peuvent être que consensuelles aussi bien en UE que dans toute autre organisation normale équitable. Nous souhaitons également à l'Allemagne de la réussite pour régler les problèmes gravissimes provoqués par les migrants sur son territoire. J'espère que ces questions ne seront pas "balayées", qu'il n'y aura plus d'histoires similaire à celle de l'adolescente Lisa d'origine russe - quand la nouvelle de sa disparition avait été cachée pendant très longtemps pour des raisons qu'on ignore. Aujourd'hui nous travaillons avec son avocat, qui coopère avec sa famille et notre Ambassade. Il est évident que cette jeune fille n'a pas disparu pendant 30 heures de son plein gré. La vérité et la justice doivent triompher dans cette affaire.
     
    J'espère vraiment que les problèmes migratoires ne conduiront pas à une tentative de "camoufler" la réalité à des fins politiques – cela serait erroné. Les problèmes doivent être exposés honnêtement, il faut les reconnaître devant les électeurs et proposer des solutions claires et transparentes.
     
    Nous souhaitons sincèrement que cette période difficile pour l'Allemagne se passera sans grandes pertes, que des solutions seront trouvées sur le problème migratoire aussi bien dans le pays qu'en UE, ainsi que sur toute autre question - notamment les conséquences du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE et le vote aux Pays-Bas concernant l'accord d'association avec l'Ukraine. Ces défis sont tous importants pour l'UE, pour ceux qui souhaitent que cette structure reste unie et efficace. C'est seulement dans ce cas qu'elle pourrait être un partenaire confortable pour la Russie et tous les autres. Tous ceux qui poursuivent le même objectif doivent bien sûr souhaiter à l'UE de trouver des solutions de consensus s'appuyant sur le principe de solidarité, qui ne seraient pas prises au détriment d'autres pays mais en se basant sur l'équilibre des intérêts nationaux des pays de l'UE, et non sur les positions des "chevaux de Troie".
     
    Je voudrais souligner que, ces derniers temps, nous avons réussi à résoudre conjointement plusieurs questions d'enregistrement des droits sur la propriété diplomatique géorgienne à Moscou et russe à Tbilissi, ce qui constitue encore une initiative utile. Le format de discussion Grigori Karassine-Zourab Abachidze offre également une plateforme permettant de débattre de n'importe quelle question. Les deux hommes se connaissent parfaitement et ont des relations confidentielles qui leur permettent de soulever tout type de question. Par ailleurs, je suis personnellement ouvert à d'éventuels contacts avec mon homologue géorgien. Je suis certain que d'autres liens sont tout à fait possibles: le président russe Vladimir Poutine n'a pas exclu une telle perspective si l'opportunité se présentait.
     
     
    Question: Je voudrais poser une question sur les relations russo-japonaises. Shinzo Abe, premier ministre du Japon, a récemment évoqué la volonté de Tokyo de développer les relations avec Moscou, de résoudre ensemble les problèmes auxquels fait face le monde entier. Quelles opportunités et perspectives voyez-vous dans ce domaine?
     
    Il existe toujours des divergences considérables sur le problème territorial. La partie japonaise estime que la signature d'un accord de paix signifierait la résolution du litige territorial. La Russie affirme, quant à elle, qu'il n'y rien à discuter.
     
    Sergueï Lavrov: Entretenir des relations étroites et chaleureuses avec le Japon présente un intérêt réel. Il s'agit d'un voisin très important. Nous avons beaucoup de projets communs, ainsi qu'un large éventail de liens commerciaux, économiques, humains et culturels. Les entreprises japonaises travaillent activement sur notre marché dans les domaines du raffinage des hydrocarbures, de l'automobile et des technologies de pointe. Nous souhaitons que ces projets se multiplient pour bénéficier à nos pays et à nos peuples.
     
    Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre japonais Shinzo Abe se sont accordés pour introduire la question de l'accord de paix sur la liste des problèmes à résoudre. A notre avis, sa signature ne serait pas forcément synonyme de la résolution du litige territorial. Il s'agit d'une initiative nécessaire pour que les relations des deux pays soient normales non seulement en pratique, mais aussi sur le plan juridique. Je vous rappelle que le seul texte signé et ratifié par les deux pays (la déclaration de 1956) stipule clairement la primauté de la signature d'un accord de paix indépendamment des perspectives d'un traité définitif sur les îles litigieuses. La déclaration évoque un accord de paix suivi par la transmission - pas la restitution - de deux îles du sud par l'Union soviétique en tant que geste de bonne volonté. Le texte se basait sur un principe crucial: il fixait la reconnaissance du bilan de la Seconde Guerre mondiale par l'Union soviétique et le Japon. Sans confirmer cette position ni reconnaître les résultats de la Seconde Guerre mondiale sous leur forme fixée dans la Charte de l'Onu, il nous est pratiquement impossible de progresser. Nos collègues japonais en sont parfaitement conscients. A la demande du président russe Vladimir Poutine et du premier ministre japonais, nous avons organisé l'année dernière une discussion spéciale consacrée aux aspects historiques de l'accord de paix en marge des négociations sur ce dernier. Il nous faut tirer une conclusion commune de ces aspects historiques. Nous ne formulons aucune exigence irréaliste: nous voulons seulement que le Japon - ainsi que tous les autres pays qui ont signé et ratifié la Charte de l'Onu - affirme son attachement à la Charte de l'Onu dans son intégralité, y compris à l'article 107 interdisant toute révision des résultats de la Seconde Guerre mondiale. A mon avis, ces exigences sont loin d'être trop sévères. Le Japon a ratifié ce texte.
     
    En tout cas, nous sommes prêts à poursuivre le dialogue et envisageons de le faire. La prochaine étape des négociations aura lieu en février au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères. Nous débattrons de toutes les questions soulevées par la partie japonaise et n'éviterons aucun sujet. Les aspects historiques - et notamment le bilan de la Seconde Guerre mondiale - constituent une partie du dialogue qu'on ne peut pas contourner, oublier et mettre de côté. Nous nous heurterons sans cesse à ce problème et nos collègues japonais le comprennent parfaitement.
     
    Le président russe et les premiers ministres japonais - Shinzo Abe et ses prédécesseurs - ont souligné à plusieurs reprises que la signature d'un accord de paix nécessitait un élargissement considérable de notre coopération dans tous les domaines: commercial, économique, humain, culturel et international.
     
    J'ai déjà mentionné le secteur commercial et économique - il faut noter que les entreprises japonaises avancent plus rapidement que les cercles politiques. Certains hommes politiques japonais affirment qu'en cas de signature d'un accord de paix et de résolution du problème territorial, les entreprises japonaises se rendraient massivement en Russie alors que dans le cas contraire elles resteraient frileuses. Mais nous ne voyons aucune frilosité de la part des sociétés nippones. Certaines forces tentent probablement de les freiner et il est peut-être possible d'élargir notre coopération dans les domaines commercial, économique et d'investissement, mais dans la plupart des cas le monde des affaires n'attend aucun message politique et travaille déjà de manière active. A mon avis, plus étroite sera cette coopération, plus facile sera l'étude des questions bilatérales en tout genre.
     
    Nous proposons depuis longtemps au gouvernement japonais de soutenir l'arrivée massive des entreprises nippones sur ces îles. Nous avons suggéré d'y créer un régime spécial, une zone de libre-échange. Plusieurs options permettent de travailler conjointement sur ces îles sans attendre un règlement complet des litiges relatifs à l'accord de paix. Qui plus est, ces derniers sont plus formels qu'autre chose car nous vivons en état de paix et de coopération avec nos voisins japonais sans ressentir l'absence d'accord. Nous ne sommes pas un État hostile, même si formellement la Russie peut être considérée comme un pays ennemi puisque aucun accord de paix n'a été signé. Ce n'est pas le cas. Mais il vaudrait sans doute mieux signer ce document.
     
    Nos liens humains se développent de manière spectaculaire. On organise annuellement, au Japon, des festivals de culture russe inaugurés par le président de la Douma Sergueï Narychkine. L'année 2016 ne fera pas exception. Et le public russe attend toujours avec intérêt l'arrivée d'artistes japonais. Si nous voulons mettre en pratique les engagements des leaders de nos pays et développer nos relations plus activement dans tous les domaines, y compris au niveau international, nous voudrions coopérer de façon plus étroite et voir un Japon plus indépendant - surtout qu'il prétend au rôle de membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu. Nous comprenons parfaitement ce souhait. Nous voudrions que les pays aspirant à une position permanente au sein du Conseil de sécurité apportent une certaine valeur ajoutée, renforcent l'équilibre entre les positions de ses membres. Si quelqu'un reprend mot par mot les positions américaines, cela n'ajoute pas beaucoup au processus politique et ne permet pas d'équilibrer les décisions élaborées. En principe, nous souhaitons - le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué en détails concernant l'Union européenne - que tous les pays soient indépendants sur la scène internationale et ne se laissent guider que par leurs intérêts nationaux. Il ne s'agit pas d'isoler ou de s'isoler, mais de respecter le droit international afin de s'appuyer sur ce dernier en adoptant des décisions qui reflètent les intérêts de l’État et du peuple au lieu de la pression de ceux qui veulent que tu cèdes tes avantages et agisses comme ils l'entendent.
     
    J'espère que nous serons en mesure d'y arriver, bien que la culture diplomatique du monde moderne ait été créée à l'époque de la domination séculaire de l'Occident historique. Il est aujourd'hui très difficile de se débarrasser des habitudes mais j'espère que cette heure viendra.
     
     
    Question: L'envoyé spécial du Secrétaire de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, a annoncé hier la date des négociations intersyriennes mais a maintenu le suspense sur la composition de la délégation d'opposition. Pourriez-vous apporter des précisions à ce sujet? La Russie et les USA auraient donc trouvé un compromis sur cette question? Est-ce que cela signifie que la Russie aurait pu accepter la participation de groupes tels que l'Armée de l'islam et Ahrar al-Sham aux négociations? Quelles concessions pouvait faire Washington dans ce cas?
     
    Sergueï Lavrov: La Russie et les USA n'avaient aucun mandat pour former une délégation de l'opposition. Ce mandat a été attribué à l'Onu en la personne du Secrétaire général et de son envoyé spécial pour la Syrie Staffan de Mistura. La résolution 2254 stipule clairement que c'est à lui d'envoyer les invitations aux opposants syriens parmi ceux qui ont déjà participé aux réunions au Caire, à Moscou, dans d'autres villes et très récemment à Riyad. Staffan de Mistura a consulté les pays membres du Groupe international de soutien à la Syrie, y compris la Russie. Nous avons exposé notre point de vue, parfaitement évident, selon lequel tous ceux qui avaient participé aux réunions de l'opposition syrienne dans différentes villes et capitales devaient être invités. Certains membres du Groupe international de soutien à la Syrie, si je comprends bien, ont tout de même insisté pour que seuls les participants à la réunion de décembre 2015 à Riyad représentent l'opposition syrienne et que tous les autres restent sur la touche. C'est une violation grossière de la résolution 2254 et c'est la position de la Russie, des USA et de l'Onu qui, comme vous le savez, coprésident le Groupe international de soutien à la Syrie. J'exclus la possibilité que Staffan de Mistura ait pu céder à un tel chantage. Il a confirmé, y compris en conférence de presse hier à Genève, que le cercle des invités serait large. Dans l'idée il doit être inclusif, comme le prescrit la résolution de l'Onu, c'est-à-dire représenter l'opposition dans toute sa diversité.
     
    Ces derniers temps, un membre du Groupe international de soutien à la Syrie émet des doutes concernant la nécessité d'inviter les Kurdes syriens du Parti de l'union démocratique. Je pars du principe que sans ce participant, les négociations ne pourront pas apporter le résultat escompté, à savoir le règlement politique définitif du conflit en Syrie. Les Kurdes syriens représentent près de 15% de la population et occupent une grande partie d'un territoire stratégique dans ce conflit. Savez-vous quel était l'argument avancé contre leur participation: pourquoi les inviter s'ils ne combattent pas Bachar al-Assad? Il n'y a jamais eu de tel critère – inviter aux négociations uniquement ceux qui se battent contre Bachar al-Assad. En fin de compte les négociations doivent porter sur le cessez-le-feu, sur la détermination et l'augmentation de l'efficacité de la lutte contre le terrorisme, ainsi que sur les réformes politiques en Syrie. Comment peut-on parler de réformes politiques dans le pays (d'ailleurs, ceux qui avancent un ordre du jour aussi unilatéral dans le processus de paix syrien font passer les réformes politiques avant la lutte contre le terrorisme) en ignorant le principal parti kurde – une force relativement puissante qui combat activement le terrorisme sur le terrain, notamment Daech.
     
    Ne pas inviter ce groupe serait une erreur gravissime. Je le répète, nous ne mettrons aucun veto même si c'était le cas - le choix revient à Staffan de Mistura. Il doit prendre ses responsabilités, ne pas se cacher derrière la Russie et les USA ni "se faire mener" par ceux qui, contrairement à nous, essaient d'introduire le droit de veto dans l'activité du Groupe international de soutien à la Syrie. Nous espérons que le Secrétaire général et Staffan de Mistura prendront entièrement conscience de leur responsabilité et comprendront à quel point il est inadmissible d'aller dans le sens d'un seul membre du Groupe international de soutien à la Syrie qui a décidé de mettre les Kurdes à l'écart du processus de paix.
     
     
    Question: Depuis plus d'un an et demi, les Kurdes se battent contre Daech et d'autres organisations terroristes en Syrie et en Irak. De nombreux pays les ont aidés dans ce combat. Quel a été le rôle de la Russie? Va-t-elle augmenter son aide? Quel rôle occupent les Kurdes dans la stratégie russe?
     
    Sergueï Lavrov: Nous considérons évidemment les Kurdes comme une nation importante, dont la population vit historiquement dans plusieurs pays de la région dont l'Irak, la Syrie, l'Iran et la Turquie. Les Kurdes sont aujourd'hui très efficaces dans la lutte contre Daech. Nous soutenons la lutte des gouvernements syrien et iranien contre le terrorisme et avons commencé à le faire bien avant la formation en août 2014 de la "coalition" menée par les USA. Nous avons pris en compte cette menace terroriste dans les livraisons d'armes en Syrie et en Irak pratiquement depuis son apparition. Conscients du fait qu'en Irak Daech était combattu par l'armée gouvernementale et les rebelles kurdes, nous avons tenu compte des besoins des Kurdes dans nos livraisons d'armes en Irak - mais ils étaient comblés via le gouvernement central, via Bagdad. Nous respectons la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Irak, nous sommes au courant des processus à l’œuvre dans les relations entre Bagdad et Erbil, les Arabes et les Kurdes, les sunnites et les chiites en Irak, nous connaissons certaines théories exprimées en faveur du morcellement de l'Irak. Les mêmes théories existent concernant la Syrie, l'Afghanistan, et nous savons qui les avance - y compris les pays voisins qui ont élaboré depuis longtemps une idiosyncrasie envers les Kurdes. C'est très dangereux et nous nous opposerons à de telles tendances. Toute l'aide que nous envoyons aux Kurdes, entre autres, passe par le gouvernement central.
     
    Dans le même temps nous savons que plusieurs pays, surtout occidentaux, aident les Kurdes directement sans que Bagdad n'y voie d'objection. En particulier, l'Allemagne apporte son aide aux Kurdes irakiens par des fournitures directes. Le parti de l'union démocratique de Saleh Muslim (Kurdes syriens) est un allié des États-Unis qui les arment directement, et les instructeurs américains aident les Kurdes à améliorer leur combativité. On essaie pourtant d'empêcher ce parti, qui combat réellement Daech, est un allié des USA et dont les combattants sont soutenus par Washington, de participer aux négociations intersyriennes. Dans cette situation, premièrement, c'est notre problème commun car c'est non seulement injuste mais également nuisible et contreproductif, et deuxièmement c'est évidemment un problème pour les USA parce qu'ils considèrent ce groupe comme l'un de leurs alliés les plus efficaces et les plus proches dans la lutte antiterroriste. J'espère que Washington va réagir.
     
     
    Question: Les déclarations de Pyongyang sur les essais d'une bombe à hydrogène par la Corée du nord ont suscité de l'inquiétude aussi bien dans la région que dans le monde entier. La question de la menace nucléaire croissante sur la péninsule coréenne est repassée au premier plan. Peut-on envisager à terme le règlement du problème nucléaire de la Corée du Nord à l'instar de l'Iran? Quelles difficultés devront d'abord surmonter les parties intéressées?
     
    Sergueï Lavrov: J'espère que le problème nucléaire de la péninsule coréenne pourra être réglé – nous l'appelons le "problème nucléaire de la péninsule coréenne" et pas le "problème nucléaire de la Corée du Nord". L'objectif n'est pas de priver Pyongyang de l'arme nucléaire, mais que personne n'en possède sur la péninsule – ni la Corée du Nord ni la Corée du Sud, ni les USA qui ne doivent pas y envoyer d'éléments de leur arsenal nucléaire.
     
    Nous avons fait une déclaration à ce sujet après le dernier essai nucléaire de la Corée du Nord, qui a enfreint une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. A l'heure actuelle nous sommes en pourparlers avec les USA, nos amis chinois, les représentants sud-coréens et japonais pour déterminer la nature de l'essai. Nous ne sommes pas certains qu'il s'agissait d'un essai de bombe à hydrogène car dans ce cas, cela signifierait que les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies instaurant des restrictions sévères sur les fournitures en Corée du Nord de tout matériau ayant un rapport avec le programme nucléaire sont inefficaces, et que des matériaux et des technologies nécessaires à la création et à l'essai d'une telle bombe arrivent dans le pays. S'il s'agissait d'un nouvel essai nucléaire d'une bombe atomique classique, cela signifierait que nos restrictions fonctionnent.
     
    Je mets de côté la mesure dans laquelle, en principe, la prolifération de technologies nucléaires est inadmissible. Je le répète: il est important de se demander si les décisions du Conseil de sécurité des Nations unies visant à empêcher le développement progressif du programme nucléaire militaire de la Corée du Nord fonctionnent. Dans les contacts avec nos collègues, y compris chinois, nous travaillons activement sur cet aspect de la situation. Sur le plan politique, l'unique solution est évidemment de reprendre les négociations à six. Des tentatives ont été entreprises ces trois dernières années mais les participants occidentaux, notamment les USA, le Japon et la Corée du Sud, ont rejeté toute approche souple et insisté fermement en disant que la Corée du Nord devait d'abord renoncer à son programme nucléaire avant qu'on ne commence à lui parler. C'était probablement la solution la plus simple et satisfaisante pour tout le monde, mais aussi la moins réaliste.
     
    La position de la Russie et de la Chine s'appuie sur la nécessité de relancer les négociations à six. Nous avons entendu la proposition sud-coréenne de commencer les réunions au format "6 moins 1", c'est-à-dire sans la Corée du Nord. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée car cela signifierait à nouveau que nous cherchons à isoler quelqu'un. Quand la communauté internationale, en l’occurrence nos partenaires occidentaux, avait isolé l'Iran, rien de bon n'avait suivi: le pays avait accru son programme nucléaire très rapidement. A partir de 2004, quand tout cela aurait pu être réglé simplement et que l'Iran disposait d'une vingtaine de centrifugeuses, nos partenaires occidentaux sont restés fixés sur le fait que l'Iran devait y renoncer avant de commencer à dialoguer. Au final le dialogue a débuté quand on comptait déjà des milliers de centrifugeuses. Tout cela parce qu'à l'origine, on avait tenté d'isoler l'Iran au lieu de négocier. On ne peut pas répéter cette erreur avec la Corée du Nord.                                              
     
     
    Question: Vendredi, la Russie a fermé la frontière russo-norvégienne à cause des réfugiés que la Norvège avait tenté de renvoyer en Fédération de Russie. Des négociations sont actuellement en cours entre les deux pays à ce sujet. Comment peut-on régler cette question pour que la Russie accueille ces réfugiés, qu'elle accepte en principe?
     
    Sergueï Lavrov: Je connais les causes de ce problème. Je n'ai pas tous les détails en mains mais je sais qu'il est question de gens qui sont arrivés en Russie pour travailler dans le pays ou visiter des proches. Dans les formulaires de demande il n'était pas indiqué que le but de leur séjour en Russie était un transit vers la Norvège. En d'autres termes, ils ont invoqué des motifs a priori faux de séjour en Russie. Nous ne voulons pas accueillir ces individus: ils ont enfreint nos lois.
     
    Nous avons trouvé un accord avec les autorités norvégiennes pour marquer une pause et élaborer une formule pour régler ce problème dans l'intérêt aussi bien de la Russie que de la Norvège. Il existe notamment un Accord de réadmission entre la Russie et la Norvège, et notre Service fédéral de migration évoque avec les Norvégiens la possibilité de rédiger un avenant à cet Accord qui réglerait concrètement les problèmes qui surviennent à cause de ces voyageurs frauduleux.
     
     
    Question: Quelles sont les perspectives de développement des relations commerciales et économiques entre la Russie et la Bulgarie? Y a-t-il une possibilité d'équilibrer les échanges commerciaux bilatéraux dans le domaine de la construction mécanique, de l'industrie alimentaire, le secteur agricole et la construction navale? Le projet South Stream et le Conseil d'entraide économique ont laissé un arrière-goût amer. La Bulgarie et l'URSS travaillaient dans tous ces domaines. La Russie peut-elle accorder davantage de places subventionnées pour former des Bulgares? Sinon, la génération des années 1990 et 2000 ne connaîtra plus son histoire. On est aussi inquiets, en Bulgarie, du renforcement de la présence des armements de pays de l'Otan, y compris de chars Abrams. Comme on dit en Russie, "pourquoi avoir un pistolet quand on n'est pas un voyou"?
     
    Sergueï Lavrov: Cette question est émotionnelle. Je comprends ces émotions et les partage en grande partie. Je pense que la Russie et la Bulgarie sont historiquement, culturellement, spirituellement et humainement si étroitement liées qu'il est affligeant que certains hommes politiques, poursuivant leurs objectifs conjoncturels immédiats dans le cadre de cycles électoraux proches, soient prêt à détruire tout cela et à sacrifier nos acquis au profit de leurs ambitions, qui souvent d'ailleurs ne sont pas les leurs propres mais sont dictées de l'extérieur.
     
    La Russie n'a jamais pris l'initiative de réduire la coopération commerciale, économique ou dans tout autre domaine avec la Bulgarie. Jamais. Cela concerne aussi bien le projet Bourgas-Alexandroupolis que la Bulgarie a quitté unilatéralement en 2013, la centrale nucléaire de Béléné ou le projet de gazoduc South Stream. Comme l'a reconnu le Premier ministre Boïko Borissov, c'est l'UE, plus exactement Bruxelles, qui a empêché la réalisation de South Stream. Je voudrais tout de même faire la différence entre l'UE et Bruxelles. Il y a la Commission européenne composée de commissaires, qui comme toute structure bureaucratique voudrait se reproduire et s'affirmer. De plus en plus souvent, nous constatons que des pays membres commencent à exprimer leur mécontentement par rapport aux démarches entreprises par la Commission européenne sans les concerter. Ce fut le cas en septembre 2014 quand a été adopté le premier bloc de sanctions contre la Russie – la Commission européenne l'avait fait sans respecter les accords des chefs d’État et de gouvernement. Plusieurs dirigeants des pays de l'UE ont écrit des lettres de protestation à Bruxelles. J'ignore si cela aidera. Mais le problème de la bureaucratie bruxelloise est de plus en plus soulevé dans les discussions, y compris d'ailleurs par rapport à la manière dont l'Allemagne se sent dans l'UE.
     
    Nous ne pouvions pas attendre le changement d'humeur de Bruxelles concernant South Stream et avons commencé à chercher une alternative, car l'Europe a besoin de gaz russe. Le transit ukrainien n'est pas fiable - vous le constatez tous les jours. Nos voisins ukrainiens affirment quotidiennement qu'ils vont multiplier par dix le prix du transit même s'il figure dans le contrat, et ainsi de suite. C'est pourquoi le besoin d'un itinéraire direct de livraison du gaz russe en UE est un fait établi sur lequel tout le monde s'accorde. Nous avons trouvé la solution de Nord Stream 2, même si South Stream aurait parfaitement pu être construit si la Commission européenne pensait moins aux jeux géopolitiques et songeait plutôt à faire son travail honnêtement pour améliorer la sécurité énergétique de l'UE.
     
    Vous avez mentionné l'époque du Conseil d'entraide économique, mais le contexte était différent. Bien sûr, on dit aujourd'hui que les projets doivent être mutuellement bénéfiques, rentables, marchands, le soutien de l’État doit également avoir des formes acceptées aujourd'hui dans les relations économiques internationales. Il existe des possibilités d'apporter un tel soutien, y compris via la Banque internationale d'investissement qui existe toujours et à laquelle participent nos deux pays avec d'autres gouvernements d'Europe de l'Est.
     
    En ce qui concerne l'éducation. Erasmus-Mundus et le processus de Bologne – ici il faut probablement aller dans le sens l'un de l'autre. La Russie et nos principales universités rejoignent le processus de Bologne, et en parallèle nous élargissons dans la mesure du possible le nombre d'étudiants qui viennent chez nous avec les bourses de l’État. D'ailleurs, beaucoup viennent faire des études économiques sur une base commerciale, à leurs frais. Cela montre que notre système éducatif a une bonne réputation et qu'il est sollicité dans le monde. Les étudiants ne viennent pas seulement des pays qui envoyaient traditionnellement leurs étudiants en Russie et en URSS, pas seulement des pays émergents et des pays d'Europe de l'Est, mais également des pays occidentaux.
     
    Nous sommes prêts à augmenter le nombre de bourses accordés à la Bulgarie si cet intérêt était exprimé et si la Bulgarie déterminait sa propre ligne à ce sujet, en toute indépendance.
     
    En ce qui concerne les mesures à prendre par la Russie pour que la Bulgarie n'oublie pas notre histoire commune, il ne faut pas oublier que c'est également l'histoire bulgare. Les Bulgares ne doivent pas oublier cette histoire, ne pas oublier qui les a aidés à renverser le joug ottoman, qui les a aidés dans d'autres situations très difficiles. Je suis persuadé qu'il existe en Bulgarie des personnalités politiques et publiques (du moins j'en ai rencontré quand j'étais à Sofia il y a quelque temps), des hommes qui ne veulent pas et ne permettront pas de réécrire cette histoire sur le modèle d'autres pays, notamment comme cela est fait aujourd'hui en Ukraine.
     
    Enfin, vous avez mentionné l'Otan et le déploiement de l'infrastructure militaire de l'Alliance à proximité de nos frontières, y compris en Bulgarie. Cela nous préoccupe également. J'ai lu récemment que le Pentagone demandait près de 4 milliards de dollars sur l'année fiscale 2017 (la demande sera soumise au congrès en février) pour les opérations en Europe au lieu de 790 millions actuellement – c'est plus qu'un quadruplement. L'objectif est d'installer des entrepôts avancés pour stocker le matériel, les équipements et assurer la rotation permanente des militaires américains. Cela a été confirmé par le chef du Pentagone Ashton Carter à Davos.
     
    La Bulgarie est membre de l'Otan, c'est pourquoi elle doit évidemment respecter la discipline collective, mais je rappelle que les décisions au sein de l'Alliance sont prises par consensus. En additionnant les voix de mes collègues, les représentants officiels de leurs pays qui expriment des préoccupations alors que l'Otan recommence d'agir sur la base d'une image d'ennemi, cela représente un grand groupe. Mais alors pourquoi, quand ils arrivent à Bruxelles et votent sur telle ou telle question, ils obéissent à la discipline de l'Alliance et non à leurs intérêts nationaux?
     
    Notre Président Vladimir Poutine a récemment dit qui fixait la discipline dans l'Alliance. Il ne s'agit pas d'idées ou de tentatives de l'Otan d'imposer à tout le monde sa volonté (l'Europe est membre de l'Otan) mais bien du fait que les décisions y soient prises par les USA, que l'Europe se contente de suivre.
     
     
    Question: Comment la diplomatie russe va-t-elle réhabiliter l'expression "monde russe"? Car vous avez montré à toute la planète qu'aujourd'hui il ne s'agissait pas d'un "monde russe", mais d'une "guerre russe", d'une "mort russe". Dans le contexte de la violation de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, comment les voisins de la Russie peuvent-ils se sentir en sécurité si, quand c'est nécessaire, la Russie enfreint tous les accords et engagements?
     
    Sergueï Lavrov: Si vous faites allusion au mémorandum de Budapest, nous ne l'avons pas enfreint. Il contient un seul engagement – ne pas utiliser l'arme nucléaire contre l'Ukraine. Personne ne l'a fait et aucune menace n'a été proférée. Par contre l'inverse est vrai: Ioulia Timochenko a déclaré qu'il fallait "punir les séparatistes dans le Donbass par une bombe nucléaire".
     
    En ce qui concerne le "monde russe", je ne peux pas vous dire qu'il est une certaine invention russe. Le "monde russe" existe, ce n'est pas un projet mais une réalité objective, de la même manière qu'il existe une réalité objective du "monde ukrainien" au Canada et dans d'autres États, tout comme la diaspora arménienne. Le fait est que jusqu'à récemment, pour différentes raisons objectives et subjectives, nous manquions d'argent et n'arrivions pas à établir des contacts stables et des canaux de communication avec ces représentants du "monde russe", pour voir comment nous pouvions les aider, avant tout pour qu'ils ne se sentent pas comme des sous-hommes dans leur pays de résidence, pour qu'ils puissent utiliser leur langue, qu'ils disposent de médias dans leur langue natale, qu'ils puissent se rencontrer et organiser des activités qui aident à préserver leur culture, leur identité et qui assurent leurs droits en tant que citoyens dans leur pays de résidence - des droits qui ne seraient pas bafoués et s'appuieraient sur les normes juridiques internationales. Cela concerne également les Russes qui vivaient et vivent toujours en Ukraine. Ces Russes avaient de l'espoir. Les présidents ukrainiens successifs promettaient de faire du russe une langue nationale. En vain. Le maximum qu'a fait Viktor Ianoukovitch est d'adhérer (mais pas totalement) à la Charte européenne des langues régionales et des langues des minorités, ce qui ne distinguait pas pour autant la langue russe mais assurait au russe et aux langues d'autres minorités, qui sont nombreuses en Ukraine, des droits appropriés dans les lieux où ces minorités sont rassemblées.
     
    Nous sommes attachés à la tenue de tous les engagements pris dans le cadre du Conseil de l'Europe, de l'Onu, y compris au respect de la souveraineté, de l'intégrité territoriale, de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États, et notamment la déclaration de l'Onu de 1970 sur les principes du droit international. Cette dernière stipule que tout gouvernement qui attend envers lui une attitude s'appuyant sur le principe d'intégrité territoriale de son État doit, dans le cadre de cette intégrité territoriale, garantir l'autodétermination des nations qui peuplent ce pays, y compris en ce qui concerne les droits linguistiques, culturels et autres. Ce gouvernement doit assurer son intégrité territoriale sans recourir à la violence.
     
    Aujourd'hui, si nous analysons ce qui s'est produit entre début novembre 2013 et février 2014 à la lumière de ces engagements - qui sont en vigueur aussi bien pour l'Ukraine que pour la Russie et tous les autres pays - on voit clairement qui a enfreint ses engagements, qui a porté atteinte à ce qu'on appelle le "monde russe". Je peux citer Dmitri Iaroch (c'est loin d'être un plaisir). Tout le monde connaît ses propos, qu'il tenait bien avant le référendum en Crimée. Il a déclaré fin février que "le Russe ne comprendrait jamais l'Ukrainien, qu'il ne parlerait jamais ukrainien, qu'il ne penserait jamais comme l'Ukrainien, qu'il ne glorifierait jamais Bandera et Choukhevitch, c'est pourquoi les Russes n'ont pas leur place en Crimée et doivent être expulsés". Je crois qu'il a utilisé des expressions encore plus dures. Puis Dmitri Iaroch a organisé des "trains d'amitié", si vous vous souvenez, avec des hommes armés pour s'introduire en Crimée, avant d'organiser la "cinquième colonne" qui a pris d'assaut le Conseil suprême d'Ukraine et ainsi de suite. Quand dans le Donbass, des dirigeants de région élus légitimement et conformément aux lois et règles ukrainiennes ont commencé à se révolter politiquement et moralement contre le coup d’État, quand à leur place on a commencé à envoyer de Kiev des chefs et des commissaires, quand ces commissaires n'ont pas été acceptés et qu'on a commencé à élire des maires populaires, le gouvernement ukrainien arrivé au pouvoir après le putsch a utilisé l'armée et l'aviation contre son propre peuple. Vous vous souvenez des bombardements de Lougansk? Et je ne parle pas d'Odessa. Il n'y aura jamais d'enquête sur cette affaire. Le Conseil de l'Europe a déjà émis une décision après laquelle il est clair que les autorités ukrainiennes ne laisseront jamais la vérité remonter à la surface. D'ailleurs, pendant le Maïdan, les pays otaniens, les Américains et le Secrétaire général de l'Otan nous appelaient à faire pression sur Viktor Ianoukovitch pour qu'il n'utilise pas l'armée contre son propre peuple. Il ne l'a pas fait. Mais quand l'armée officielle a été lancée dans l'"opération antiterroriste" avec l'aviation et des armes lourdes contre ceux qui n'avaient pas accepté le putsch et protestaient contre celui-ci de manière pacifique, l'Otan nous a répondu: "Vous savez, en quelque sorte ils défendent leur État".
     
    Tout individu normal et impartial, y compris les journalistes, comprenait alors quel monde était défendu par qui, qui assurait la cohabitation des "mondes" russe, ukrainien, polonais, hongrois, bulgare et roumain dans un même État, qui avait établi les circonscriptions électorales pendant les dernières élections organisées par le gouvernement ukrainien actuel de manière à ce qu'il n'y ait aucun Hongrois au parlement, alors que Budapest et la communauté hongroise en Ukraine suppliait de créer une circonscription qui permettrait d'avoir au moins un représentant au parlement. C'est pourquoi les discussions sur le "monde russe" et tous les autres "monde" ont plusieurs facettes.
     
    Pour conclure, je voudrais souligner que beaucoup tentent d'analyser tous les événements à travers le prisme du "monde russe" vu comme l'obstination de la Russie de protéger, y compris par la force, les Russes à travers le monde. C'est sur cette vision du "monde russe" comme une menace que s'appuient les décisions prises actuellement par l'Otan à la grande joie de l'industrie de l'armement. Comme je l'ai déjà dit, les seules dépenses des USA pour l'aménagement des frontières extérieures de l'Otan plus près de la Russie ne coûteront plus 700 millions de dollars, mais 4 milliards de dollars en 2016. C'est précisément le but.
     
    Tout le monde a le droit de prendre soin de ses citoyens. Mais seule la Russie, quand elle commence à le faire, tombe dans la catégorie des agresseurs et des fauteurs de troubles, des saboteurs de toutes les règles et lois de la communication internationale. Tout cela est malsain. Donc si on parle de ceux qui remplissent leurs engagements, j'ai déjà cité l'exemple du mémorandum de Budapest qui n'a pas été enfreint, parce que nous ne nous sommes pas engagés, tout comme les USA et le Royaume-Uni, à soutenir des coups d’État en Ukraine.
     
    En ce qui concerne les textes de l'Onu je vous ai déjà présenté, dans les grandes lignes, les critères qui permettent d'assurer le respect de l'intégrité territoriale des États.
     
    Concernant les documents plus concrets, je voudrais souligner que le texte même des accords de Minsk stipule que c'est principalement le pouvoir de Kiev qui doit les mettre en œuvre. Vous pouvez consulter encore une fois ce document pour en avoir le cœur net.
     
    A mon avis, il faut parvenir à la mise en œuvre de tous les points concertés. Quand j'ai évoqué les défis principaux de cette nouvelle année, j'ai déjà souligné que la capacité de nos partenaires à respecter les accords serait l'un des défis les plus importants.
     
     
    Question: Pouvez-vous commenter la déclaration récente d'Arseni Iatseniouk, premier ministre ukrainien, concernant l'organisation d'un référendum sur la nouvelle Constitution? Est-ce que l'Ukraine aura assez de temps pour y inscrire la décentralisation du pays, comme l'exigent les accords de Minsk?
     
    Sergueï Lavrov: Il m'est difficile de commenter cette déclaration car le président ukrainien Petro Porochenko a accepté et signé les accords de Minsk, assumant ainsi la responsabilité de leur mise en œuvre. Mais les conditions de cette mise en œuvre sont une question tout à fait différente. Je l'ai déjà souligné plus d'une fois. Les autorités ukrainiennes ne tentent pas de protéger les accords de Minsk par leur mise en pratique conséquente et honnête, mais en soutenant des radicaux qui veulent contester ces accords ou les interpréter d'une manière biaisée et malhonnête.
     
    Je ne suis pas un grand expert de la Constitution ukrainienne. Cette dernière a été modifiée à de nombreuses reprises et sa version actuelle est, selon les experts de la commission de Venise, assez compliquée: on ne comprend pas quelles normes doivent définitivement entrer en vigueur. La politique étrangère de l'Ukraine reste du ressort du président et personne ne le conteste pour le moment. Le président ukrainien Petro Porochenko affirme qu'il n'y aura aucun "Minsk 3". Je vous rappelle que la perspective de Minsk 3 a été évoquée au sein du groupe de contact par un certain Roman Bessmertny, leader du parti "Troisième République". D'après lui, Minsk 2 avait déjà échoué. Quelques jours après ses déclarations, le président ukrainien Petro Porochenko a été obligé de le corriger en indiquant qu'il n'y avait rien que Minsk 2 et aucun projet de Minsk 3. Ensuite, Roman Bessmertny, qui représentait toujours l'Ukraine au sein du groupe de contact en tant que responsable de la mise en œuvre des accords de Minsk, a souligné ce qu'il pensait de Minsk 2. Quelque temps après nous avons entendu la déclaration du premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk sur "la nécessité d'un référendum". Vladimir Groïsman, président du parlement ukrainien, a annoncé peu après que "cela n'était pas nécessaire". Pour comprendre quelle ligne adopter dans ce concert de voix dissonantes, nous nous appuyons sur le fait que la politique étrangère de l'Ukraine est définie par son président. Le premier ministre Arseni Iatseniouk a déjà dit beaucoup de choses. Il y a un an, il avait tenté de faire peur à l'Europe en affirmant que l'Allemagne et la France seraient les nouvelles cibles d'attaques suite à la prétendue "agression contre l'Ukraine". Franchement, c'est assez bizarre car Arseni Iatseniouk a été un bon ministre - il a occupé le poste de ministre des Affaires étrangères pour un temps. Je l'ai toujours considéré comme un homme raisonnable qui écoutait tous les arguments et agissait de manière appropriée. Mais il a visiblement subi une influence négative extérieure. C'est tout ce que je peux dire.
     
     
    Question: La Russie a-t-elle proposé à Bachar al-Assad de quitter son poste? A-t-elle évoqué un asile politique?
     
    Sergueï Lavrov: Nous avons déjà répondu à ces questions. La réponse est non. J'ai lu des spéculations se référant à feu Igor Sergoun, chef du Département principal de renseignement de l’État-major général de l'armée russe: ce dernier se serait rendu à Damas pour proposer à Bachar al-Assad de partir. C'est incorrect. Une telle conversation avec le président syrien n'était pas du tout nécessaire. Bachar al-Assad s'est déplacé à Moscou pour s'entretenir avec le président russe Vladimir Poutine. Les résultats de leurs négociations ont été rendus publics. Comme nous l'avons confirmé publiquement - le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué plus d'une fois - Bachar al-Assad a accepté de négocier avec les opposants, y compris des représentants de l'opposition armée, pour former sur le terrain un front antiterroriste plus large regroupant l'armée syrienne et des unités de l'opposition patriotique souhaitant combattre Daech, le Front al-Nosra et d'autres groupes terroristes. Lors des pourparlers de Moscou, il a également été convenu que le président Bachar al-Assad forme une délégation pour prendre part à la transition politique et examine les réformes politiques fixées par les décisions du groupe de Vienne et de la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l'Onu. Personne n'a demandé d'asile politique ni n'a rien offert de ce genre.
     
     
    Question: Monsieur le ministre, vous avez mentionné les résolutions 2199 et 2253 du Conseil de sécurité de l'Onu interdisant tout financement des activités terroristes. Mais nous voyons que la Turquie et l'Arabie saoudite violent ces résolutions et font obstacle au processus politique en Syrie. Aujourd'hui, la prétendue "opposition syrienne" réunie à Riyad menace de boycotter les négociations prévues le 29 janvier à Genève. Même si ces pourparlers ont lieu et se traduisent par des accords, peut-on alors garantir qu'ils seront bien mis en œuvre?
     
    Sergueï Lavrov: Nous sommes en effet préoccupés par la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu: ces textes et beaucoup d'autres documents sont trop souvent oubliés. En ce qui concerne les résolutions antiterroristes sur la Syrie, nous sommes déterminés à empêcher toute sorte de jeu et surveillons très attentivement le travail du secrétariat de l'Onu chargé de présenter des informations puis un rapport sur le respect de ces documents par tel ou tel pays. C'est surtout important pour la résolution 2199 du Conseil de sécurité de l'Onu concernant les échanges de données et la coordination des efforts pour arrêter des djihadistes et terroristes étrangers. Il s'agit d'un problème crucial pour la Russie, l'Europe et nos voisins de l'Asie centrale et du Caucase, où Daech recrute ses criminels. Ces derniers combattent en Syrie et en Irak, font couler du sang pour ensuite rentrer chez eux. Ce problème concerne tout le monde, y compris les Européens et les Américains. On voit combattre en Syrie des ressortissants de l'Asie du Sud-Est, d'Indonésie et de Malaisie.
     
    Si nous voulons couper le financement des terroristes, il faut respecter la résolution 2253 du Conseil de sécurité de l'Onu qui vise à lutter contre la contrebande de pétrole - provenant notamment des gisements pris par les djihadistes en territoire syrien et irakien - l'achat d'artefacts ou d'autres marchandises de Daech et d'autres organisations terroristes. Ces derniers apparaissent également en Libye, près de Syrte, dans les régions pétrolières. L'Afghanistan commence également à voir naître des cellules de Daech sur son territoire. La décision récente des États-Unis de permettre aux militaires américains de pourchasser les terroristes dans ce pays confirme le fait que le Daech ne cesse d'y renforcer ses positions et d'accroître son influence, notamment au détriment des Talibans.
     
    La résolution 2253 du Conseil de sécurité de l'Onu stipule que le Secrétaire général doit rédiger régulièrement des rapports rendant compte de sa mise en œuvre. Nous suivons attentivement les préparatifs du premier rapport. Je voudrais profiter de cette conférence de presse pour envoyer un message à nos collègues du secrétariat de l'Onu: d'après nos informations - elles sont pour le moment non officielles mais nous tentons de les vérifier - ce texte ne dit rien du trafic de pétrole syrien vers la Turquie. Rien du tout. C'est scandaleux. Grâce aux médias nous avons assez de preuves et ce rapport doit les refléter. Nous ferons tout pour que ces faits ne soient pas passés sous silence.
     
     
    Question: En 2007, lors de la Conférence sur la sécurité à Munich, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré: "Vous avez plus besoin de nous que nous n'avons besoin de vous". Autant que je sache, c'est vous qui représenterez la Russie cette année lors de la conférence. La position russe est-elle toujours la même?
     
    Sergueï Lavrov: La délégation russe sera dirigée par le chef du gouvernement Dmitri Medvedev. Je me rendrai également à Munich pour prendre part aux débats. Je suis certain que le premier ministre présentera notre position et qu'elle sera développée dans les interventions d'autres représentants russes.
     
    Si vous voulez connaître ma position sur l'affirmation selon laquelle l'Occident a plus besoin de nous que nous n'avons besoin de lui, je vous répondrai ainsi: idéalement, nous devons avoir besoin l'un de l'autre, nous soutenir mutuellement et travailler conjointement contre toutes les menaces communes. Mais en pratique il s'avère que l'Occident s'adresse à nous plus souvent que nous nous adressons à lui.
     
    Cela concerne notamment les sanctions. Nous ne les évoquons jamais mais tirons des conclusions sur la fiabilité et la bonne volonté de nos partenaires occidentaux, leur capacité à respecter les pratiques communes stipulant que le Conseil de sécurité de l'Onu est le seul acteur chargé de prendre des mesures coercitives. Après avoir reçu des réponses négatives sur ces questions, nous avons entamé un processus de substitution aux importations et des réformes structurelles. Le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué à de nombreuses occasions, notamment lors de son intervention d'hier à Stavropol: il s'agit de rendre notre économie autosuffisante tout en restant ouverte à la coopération avec ceux qui sont prêts à le faire sur une base équitable. Mais l'autosuffisance de l'économie exige un développement technologique, des investissements dans le capital humain. Il faut tout faire pour ne pas dépendre des caprices de tel ou tel groupe de pays, et avant tout de nos partenaires occidentaux qui ont mal pris notre décision de soutenir en Ukraine les Russes qui ne voulaient pas accepter le coup d’État: à cause de leur position certains voulaient les massacrer ou au moins restreindre leurs droits - j'ai déjà cité Dmytro Iaroch, leader du mouvement radical Secteur droit, à ce sujet. Nous voulons prévenir de telles situations dans le futur.
     
    Concernant la logique de votre question, je voudrais souligner que nous ne courons pas actuellement après nos collègues européens en suppliant: "Faisons quelque chose pour lever les sanctions". Pas du tout. Nous nous concentrons sur la nécessité de ne pas dépendre des fluctuations de la politique occidentale dictées à l'Europe par les USA. Dans le cadre de nos contacts bilatéraux, chez nous ou lors de forums internationaux, nos collègues européens disent: "Il faut trouver une solution. Aidez à mettre en œuvre ces accords de Minsk car les sanctions nous portent un préjudice très important, et nous voulons tourner cette page le plus rapidement possible". Il s'avère que dans cette situation ils ont plus besoin de nous que nous n'avons besoin d'eux. Y compris pour la mise en œuvre des accords de Minsk. Ces derniers concernent le gouvernement ukrainien et le Donbass. Oui, nous avons une certaine influence sur le Donbass, nous le soutenons. Sans notre aide et nos livraisons humanitaires, il serait probablement dans un état déplorable. Mais il faut également influer sur les autorités de Kiev. Nous avons besoin de l'Occident de ce point de vue, mais il n'y a rien pour le moment.
     
    Sur le dossier nucléaire iranien, nous avons été bombardés de demandes différentes lors des étapes décisives de ces pourparlers, quand il s'agissait de l'évacuation de l'uranium enrichi en échange d'uranium naturel - la condition principale de l'accord -, de la transformation du centre d'enrichissement de Fordo en site de recherches visant à produire des isotopes médicaux etc. Nous avons vu des demandes coûteuses ou sans perspectives de bénéfice matériel. Mais nous avons accompli notre partie du travail. Aujourd'hui, nous et nos collègues chinois, nous recevons des appels sur le problème nord-coréen: "Aidez-nous à assurer le respect des engagements pris par la Corée du Nord".
     
    Analysons également les derniers développements du dossier syrien. Le secrétaire d’État américain John Kerry - j'apprécie grandement nos relations - se heurte sans arrêt à des difficultés avec tel ou tel partenaire des États-Unis dans la région, y compris la Turquie et d'autres voisins de la Syrie. Chaque fois, il nous demande de l'aider à trouver un compromis, une solution. Ce fut également le cas lors de la dernière réunion du Groupe international de soutien à la Syrie.
     
    Ces derniers temps, nous n'avons adressé aucune demande à nos collègues occidentaux car à notre avis, ce n'est pas tout à fait approprié. Nous estimons que si les négociations se sont traduites par la signature d'un texte, il ne s'agit plus d'un objet de demande mais d'un engagement qu'il faut respecter.
     
    Je ne veux pas paraître indiscret - j'ai tout simplement présenté des faits. A vous d'en tirer des conclusions.
     
     
    Question: La presse évoque ces derniers temps une prétendue "proposition de Lavrov" dans le cadre des négociations sur le règlement du conflit du Haut-Karabagh. Existe-t-elle et si oui, sur quoi porte-t-elle?
     
    Sergueï Lavrov: Il n'existe aucun "document de Lavrov" ou de qui que ce soit. Il y a plusieurs textes - 4, 5 ou 6 - que les coprésidents ont rédigés à des étapes différentes des négociations sur le règlement du conflit. Ils fixent les principes qui doivent servir de base à un accord de paix juridiquement contraignant - pas seulement politique. Les coprésidents ont présenté plusieurs versions de ce texte, qui a évolué de 2007 à 2010-2011, au secrétaire général de l'OSCE. Ces documents se trouvent actuellement dans les coffres de l'organisation et sont les seuls véritables si l'on considère qu'aucun texte officiel existant ne s'est encore soldé par une résolution pratique de la situation du Haut-Karabagh et que le travail sur ce dossier se base sur le principe "si tout n'est pas concerté rien n'est concerté".
     
    Comme vous le savez, la partie russe s'efforce de trouver des solutions aux litiges existant entre les parties depuis 2010, sous la présidence de Dmitri Medvedev. La Russie a aidé à faire des progrès dans certains domaines. Puis nous avons constaté une pause considérable suite au sommet de Kazan en juin 2011 qui, malgré les attentes, n'a pas permis de s'accorder sur un texte concernant les principes de base. Après sa réélection, le président russe Vladimir Poutine a évoqué de nouveau ce sujet avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais. A la demande des trois présidents, nous avons tenté de relancer la recherche de solutions. Ce processus n'en est pourtant encore qu'au stade des idées et des pensées.
     
    J'ai participé à plusieurs rencontres avec mes homologues arménien et azerbaïdjanais et nous débattons également de ces questions avec les coprésidents américain et français. Il n'existe toujours aucun document sauf ceux déposés à l'OSCE. Quant au reste, il ne s'agit que de recherches et de réflexions.
     
     
    Question: Quelles perspectives ouvre l'année 2016 pour les relations russo-géorgiennes? Qu'est-ce qu'on peut faire à cette étape, compte tenu des divergences insurmontables entre la Russie et la Géorgie? Moscou a reconnu l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud et accueille les ambassades de ces pays. Même si une reprise complète des relations diplomatiques entre Moscou et Tbilissi n'est pas possible, y a-t-il d'autres perspectives ou d'autres formats? Qu'en est-il de l'annulation du régime de visas avec la Géorgie? Tbilissi et Gazprom négocient actuellement au sujet du transit gazier. La monétisation de ce transit vers l'Arménie est un sujet litigieux. Faut-il s'attendre à des répercussions politiques en l'absence d'accord? Comment la Russie assurerait-elle alors les livraisons de gaz vers l'Arménie?
     
    Sergueï Lavrov: Nous voulons que nos relations avec la Géorgie soient normales et de bon voisinage. Le peuple géorgien ne doit pas payer la rupture des liens au niveau gouvernemental, car ces relations humaines sont importantes pour les Russes tout comme pour les Géorgiens. Il serait injuste de faire payer les gens pour les erreurs criminelles de l'ancien président géorgien Mikhaïl Saakachvili. Ce n'est pas nous qui avons coupé nos relations diplomatiques. Nous avons agi en conformité absolue avec les normes du droit international, notamment la déclaration sur les principes des relations interétatiques qui stipule que l'intégrité territoriale d'un État et le respect de cette dernière impliquent la garantie des droits des populations par l’État même et celle du non-recours à la force pour obliger les peuples à rester dans cet État. Mikhaïl Saakachvili a violé tous ces principes de manière très grossière. Mais je ne vais pas répéter l'histoire de cette question. Après l'attaque de Mikhaïl Saakachvili contre l'Ossétie du Sud, ses propres citoyens et les forces russes de maintien de la paix, la Russie et les milices locales lui ont fait subir une défaite. Désespérées d'obtenir une solution politique pour leur avenir - on avait évoqué plusieurs options par le passé, notamment une fédération ou une confédération -, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie ont proclamé leur indépendance. Nous n'avons alors eu aucun autre choix que de reconnaître leur indépendance afin d'assurer la sécurité et la survie des peuples sud-ossète et abkhaze. Cette décision est irréversible, mais - je le répète - elle a résulté de la politique criminelle de Mikhaïl Saakachvili. Ce dernier s'est distingué par des provocations qu'il organisait, d'après nous, non seulement à sa propre initiative mais aussi assez souvent sur commande.
     
    Nous saluons la poursuite des discussions de Genève. Tout d'abord, nous nous penchons sur les questions de sécurité afin de nous prémunir contre la répétition de tels incidents. Certaines idées ont été avancées pour permettre à tous les participants des discussions de Genève de signer un texte garantissant la prévention de nouveaux recours à la force dans la région. Nous soulignons également l'importance des débats sur des questions humanitaires, notamment le retour des réfugiés et des personnes déplacées. Le travail humanitaire est sans cesse torpillé par les actions de la Géorgie qui saisit annuellement l'Assemblée générale de l'Onu d'une résolution unilatérale sur les réfugiés et les personnes déplacées.
     
    Nous sommes prêts à examiner cette question à l'Onu, mais seulement à condition d'y associer l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, qui font l'objet des exigences de la résolution promue par la partie géorgienne aux Nations unies. Mais les représentants de ces républiques sont absents et n'ont pas de moyens de s'y rendre car nos collègues américains ne leur octroient pas de visas, bien que les responsables du Kosovo, non reconnu, reçoivent des visas mais jouissent aussi d'une bienveillance particulière au sein de l'Onu. La politique du deux poids deux mesures est donc ici tout à fait évidente.
     
    Au-delà du cadre des discussions de Genève, nous entretenons également des relations bilatérales avec la Géorgie, qui se rétablissent peu à peu après une période de gel profond. Les contacts ont repris au niveau des institutions sanitaires et phytosanitaires. Nous sommes heureux de constater la reprise des ventes de boissons et d'aliments.
     
    Vous avez très justement mentionné les négociations avec Gazprom. A mon avis, il ne faut pas attendre l'échec de ces négociations. Il s'agit d'après moi d'un processus pragmatique qui répond aux intérêts des deux parties. L'Arménie pourrait, elle aussi, en profiter. C'est pourquoi ces questions doivent être résolues par les entreprises et les ministères appropriés des deux pays. Je suis certain qu'ils seront en mesure de faire aboutir ce processus.
     
    Nous faisons tout notre possible pour faciliter les liens humains, malgré le fait que suite à la rupture des relations diplomatiques avec la Géorgie nous avons été obligés de renoncer au régime sans visas et même de renforcer le régime de visas, notamment à cause de la persistance de la menace terroriste dans la vallée de Pankissi. Par ailleurs, des informations nous parviennent selon lesquelles les djihadistes du Daech utilisent ce territoire difficilement accessible pour s'entraîner, se reposer et se réapprovisionner. Ces dernier temps, nous avons souligné la normalisation de nos relations par l'introduction d'un régime de visas simplifié dans le cadre duquel les visas d'affaires, de travail, d'études ou humanitaires seront octroyés indépendamment des circonstances. Même s'il s'agit d'un visa privé, l'invitation ne doit pas forcement être envoyée par des parents: un ami ou un camarade peut vous inviter et vous recevrez votre visa. A l'avenir, nous sommes prêts à réintroduire un régime sans visas. Mais il serait étrange d'examiner cette question à un moment où nous n'avons même pas de relations diplomatiques - qui n'ont pas été rompues à notre initiative je le rappelle.
     
    Je voudrais souligner que, ces derniers temps, nous avons réussi à résoudre conjointement plusieurs questions d'enregistrement des droits sur la propriété diplomatique géorgienne à Moscou et russe à Tbilissi, ce qui constitue encore une initiative utile. Le format de discussion Grigori Karassine-Zourab Abachidze offre également une plateforme permettant de débattre de n'importe quelle question. Les deux hommes se connaissent parfaitement et ont des relations confidentielles qui leur permettent de soulever tout type de question. Par ailleurs, je suis personnellement ouvert à d'éventuels contacts avec mon homologue géorgien. Je suis certain que d'autres liens sont tout à fait possibles: le président russe Vladimir Poutine n'a pas exclu une telle perspective si l'opportunité se présentait.
     
     
    Question: Je voudrais poser une question sur les relations russo-japonaises. Shinzo Abe, premier ministre du Japon, a récemment évoqué la volonté de Tokyo de développer les relations avec Moscou, de résoudre ensemble les problèmes auxquels fait face le monde entier. Quelles opportunités et perspectives voyez-vous dans ce domaine?
     
    Il existe toujours des divergences considérables sur le problème territorial. La partie japonaise estime que la signature d'un accord de paix signifierait la résolution du litige territorial. La Russie affirme, quant à elle, qu'il n'y rien à discuter.
     
    Sergueï Lavrov: Entretenir des relations étroites et chaleureuses avec le Japon présente un intérêt réel. Il s'agit d'un voisin très important. Nous avons beaucoup de projets communs, ainsi qu'un large éventail de liens commerciaux, économiques, humains et culturels. Les entreprises japonaises travaillent activement sur notre marché dans les domaines du raffinage des hydrocarbures, de l'automobile et des technologies de pointe. Nous souhaitons que ces projets se multiplient pour bénéficier à nos pays et à nos peuples.
     
    Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre japonais Shinzo Abe se sont accordés pour introduire la question de l'accord de paix sur la liste des problèmes à résoudre. A notre avis, sa signature ne serait pas forcément synonyme de la résolution du litige territorial. Il s'agit d'une initiative nécessaire pour que les relations des deux pays soient normales non seulement en pratique, mais aussi sur le plan juridique. Je vous rappelle que le seul texte signé et ratifié par les deux pays (la déclaration de 1956) stipule clairement la primauté de la signature d'un accord de paix indépendamment des perspectives d'un traité définitif sur les îles litigieuses. La déclaration évoque un accord de paix suivi par la transmission - pas la restitution - de deux îles du sud par l'Union soviétique en tant que geste de bonne volonté. Le texte se basait sur un principe crucial: il fixait la reconnaissance du bilan de la Seconde Guerre mondiale par l'Union soviétique et le Japon. Sans confirmer cette position ni reconnaître les résultats de la Seconde Guerre mondiale sous leur forme fixée dans la Charte de l'Onu, il nous est pratiquement impossible de progresser. Nos collègues japonais en sont parfaitement conscients. A la demande du président russe Vladimir Poutine et du premier ministre japonais, nous avons organisé l'année dernière une discussion spéciale consacrée aux aspects historiques de l'accord de paix en marge des négociations sur ce dernier. Il nous faut tirer une conclusion commune de ces aspects historiques. Nous ne formulons aucune exigence irréaliste: nous voulons seulement que le Japon - ainsi que tous les autres pays qui ont signé et ratifié la Charte de l'Onu - affirme son attachement à la Charte de l'Onu dans son intégralité, y compris à l'article 107 interdisant toute révision des résultats de la Seconde Guerre mondiale. A mon avis, ces exigences sont loin d'être trop sévères. Le Japon a ratifié ce texte.
     
    En tout cas, nous sommes prêts à poursuivre le dialogue et envisageons de le faire. La prochaine étape des négociations aura lieu en février au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères. Nous débattrons de toutes les questions soulevées par la partie japonaise et n'éviterons aucun sujet. Les aspects historiques - et notamment le bilan de la Seconde Guerre mondiale - constituent une partie du dialogue qu'on ne peut pas contourner, oublier et mettre de côté. Nous nous heurterons sans cesse à ce problème et nos collègues japonais le comprennent parfaitement.
     
    Le président russe et les premiers ministres japonais - Shinzo Abe et ses prédécesseurs - ont souligné à plusieurs reprises que la signature d'un accord de paix nécessitait un élargissement considérable de notre coopération dans tous les domaines: commercial, économique, humain, culturel et international.
     
    J'ai déjà mentionné le secteur commercial et économique - il faut noter que les entreprises japonaises avancent plus rapidement que les cercles politiques. Certains hommes politiques japonais affirment qu'en cas de signature d'un accord de paix et de résolution du problème territorial, les entreprises japonaises se rendraient massivement en Russie alors que dans le cas contraire elles resteraient frileuses. Mais nous ne voyons aucune frilosité de la part des sociétés nippones. Certaines forces tentent probablement de les freiner et il est peut-être possible d'élargir notre coopération dans les domaines commercial, économique et d'investissement, mais dans la plupart des cas le monde des affaires n'attend aucun message politique et travaille déjà de manière active. A mon avis, plus étroite sera cette coopération, plus facile sera l'étude des questions bilatérales en tout genre.
     
    Nous proposons depuis longtemps au gouvernement japonais de soutenir l'arrivée massive des entreprises nippones sur ces îles. Nous avons suggéré d'y créer un régime spécial, une zone de libre-échange. Plusieurs options permettent de travailler conjointement sur ces îles sans attendre un règlement complet des litiges relatifs à l'accord de paix. Qui plus est, ces derniers sont plus formels qu'autre chose car nous vivons en état de paix et de coopération avec nos voisins japonais sans ressentir l'absence d'accord. Nous ne sommes pas un État hostile, même si formellement la Russie peut être considérée comme un pays ennemi puisque aucun accord de paix n'a été signé. Ce n'est pas le cas. Mais il vaudrait sans doute mieux signer ce document.
     
    Nos liens humains se développent de manière spectaculaire. On organise annuellement, au Japon, des festivals de culture russe inaugurés par le président de la Douma Sergueï Narychkine. L'année 2016 ne fera pas exception. Et le public russe attend toujours avec intérêt l'arrivée d'artistes japonais. Si nous voulons mettre en pratique les engagements des leaders de nos pays et développer nos relations plus activement dans tous les domaines, y compris au niveau international, nous voudrions coopérer de façon plus étroite et voir un Japon plus indépendant - surtout qu'il prétend au rôle de membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu. Nous comprenons parfaitement ce souhait. Nous voudrions que les pays aspirant à une position permanente au sein du Conseil de sécurité apportent une certaine valeur ajoutée, renforcent l'équilibre entre les positions de ses membres. Si quelqu'un reprend mot par mot les positions américaines, cela n'ajoute pas beaucoup au processus politique et ne permet pas d'équilibrer les décisions élaborées. En principe, nous souhaitons - le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué en détails concernant l'Union européenne - que tous les pays soient indépendants sur la scène internationale et ne se laissent guider que par leurs intérêts nationaux. Il ne s'agit pas d'isoler ou de s'isoler, mais de respecter le droit international afin de s'appuyer sur ce dernier en adoptant des décisions qui reflètent les intérêts de l’État et du peuple au lieu de la pression de ceux qui veulent que tu cèdes tes avantages et agisses comme ils l'entendent.
     
    J'espère que nous serons en mesure d'y arriver, bien que la culture diplomatique du monde moderne ait été créée à l'époque de la domination séculaire de l'Occident historique. Il est aujourd'hui très difficile de se débarrasser des habitudes mais j'espère que cette heure viendra.
     
     
    Question: Le président américain Barack Obama quittera ses fonctions dans moins d'un an. Quelles sont les perspectives d'un redémarrage réel des relations russo-américaines en 2016?
     
    Sergueï Lavrov: Ce n'est pas à nous qu'il faut poser cette question. Nos rapports interétatiques sont tombés très bas malgré les relations personnelles excellentes entre l'ancien président américain Georges W. Bush et le président russe Vladimir Poutine. Suite à l'arrivée du président Barack Obama à la Maison blanche, l'ancienne secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a proposé un "redémarrage": les Américains-mêmes comprenaient le caractère anomal d'une situation où la Russie et les États-Unis ne coopéraient pas pour mettre fin aux problèmes qu'il était impossible de résoudre sans leur participation. Nous avons accueilli ce "reset" de manière assez constructive, montré que nous appréciions la volonté de la nouvelle administration de corriger les erreurs de ses prédécesseurs. Nous avons obtenu de bons résultats: le traité START, l'entrée de la Russie à l'OMC, plusieurs accords sur différents conflits. Mais tout cela a rapidement disparu. Aujourd'hui, tout le monde - y compris nos collègues américains - nous dit: "Mettons en pratique les accords de Minsk sur l'Ukraine et tout normalisera immédiatement. Nous lèverons les sanctions dans une heure, et la Russie et les USA auront des perspectives brillantes de coopération dans les domaines beaucoup plus agréables que le règlement des crises. On mettra aussi en place immédiatement un programme créatif de partenariat".
     
    Nous sommes prêts à coopérer avec tout le monde sur une base d'équité et de profits mutuels. Mais nous ne voulons certainement pas que quelqu'un fonde sa politique sur l'assertion selon laquelle c'est la Russie et pas l'Ukraine qui doit mettre en œuvre les accords de Minsk. Ce document précise clairement qui doit les réaliser. J'espère que les États-Unis sont également au courant. En tout cas, nos derniers entretiens avec le secrétaire d’État américain John Kerry et les contacts entre la sous-secrétaire d’État américaine Victoria Nuland et le conseiller du président russe Vladislav Sourkov montrent que la partie américaine comprend parfaitement le sens des accords de Minsk. Autrement dit, tout le monde comprend tout. Dans ce contexte, Kiev voit dans la prolongation des sanctions occidentales contre la Russie une approbation de sa non-mise en pratique des accords de Minsk. Cela explique clairement la position du pouvoir ukrainien: à quoi bon appliquer ces accords si l'Occident accepte que nous ne le fassions pas?
     
    Cet exemple montre qu'on prépare déjà pour nous un nouveau "reset": nous mettons en œuvre les accords de Minsk et tout redevient immédiatement beau, prometteur et attractif.
     
    Le refroidissement des relations avec l'administration Obama et l'effritement de la politique de redémarrage ont été entamés longtemps avant l'Ukraine. Revenons un peu en arrière. D'abord, quand nous avons obtenu des conditions acceptables pour l'entrée de la Russie à l'OMC de la part de nos partenaires occidentaux, les Américains se sont rendu compte du fait que le maintien de l'amendement Jackson-Vanik allait à l'encontre de leurs intérêts en les privant des avantages liés à la présence russe au sein de l'OMC. Mais leur nature profonde les a empêchés de le supprimer tout simplement en disant: "C'est fini, nous pouvons désormais coopérer sans problème". Mais ils ont inventé la loi Magnitski - je suis pourtant sûr que l'affaire Magnitski n'est pas encore terminée. J'espère que tout le monde connaîtra un jour la vérité. Toutes ces provocations et manipulations autour de la mort de cet homme sont répugnantes. Mais ils l'ont fait, et vous savez parfaitement qui a fait du lobbying en faveur de la loi. La loi Magnitski a tout de suite remplacé l'amendement Jackson-Vanik. Ce processus a été lancé avant la crise ukrainienne, bien qu'on tente actuellement de nous imputer justement une violation des principes de l'OSCE. Tout ce qui se passe entre l'Occident et la Russie s'expliquerait par le fait que Moscou n'a pas respecté ses engagements et l'ordre mondial, formé notamment en Europe suite aux accords d'Helsinki, etc. En réalité, il semble surtout s'agir de trouver un prétexte pour poursuivre la politique d'endiguement, qui n'a en réalité jamais pris fin.
     
    La loi Magnitski a été suivie d'une réaction démesurée à la situation d'Edward Snowden, qui s'était retrouvé en Russie en dépit de notre volonté. Nous n'étions pas au courant et il n'avait pas de passeport: ce document avait été annulé lors de son vol. Il n'a donc pas pu quitter la Russie à cause des décisions de Washington. Nous ne pouvions tout simplement pas lui refuser la possibilité de rester dans notre pays, en sécurité, compte tenu des poursuites engagées contre lui: les Américains en parlaient ouvertement. Nous l'avons fait au nom du droit fondamental à la vie.
     
    Le président américain Barack Obama a annulé sa visite en Russie. On a vu éclater un scandale colossal, des dizaines d'appels de la part de la FBI, de la CIA et du Département d’État, des contacts directs entre les présidents. On nous disait que notre refus d'expulser Snowden pourrait torpiller nos relations. Les États-Unis ont annulé la visite présidentielle mais Barack Obama a pourtant assisté au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg où nous avons, par ailleurs, fixé les principes du démantèlement de l'arsenal chimique syrien.
     
    L'Ukraine n'a donc été qu'un nouveau prétexte. La crise ukrainienne n'était pas vraiment liée à une indignation juste à propos d'une prétendue violation par la Russie des accords d'Helsinki - bien que tout ait commencé par le Kosovo et les bombardements de la Yougoslavie - mais reflétait le mécontentement américain après que le coup d’État n'a pas donné les résultats escomptés par ses soutiens. Franchement, nous ne nous comportons pas comme une personne offensée. Nous n'avons pas de telles traditions dans nos relations interétatiques. Nous comprenons que la vie est plus dure que tous les schémas romantiques et idéalistes de "reset". Nous comprenons également que le monde fait face à une lutte sévère d'intérêts, qu'il n'est pas encore sorti de l'époque de la domination occidentale et se trouve actuellement en transition vers un système plus stable qui n'aura pas un ou deux pôles dominants, mais plusieurs. Cette période de transition est longue et pénible: les vieilles habitudes sont très persistantes. Nous le comprenons parfaitement. Nous comprenons que les États-Unis ont intérêt à avoir moins de rivaux sur le plan territorial, d'influence, militaire ou économique. Nous le voyons dans les relations sino-américaines ou encore l'attitude des États-Unis envers l'Union européenne. Washington tente de lier cette dernière à lui par le truchement du partenariat transatlantique, tout en créant à l'est de la Russie un "partenariat transpacifique" qui exclut la Russie et la Chine. Le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué en détails dans son analyse des processus de l'économie et de la politique mondiales. Nous comprenons tout cela. Chaque époque apporte probablement de nouvelles tendances et de nouvelles attitudes de telles ou telles élites, surtout dans les pays importants qui ont une approche particulière de la lutte pour leurs intérêts. Il serait très néfaste et désastreux pour nous tous que ces processus dépassent les limites des normes établies du droit international. Dans ce cas-là, chacun lutterait contre tous et le monde coulerait dans l'anarchie et le chaos - à l'image de la situation actuelle au Proche-Orient, à l'exception probablement de l'effusion de sang. Chacun agirait de son propre gré, ce qui tournerait sans doute très mal. Il est très important de respecter certaines règles du jeu. Concernant votre question, je voudrais que les États-Unis entament un reset avec le monde entier, que ce reset soit commun, que tout le monde se réunisse pour confirmer son attachement à la Charte de l'Onu et à ses principes fondateurs, notamment à la non-ingérence dans les affaires intérieures, au respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, au droit des peuples à l'autodétermination et au choix libre de leur avenir sans aucune ingérence extérieure.
     
    Nous avons déjà cité l'exemple de l'établissement des relations diplomatiques entre l'URSS et les États-Unis au milieu du XXe siècle. Les USA avaient insisté pour que la cérémonie inclue un échange de lettres officielles entre les ministres des Affaires étrangères. Ils ont également demandé d'introduire dans ces lettres l'engagement mutuel de ne pas s'ingérer dans les affaires intérieures des partenaires, de ne pas torpiller leur système politique et économique. Les États-Unis l'ont exigé de l'URSS dans les années 1930. L'échange de ces lettres a eu lieu. Vous pouvez même les consulter sur le site de notre ministère.
     
    Il y a un certain temps, nous avons proposé aux Américains de souligner encore une fois ces principes de nos relations, mais ils ont esquivé cette demande. Bien que - je le répète - un tel reset aurait été très opportun.
     
     
    Question: Comment caractériseriez-vous les relations russo-britanniques après les conclusions des enquêteurs sur la participation du FSB (ex-KGB) à l'empoisonnement d'Alexandre Litvinenko?
     
    Sergueï Lavrov: Vous devriez formulez vos questions de manière plus réfléchie. Si j'ai bien compris votre question en anglais, vous voulez connaître mon opinion sur le développement des relations russo-britanniques compte tenu des conclusions des enquêteurs sur la participation du FSB à l'empoisonnement d'Alexandre Litvinenko.
     
    Vous êtes allé beaucoup plus loin que ce qu'a dit le juge de la Cour royale de Londres Robert Owen. En présentant ses conclusions, ce dernier n'a évoqué aucune accusation sans prendre le soin d'utiliser des termes tels que "probablement", "apparemment" ou "il semble". A mon avis, en tant que représentant des médias, vous devriez au moins répéter correctement les propos de votre justice.
     
    L'intervention du juge Robert Owen était justement pleine de nuances. Il a même indiqué que l'affaire se fondait sur de fortes preuves indirectes. A mon avis, il s'agit d'un cas sans précédent dans la pratique judiciaire, au moins pour une affaire présentée comme objective et impartiale. Les autorités russes font face à des accusations très sérieuses sans aucune preuve substantielle. Toutes les conclusions se fondent sur les propos de certains témoins sélectionnés, tout à fait partiaux - comme Alexandre Goldfarb qui ne semble pas crédible même aux yeux de nombreux Britanniques -, ou sur des témoignages secrets livrés on ne sait où ni par qui.
     
    Si vous vous souvenez bien, l'enquête lancée en 2011 n'était d'abord basée que sur des faits - pas des spéculations. Le Comité d'enquête russe a aidé volontairement l'investigation jusqu'à sa suspension en 2014. Le processus basé sur des faits, et qui pouvait impliquer ouvertement et complètement le Comité d'enquête russe, a ainsi été stoppé. C'est probablement la raison de sa suspension en faveur du lancement de l'"enquête publique". Le terme "publique" est dans ce cas-là trompeur car ce type d'investigation permet justement de classifier tous ses éléments principaux. Cela a été le cas. Qui plus est, la version du juge Robert Owen contredit tellement les faits qu'il semble même étrange qu'elle soit évoquée par des médias sérieux - sans parler des hommes politiques. Nous avons entendu les propos du premier ministre britannique David Cameron et des membres de son gouvernement: j'ai surtout remarqué qu'il était étonné du fait que l'investigation ait confirmé ce qu'il "savait dès le début".
     
    Tout cela me rappelle les propos de nos collègues américains sur l'attaque contre le Boeing malaisien au-dessus de l'Ukraine. Ils disaient "attendre le rapport final du comité néerlandais", même s'ils "savaient parfaitement" qui avait attaqué. La logique du Boeing coïncide visiblement avec celle de l'affaire Litvinenko. Pourquoi les résultats de l'autopsie de Litvinenko sont-ils classifiés? Pourquoi ignore-t-on les demandes de sa première femme, de son père et de son frère qui exigent d'exhumer son corps afin d'effectuer une nouvelle autopsie? Pourquoi rien n'a été fait? Nous avons des questions similaires concernant le Boeing malaisien. La justice britannique et le comité néerlandais sont incapables d'y répondre. Il est également de notoriété commune - les enquêteurs ne le nient pas - qu'Alexandre Lougovoï s'est rendu avec son fils au rendez-vous avec Alexandre Litvinenko, lors duquel il aurait empoisonné ce dernier. On n'explique pas pourquoi un homme aurait ainsi pu mettre en péril la santé de son propre enfant. Sans parler des témoignages de l'entourage de Boris Berezovski, qui sont actuellement partout dans les médias et racontent des faits très intéressants mais sont ignorés complètement par l'investigation. Sans parler des causes de la mort de Boris Berezovski - nous ne les connaîtrons probablement jamais -  comme celles du propriétaire du restaurant David West etc. Si un juriste compétent analysait ces faits et toutes les déclarations des autorités britanniques, il pourrait les persécuter pour diffamation. Le matériel nécessaire ne cesse de s'accumuler.
     
    Vous avez demandé mon opinion sur les perspectives des relations russo-britanniques. Nous voudrions nous-aussi que la Grande Bretagne enquête objectivement sur les morts de plus en plus nombreuses de citoyens russes qu'on oublie quelques mois après sans rien nous dire - ce qui ne concerne apparemment pas certaines affaires dont l'écho retentit encore dix ans après. 
     
    Je ne suis d'accord qu'avec cette estimation du ministère britannique des Affaires étrangères qui dit que "l'affaire Litvinenko compliquera davantage nos relations bilatérales". Je suis du même avis, bien que ce ne soit pas l'affaire Litvinenko mais le spectacle autour de cette dernière qui compliquera nos rapports. Qui plus est, ils s'aggraveront sans "probablement", "apparemment" ou "il semble". C'est une certitude.
     
     
    Question: Vous avez indiqué que des combattants du Daech s'entraînaient et se reposaient dans la vallée de Pankissi sur le territoire géorgien. Cela se passe tout près de vos frontières, près de la Tchétchénie. Quel est le rôle de cette dernière et de son président Ramzan Kadyrov? Comment peut-on, d'après vous, y faire face? Je prends vos paroles très au sérieux. Si c'est la vérité, la situation est très grave.
     
    Vous mentionnez régulièrement un certain Dmytro Iaroch. Joue-t-il un rôle au sein du gouvernement ukrainien? Il n'a jamais fait partie du pouvoir exécutif - il n'est personne. Dans ce cas-là peut-on prendre au sérieux les déclarations de vos hommes politiques qui n'obtiennent que 2% aux élections présidentielles sur les relations russo-ukrainiennes? Précisez, s'il vous plaît, pourquoi Dmytro Iaroch doit servir de référence de vos relations avec l'Ukraine.
     
    Enfin, l'Onu a annoncé le 28 mars que la Russie avait annexé la Crimée. Êtes-vous prêts à évoquer avec l'Ukraine une restitution éventuelle de la péninsule?
     
    Sergueï Lavrov: Soyez tranquille, je vais répondre à toutes vos questions. En ce qui concerne la vallée de Pankissi, nous disposons d'informations selon lesquelles Daech tenterait d'y former ses cellules - et non seulement en Afghanistan ou dans certains pays d'Asie centrale. Plusieurs terroristes ont déjà été arrêtés. D'après nos informations, ces derniers étaient liés à Daech. De telles opérations sont préparées et menées en secret. Mais leurs résultats sont toujours rendus publics. Vous pouvez l'entendre régulièrement à la télévision ou dans d'autres médias. Il s'agit d'un mal commun. Des cellules de Daech sont présentes sur le territoire de nombreux pays européens. Les attentats de ces derniers temps, notamment ceux de Paris, sont liés à ces djihadistes. Daech a également revendiqué les attentats sur la côte ouest des États-Unis. C'est pourquoi il faut probablement utiliser toutes nos ressources sans attendre que quelqu'un dise: "Faisons d'abord chuter le président syrien Bachar al-Assad pour ensuite débattre de la lutte conjointe contre Daech". Nous avons déjà vu les conséquences de cette politique du deux poids deux mesures.          
     
    La coalition menée par les USA - à laquelle l'Espagne participe également - regroupe plusieurs pays ayant une histoire assez mitigée de relations avec Daech. Concernant la vallée de Pankissi, j'ai mentionné des informations sur des combattants de Daech qui tentaient de s'y introduire. Si nous ne les combattons pas de manière conjointe, personne ne sera en mesure de s'en prémunir.
     
    Pour le moment nous avons dressé une barrière assez solide et éradiquons tous les phénomènes de ce genre sur le territoire russe. J'espère que nos propositions de coopérer seront prises en considération et que la coalition menée par les États-Unis prendra toutes les mesures nécessaires pour identifier, dans ses rangs, ceux qui ne coopèrent pas de manière sincère dans la lutte contre Daech et d'autres terroristes.   
     
    En ce qui concerne Dmytro Iaroch et le fait qu'il serait un homme politique marginal dont les actions et les propos ne doivent pas pris en considération, cela n'est pas tout à fait exact. Dmytro Iaroch et son parti Pravy sektor ont été l'une des forces principales - voire la force principale - du Maïdan. Pas du Maïdan pacifique, mais de sa version violente qui voulait provoquer des affrontements et l'effusion du sang pour changer le pouvoir en plein chaos. Si vous regardez les publications des médias présents sur place dans la période de novembre 2013 à mars 2014, vous réaliserez que Dmytro Iaroch était tout sauf marginal en Ukraine. C'est lui, notamment, qui organisait les fameux "trains de l'amitié" vers la Crimée. Il était assez populaire, les médias le citaient. Qui plus est, il est actuellement député du parlement ukrainien, et il n'est pas du tout seul dans ses convictions. On a obtenu récemment de nouvelles informations sur la nature du parti Svoboda d'Oleg Tiagnibok. Ce dernier était membre de la coalition d'opposition et signataire de l'accord avec Viktor Ianoukovitch, paraphé également par nos collègues européens - les ministres allemand, français et polonais - aussi bien qu'Alexandre Iatseniouk et Vitali Klitchko. A l'époque Oleg Tiagnibok était déjà connu en tant que leader du parti, qui avait suscité une inquiétude considérable en Europe par son entrée au parlement ukrainien en décembre 2012. L'UE a même pris une décision spéciale exigeant des Ukrainiens qu'ils excluent cette force néonazie du parlement, tout comme Bruxelles avait tenté  d'écarter de la politique autrichienne le parti de Jörg Haider, gagnant en 2000. Elle est parvenue à ses fins en Autriche mais pas en Ukraine.
     
    En décembre 2012, l'Union européenne avait souligné l'impossibilité de dialoguer avec le parti néonazi Svoboda mais deux ans plus tard, elle soutenait des accords impliquant Oleg Tiagnibok. La diplomatie française soulignait alors que Svoboda se trouvait justement "un peu à droite du mainstream politique", bien que ses textes fondateurs citent directement les positions hitlériennes sur le nouvel ordre européen et l'attachement aux nationalistes ukrainiens qui avaient prêté allégeance à Hitler en juin-juillet 1941. Telle est donc la nature de ces "marginaux" ukrainiens qui n'influent pas, selon vous, sur la politique du pays.
     
    Concernant la Crimée: nous n'avons rien à restituer. Et nous ne négocions la restitution de ce territoire avec personne. La Crimée fait partie du territoire russe conformément à la volonté de tous les peuples de la péninsule, y compris de ceux qui n'avaient aucun droit sous l'Ukraine mais ont obtenu ces droits  - notamment celle à la langue officielle - suite au rattachement de la Crimée à la Russie selon les résultats du référendum que vous connaissez parfaitement. On peut évidemment suivre la logique de nos collègues ukrainiens qui affirment: "Cette année nous prendrons le Donbass, l'année prochaine nous reprendrons la Crimée". Alors qu'il faudrait plutôt parler de la mise en œuvre des accords de Minsk stipulant que le Donbass doit rester ukrainien, mais en échange de certaines conditions de décentralisation. Le parlement ukrainien n'arrive toujours pas à mettre en pratique les engagements du président ukrainien Petro Porochenko.
     
    Pour parler de la Crimée, il vaut mieux s'y rendre soi-même au lieu de se laisser guider par des propos des autres. De nombreux journalistes et hommes politiques européens - espagnols, français, italiens, tchèques - et même des députés du Parlement européen ont déjà fait ce déplacement. Il n'y a pas longtemps je me suis entretenu avec un groupe de parlementaires français après leur voyage en Crimée. Il vaut mieux tout voir par ses propres yeux. Dans ce cas-là le lecteur sera probablement plus intéressé par la couverture médiatique des événements dans la République de Crimée de la Fédération de Russie.
     
     
    Question: Monsieur le ministre, que pensez-vous du développement des relations russo-chinoises? Quelles sont leurs perspectives en 2016?
     
    Les Chinois fêtent traditionnellement le Nouvel an le 8 février. Il s'agit d'un événement très important pour la Chine et les Chinois. Pourriez-vous souhaiter la bonne année au peuple chinois?
     
    Sergueï Lavrov: Nous évoquons régulièrement l'état des relations russo-chinoises, car nous avons beaucoup de contacts. Il y a chaque année plusieurs rencontres au sommet, plusieurs entretiens entre nos chefs de gouvernement dans le cadre de visites spéciales et d'autres événements tels que l'Assemblée générale de l'Onu, les réunions du G20, de l'OCS, des BRICS et d'autres formats. L'année dernière n'a pas dérogé à la règle. Le président chinois Xi Jinping s'est rendu le 9 mai en Russie pour fêter les 70 ans de la victoire dans la Seconde guerre mondiale. Ensuite, le président russe Vladimir Poutine a visité la Chine pour prendre part aux événements consacrés à la fin de cette guerre dans la région Pacifique et la victoire du peuple chinois dans ce conflit libérateur. Nous avons eu également beaucoup d'autres contacts. 
     
    Aujourd'hui, les relations entre nos pays et nos peuples n'ont jamais été aussi bonnes. Nous avons noué un partenariat stratégique, une coopération diversifiée qui se base sur l'accord de bon voisinage, d'amitié et de coopération de 2001. Dès les premiers jours de sa présidence, Vladimir Poutine a accordé une attention prioritaire au développement de relations larges et approfondies avec notre grand voisin. Avec aucun autre pays du monde nous n'avons mis en place de système si diversifié de coopération impliquant des sommets, des rencontres des chefs de gouvernement, quatre commissions  consacrées à la coopération commerciale et économique, énergétique, d'investissement et humaine et présidées par nos vice-premiers ministres, des groupes de travail. Tous ces contacts s'appuient sur une base systémique qui permet d'atteindre des résultats impressionnants.
     
    La crise économique actuelle se répercute sans doute sur la valeur de nos échanges avec la Chine, mais leur volume ne cesse pour autant de croître. Nous avons beaucoup de projets communs, non seulement dans le domaine de l'énergie et des hydrocarbures, mais aussi dans le secteur des technologies de pointe comme le nucléaire, l'espace, l'aéronautique, etc.
     
    Je voudrais également souligner les relations très étroites et de partenariat qu'entretiennent la Russie et la Chine sur la scène internationale. Il s'agit probablement de l'un des facteurs principaux qui aide à assurer la stabilité des affaires internationales malgré tous les bouleversements. Notre coopération se fonde sur le respect du droit international et du rôle central de l'Onu, ainsi que le caractère inadmissible de l'ingérence dans les affaires intérieures. En nous appuyant sur ces positions, nous coopérons étroitement sur toutes les questions internationales telles que le Proche-Orient, l'Afrique du Nord, l'Afghanistan, le programme nucléaire iranien, le dossier nucléaire coréen ou encore la défense antimissile. Notre partenariat contribue à l'autorité de telles institutions que les BRICS, l'OCS et le G20, dans le cadre duquel nous promouvons ensemble une réforme du système financier et monétaire international afin de le rendre plus équitable. Le système financier et monétaire actuel, tout comme celui des relations politiques internationales, doit être plus démocratique, refléter le poids accru de certains pays, notamment des BRICS. Le premier pas vers cette réforme a été fait très récemment grâce aux efforts conjoints de la Russie, de la Chine, de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud. Le processus de cinq ans visant à élargir les quotas et les voix de nos pays au sein du FMI a pris fin, et les BRICS ont pratiquement obtenu le droit d'imposer leur veto au Fonds, ce qui constitue un acquis très important.   
     
    En ce qui concerne les contacts humains, nous organisons traditionnellement des événements spéciaux avec nos amis chinois. Au milieu de la dernière décennie nous avions mis en place l'année croisée russo-chinoise. Ensuite, nous avions organisé des années des langues nationales, du tourisme, des échanges de jeunes,  qui ont pris fin il y a justement quelques mois. Prochainement, nous lancerons l'année des médias russes et chinois. Je suis certain que beaucoup de ceux qui sont présents ici aujourd'hui pourront participer à ce programme d'événements.
     
    Je souhaite à vous et à tous nos amis chinois une bonne année. Comme d'habitude, j'enverrai à cette occasion un message spécial à mon ami Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères.
     
     
    Question: Vous avez peint un tableau assez sombre de nos relations avec l'Occident, notamment à cause des sanctions. Plusieurs responsables occidentaux de haut niveau tiennent des propos optimistes et soulignent que ces mesures pourraient être levées dans quelques mois déjà. Sur quels fondements se basent leurs pronostics? Boris Gryzlov, représentant de la Russie dans le groupe de contact sur l'Ukraine, a notamment évoqué des percées possibles.
     
    Dans le même temps, l'Occident pourrait ajouter une "liste Litvinenko"à la "liste Magnitski" déjà existante. Il faut également noter des saisies éventuelles de la propriété russe à l'étranger dans le cadre de l'affaire Ioukos. Un tournant dans les relations avec l'Occident est-il possible en 2016 ?
     
    Sergueï Lavrov: Je n'ai jamais peint ce tableau sombre. Si vous avez eu cette impression, ce n'est pas notre faute. J'ai tenté de décrire honnêtement ce que je constatais lors de nos contacts. Notre approche est très simple: nous confirmons chaque fois notre volonté de coopérer sur une base d'équité, d'honnêteté et d'entente. Certains partenaires occidentaux affirment qu'il faut isoler la Russie. Il n'y a pas longtemps, mon homologue polonais a d'abord envoyé - à sa propre initiative - son adjoint pour nous indiquer la volonté de la Pologne de rétablir les mécanismes de coopération, mais a ensuite déclaré que si les Russes le demandaient, les Polonais étaient prêts à le faire. Pourtant tout s'était déroulé dans l'autre sens. Par ailleurs, il a immédiatement ajouté - pour que personne n'y voie une faiblesse du gouvernement polonais - que la Russie était l'ennemi de l'Otan et de l'UE, et que Varsovie en tiendrait compte dans ses relations avec la Fédération de Russie.
     
    Ce n'est pas nous qui dressons ce tableau sombre. Nous avons en tête des perspectives optimistes vers lesquelles nous voulons progresser avec tout le monde, y compris avec nos collègues européens et américains. Nous souhaitons avancer vers un monde où tous les acteurs se respecteraient mutuellement, prendraient part à la résolution de problèmes sur une base équitable sans empêcher les autres de se développer, leur mettre les bâtons dans les roues, créer des obstacles artificiels ou imposer sa volonté aux autres en dépit de leur intérêts. A mon avis l'avenir est assez prometteur, bien que certains partenaires l'obscurcissent évidemment.
     
    En élargissant votre question je voudrais ajouter que la plupart de ces partenaires comprennent que cette situation est insupportable et nuisible. Nos estimations des progrès éventuels s'appuient sur le fait suivant: nos partenaires occidentaux voient de plus en plus clairement qu'ils sont tombés dans le piège qu'ils avaient eux-mêmes tendu en annonçant que les sanctions seraient levées suite à la mise en œuvre par la Russie des accords de Minsk. Ils ont compris que c'était un lapsus de leur part, mais Kiev l'a immédiatement interprété comme une indulgence, un permis de ne pas mettre en pratique les accords de Minsk. Leur non-application signifie non seulement que les autorités ukrainiennes pourraient ne rien faire et ignorer leurs engagements, mais aussi que l'Occident sera obligé de conserver ses sanctions contre la Russie. C'est ce que voulaient prouver certaines personnes, qui propagent actuellement à Kiev une attitude radicale.
     
    L'Occident commence à prendre conscience du fait qu'il est tombé dans son propre piège. Pour en sortir, il faut obliger Kiev à respecter ses engagements. Boris Gryzlov, représentent de la Russie, au sein du groupe de contact sur l'Ukraine, m'a indiqué suite à une séance du groupe qu'il avait senti la nouvelle attitude des médiateurs de l'OSCE qui présidaient les groupes de travail en tant que coordinateurs et participaient aux travaux du groupe de contact. J'ai ressenti la même attitude dans le cadre du "Quartet Normandie", au niveau des ministres des Affaires étrangères. Comme vous le savez les présidents russe, français, ukrainien et la chancelière allemande ont organisé une téléconférence le 30 décembre. Une rencontre au niveau des ministres devrait également avoir lieu dans un avenir proche - peut-être le 8 février, le jour du Nouvel an chinois. L'Occident comprend que la situation actuelle constitue une impasse - quand tout le monde agit de manière à ce que la Russie soit responsable de la mise en œuvre des accords de Minsk, alors que l'Ukraine est autorisée à ne rien faire , refuser au Donbass un statut spécial, l'amnistie et les élections concertées avec cette région. Tout le monde comprend que personne ne peut résoudre ces questions à la place de l'Ukraine, qu'il s'agit d'une anomalie, d'une pathologie qui a transformé la crise ukrainienne - le résultat d'un coup d’État absolument illégal et anticonstitutionnel - en point de référence de toutes les relations entre la Russie et l'Occident. Il s'agit d'une situation anomale et malsaine, gonflée de manière artificielle par des pays se trouvant loin de l'Europe, qui ne veut plus rester l'otage de cet état de faits. Pour moi, c'est évident.
     
     
    Question: Nous avons constaté que le Ministère des Affaires étrangères se trouvait actuellement en deuxième position pour l'interaction avec les médias en Russie et, pour la première fois, un grand journal régional peut poser une question au Ministre russe des Affaires étrangères - même si nous le contactons depuis longtemps. Malgré un refroidissement notable dans les relations entre la Russie et la Pologne, les contacts entre les citoyens russes et polonais, notamment les habitants de la région de Kaliningrad et des territoires voisins de la Russie, restent très étroits. Cela est dû essentiellement au régime de coopération frontalière. Une telle diplomatie populaire peut-elle contribuer à l'amélioration des relations au niveau interétatique, et quel est le rôle des médias dans cette situation?
     
    Sergueï Lavrov: Elle peut y contribuer, bien sûr. Votre question est assez rhétorique parce qu'il est évident que les contacts entre les populations ne doivent pas être impactés, quelles que soient les circonstances. Dans toute situation, même quand les relations interétatiques "battent de l'aile" ou traversent des tensions, nous ne voulons pas que les contacts humains soient affectés.
     
    Ce qu'on appelle le déplacement frontalier mineur entre la région russe de Kaliningrad et les territoires frontaliers polonais est notre grand acquis. Je voudrais rappeler qu'une telle possibilité a vu le jour grâce à l'insistance de mon homologue de l'époque, Radoslaw Sikorski, qui a personnellement fait beaucoup d'efforts en tant que ministre polonais des Affaires étrangères afin que la fameuse bureaucratie bruxelloise dont nous avons parlé aujourd'hui pour sa propension à ne pas toujours contribuer au développement de tendances positives fasse une exception à certaines règles concernant le régime Schengen et accepte l'adhésion au territoire du régime sans visa d'un plus grand territoire polonais par rapport à ce qu'il était possible de faire en respectant aveuglément et rigoureusement les normes de Schengen. Je pense que c'est l'une des plus importantes contributions de Radoslaw Sikorski au contact entre nos peuples. Plus les médias parleront du confort que cela offre à ces gens, mieux ce sera.
     
    Il y a également des déplacements économiques – les Polonais et les Russes regardent ce qu'ils peuvent acheter moins cher pour le revendre dans leur pays: l'essence par exemple. Et alors? C'est la vie et il faut simplement le réguler, ce que font les garde-frontières et les douaniers. La plupart voyagent parce qu'ils veulent communiquer. Des liens sont déjà établis de l'autre côté de la frontière. Nous le saluons activement et espérons que vous en parlerez et écrirez plus souvent sur ce sujet.
     
     
    Question: Moscou a prôné sans faillir l'implémentation à part entière des accords sur le dossier iranien, qui impliquait notamment la levée des sanctions sur les exportations d'hydrocarbures. En parallèle, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer la Russie, "qui aidait à scier la branche sur laquelle elle était assise". Nous voyons que le cours pétrolier est plus bas que jamais et l'Iran revient sur le marché. En répondant à une question vous avez mentionné un désavantage financier. Fallait-il risquer les intérêts économiques et nationaux pour cette victoire diplomatique?
     
    A la télévision américaine nous avons entendu récemment que les USA étaient prêts à certains sacrifices parmi la population civile pour détruire un important site stratégique de Daech – le centre financier des terroristes. Est-il envisageable en Syrie que la Russie accepte des victimes parmi les civils pour éliminer un objectif qui serait une cible cruciale?
     
    Sergueï Lavrov: Nous avons déjà abordé ce sujet plusieurs fois - avant tout dans le cadre de conférences de presse quotidiennes organisées par le Ministère russe de la Défense, où on rappelle en détail comment sont choisies les cibles de nos forces aériennes. Ces cibles sont vérifiées plusieurs fois pour s'assurer qu'il n'y a pas de présence civile dans la zone visée par notre aviation.
     
    Il suffit de relire le droit international, les conventions et les protocoles de Genève pour voir que l'usage de la force militaire d'un État contre des cibles où peuvent être présents des civils est proscrit. Si ce que vous dites sur les plans américains est vrai, alors c'est une violation du droit humanitaire international - mais je ne suis pas certain que les USA fassent partie des accords internationaux appropriés. Les États-Unis ne sont pas signataires de nombreux documents universels des droits de l'homme: ils ne participent pas à la Convention sur la lutte contre la discrimination des femmes, la Convention sur les droits de l'enfant, la Convention sur les droits des handicapés, le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels. Il existe de nombreux reproches envers ce pays en ce qui concerne l'attachement et le respect des normes universellement appliquées du droit international dans le domaine des droits de l'homme et le secteur humanitaire.
     
    Je le répète: tout peut arriver à la guerre. Le Ministère russe de la Défense explique très franchement et de manière détaillée ce que nous faisons en Syrie. Quand on nous dit que nous ne bombardons pas les bonnes cibles et que nos bombardements font des dizaines de victimes civiles, aucune preuve n'est fournie.
     
    J'ai parlé hier au Secrétaire d’État américain John Kerry: il a répété qu'il fallait faire certains gestes pour que les négociations de Genève sur la Syrie commencent, car l'opposition réunie à Riyad déclare qu'elle n'ira "nulle part" parce qu'on la "bombarde pour rien". Je lui dit depuis le 30 septembre, quand il a été annoncé que nous utiliserions notre aviation contre les terroristes en Syrie à la demande du gouvernement syrien, que nous proposons aux Américains, en tant que meneurs de leur coalition, d'instaurer une coordination quotidienne entre nos forces militaires. Le Président russe Vladimir Poutine en a parlé également. Quand on nous accuse de ne pas bombarder les bonnes cibles, nous demandons où sont ces dernières. On ne nous répond rien. Quand on demande quelles cibles ne doivent pas être bombardées: pas de réponse. Mais immédiatement on répète que la Russie ne vise pas les bons. Honnêtement, je suis confus. Ce n'est pas une conversation sérieuse ou adulte.
     
    Hier, nous avons de nouveau confirmé que la proposition de notre Ministère russe de la Défense d'établir une coordination quotidienne était toujours valable. Si nous sommes sérieusement prêts et voulons améliorer l'efficacité de la lutte contre les terroristes, nous devons mettre en place une telle coordination, pas simplement appliquer des procédures permettant d'éviter les incidents imprévus.
     
    En ce qui concerne l'Iran et le profit économique. Il y a quelque temps, à la demande d'un journaliste, j'avais déjà évoqué ce sujet. Il serait bien sûr avantageux si, dans les conditions actuelles un pays ou - encore mieux - plusieurs pays producteurs de pétrole étaient fermés d'une certaine manière, ou si un conflit éclatait pour qu'ils pensent moins à l'industrie pétrolière et aux exportations, ou si une catastrophe se produisait, ou s'ils faisaient l'objet de sanctions impliquant une interdiction d'exporter le pétrole. Dans ce cas, le marché se sentirait mieux et les prix augmenteraient. Peut-être que pendant quelques jours ou même plusieurs mois, la situation s'améliorerait, tout le monde reprendrait son souffle. Si nous voulons tous vivre dans un monde juste, dans quelle mesure est-il juste de construire son propre développement au détriment d'un autre? Premièrement, on ferait dépendre notre propre situation de certains événements hors de notre portée et, deuxièmement, cela reviendrait à chercher des solutions faciles pour régler les problèmes d'actualité alors que nous avons besoin de solutions stratégiques profondes dont parle aujourd'hui le Président russe Vladimir Poutine - et qui sont sollicitées depuis longtemps dans notre économie. Il est préférable et plus honnête, et surtout bien plus stable de construire la stratégie de son développement de manière à prendre en compte tous les facteurs du monde contemporain dans le cadre de son développement normal, ne pas espérer que quelque part quelqu'un soit puni et que le marché en devienne plus favorable pour nous. Il faut que tous les pays prônent un développement libre des relations internationales, un développement libre et multilatéral de chaque État sans aucune restriction. A long terme, cette stratégie sera totalement payante pour notre pays.
     
     
    Question: On sait que dans la ville syrienne de Madaya assiégée par les forces gouvernementales, près de 40 000 personnes souffrent de famine selon l'Onu. On rapporte aussi qu'il y a des morts. Je sais que l'opposition armée tient également d'autres villes en état de siège. Moscou, qui a de bons contacts avec Damas, peut-il faire quelque chose pour convaincre les autorités de lever le siège ou au moins de laisser entrer des organisations humanitaires à titre permanent?
     
    Sergueï Lavrov: Un accord a effectivement été conclu pour que le gouvernement syrien laisse entrer un convoi humanitaire à Madaya, et que les rebelles fassent de même dans deux autres villes. L'Onu devait jouer le rôle d'intermédiaire. Au final, le gouvernement syrien a assuré cet accès mais les rebelles ont renoncé à leurs engagements.
     
    A l'approche des négociations de Genève, la situation à Madaya était décisive: si les organisations humanitaires obtenaient l'accès à la ville, alors les négociations commenceraient. Dans le cas contraire l'opposition aurait pu ne pas venir. Nous avons dit à nos collègues de l'Onu - y compris les représentants du Haut-commissaire pour les droits de l'homme qui ont présenté des rapports selon lesquels Madaya était pratiquement l'unique point problématique - qu'il fallait agit honnêtement et en tant que fonctionnaires de l'Onu, et non comme les exécutants d'un ordre de quelqu'un, qui plus est spéculer sur les souffrances des gens. 200 000 personnes ne peuvent recevoir aucune aide humanitaire et aucune nourriture normale ou assistance médicale. Ils sont encerclés près de Deir ez-Zor. Les rapports de nos collègues de l'Onu n'en parlent pas alors que nous avons attiré leur attention sur ce point. C'est un endroit encerclé par des terroristes de Daech et d'autres organisations mais personne n'en parle, comme si ces 200 000 personnes n'existaient pas. C'est là que notre aide humanitaire est larguée en parachute par l'aviation de transport syrienne.
     
    Je suis entièrement d'accord avec vous pour dire que les aspects humanitaires sont très importants. Ils ont toujours une forte charge émotionnelle et sont abordés en tant que tels. Nous partons du fait qu'il ne doit y avoir aucune condition préalable pour entamer les négociations, contrairement à certains. Les aspects humanitaires doivent être centraux dans les négociations entre le gouvernement et l'opposition. Nous encouragerons toute trêve locale jusqu'à l'annonce d'un cessez-le-feu total - que nous prônons au même titre que les USA. Malgré tout, certains pays du Golfe disent qu'ils ne seront prêts à donner l'ordre de cesser le feu à ceux qui les écoutent que s'ils sentent que le processus de paix a commencé et que le départ de Bachar al-Assad se profile. A vous de tirer des conclusions sur ceux qui pensent réellement aux souffrances des civils et ceux qui veulent à tout prix renverser le régime en Syrie, même au prix d'une aggravation de la catastrophe humanitaire.
     
     
     
    Sources de l'article :
     
    - Blog Noir de Brocéliande, le lien : ICI

     

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    La direction prise par l’OTAN nous mène au désastre

    Irak Syrie  Arabie saoudite  Russie  UE  Iran 
     
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    La direction prise par l’OTAN nous mène au désastre et cela avec l’entière aide du gouvernement allemand

    Willy Wimmer,

    Interview de Willy Wimmer

    Horizons et débats: Le gouvernement de la Fédération russe a changé, au début de cette nouvelle année, sa doctrine de sécurité. Devons-nous dorénavant nous sentir menacés par la Russie ou ce changement vient-il de la menace dirigée contre la Russie?

    Willy Wimmer: Il serait bon de lire attentivement les textes des doctrines nationales de sécurité, quelle qu’en soit l’origine. Les Etats qui peuvent se le permettre publient ces textes ouvertement qu’il s’agisse des Etats-Unis, de l’Inde, de la Chine ou bien, actuellement, de la Russie. Sur la base de notre expérience, nous pouvons déceler à partir de quoi ces textes ont été publiés et quels moyens ils utilisent pour appliquer les objectifs précisés dans ces doctrines.

    Ainsi, les autres Etats peuvent déterminer si les moyens engagés et mis à disposition peuvent permettre d’atteindre les objectifs déterminés dans la doctrine. Ceci est également valable pour la doctrine de sécurité nationale de la Russie.


    Nous devons impérativement observer les réflexions engagées par les responsables de Moscou en vue de la publication de ce nouveau texte. Est-ce que leur façon de voir le monde correspond à nos observations ou bien y a-t-il des différences notoires? Il semble bien, après étude de cette doctrine, qu’il n’y a pas de différences profondes dans la façon d’observer le monde.

    L’attente de la Fédération de Russie à la fin de la guerre froide, en conformité avec la Charte de Paris de novembre 1990, de construire une maison commune d’Europe, se heurta aux Etats-Unis qui n’en voulaient pas et se mirent à détruire systématiquement les instruments prévus pour une cohabitation pacifique dans les relations des Etats. Nous le savions tous et les Russes n’étaient pas aveugles.

    La Russie ne devait en aucun cas en faire partie et on la maintint à distance. Tout un chacun a pu constater au cours des dernières vingt-cinq années que les Etats Unis voulaient être la force dominatrice et voyaient dans la Fédération russe un obstacle à ce rôle, du fait de la coopération pacifique prévue, alors même que la Fédération de Russie n’avait donné aucune raison aux Américains de se méfier, ni sur le moment ni plus tard.

    Cela rappelle l’ancienne expression romaine selon laquelle il fallait détruire Carthage parce que c’était Carthage.


    Moscou estime, à juste titre, que c’est elle qui doit décider de sa politique nationale et refuse de se soumettre à un dictat américain. C’est le fondement même de la dispute et la crise ukrainienne a démontré les efforts américains pour s’approcher militairement le plus près possible de la Russie.


    Cette façon de procéder qui débuta en 1992 par le développement de l’OTAN en Europe de l’Est aboutit à une question inquiétante. Il s’agit de savoir quand on arrivera à un «point de non retour» dans cette pression sur Moscou.

    Alors que les troupes américaines et de ses vassaux ne se trouvent qu’à cinq cents kilomètres de Moscou, il est inutile de se demander, au vu du potentiel militaire des deux blocs, si un affrontement militaire conventionnel ne devait durer que 24 heures et quelles seraient les conséquences dramatiques pour les vassaux européens des Américains.

    Les capacités militaires russes ont progressé fortement au cours des dernières années. Si nous devions en subir les conséquences, du fait de notre propre engagement, nous serions menacés dans notre existence. La conséquence logique serait d’en revenir à la Charte de Paris.
    Il semble bien que cela soit un obstacle pour les Etats-Unis provenant de leur situation insulaire. Ils s’efforcent avec acharnement à mettre leurs grands pieds sur le continent eurasiatique afin de dominer les autres Etats.
    Le monde a commémoré, il y a deux ans, l’éclatement de la Première Guerre mondiale, il y a donc cent ans. L’attentat de Sarajevo n’a pas été le seul évènement déclencheur. Pendant des années, on a préparé un climat politique global dans lequel il suffisait d’un rien pour enflammer le ciel. Pour cela quelques Bosniaques ont suffi. Depuis l’attaque contre Belgrade en 1999, les Etats-Unis ont tout mis en œuvre pour préparer le monde à la grande guerre. La question est juste de savoir, si l’on utilisera à nouveau un jeune homme et quand on le mettra en route.

    Comment peut-on expliquer tout cela? D’une part, concernant la Syrie et l’EI, on arrive enfin à des décisions unanimes du Conseil de sécurité des Nations Unies, donc des décisions communes des Etats-Unis et de la Russie, mais par ailleurs les tensions entre les Etats-Unis et la Russie s’aggravent.

    La puissance de la Russie s’est renforcée au cours des dernières années, de telle façon que le pays a pu revenir sur la scène internationale tout en respectant les règles du droit international, et donc de la Charte des Nations Unies, et les Etats-Unis ne purent rien entreprendre pour s’y opposer.

    Ce fait a redonné au monde, en Syrie, une nouvelle chance de résoudre cette guerre épouvantable par des négociations. Il semble bien que ce soit la raison qui a poussé des cercles belliqueux américains et d’autres pays à utiliser l’acte turc d’abattre un avion russe pour entraver les efforts entrepris, ou encore la tuerie bestiale en Arabie saoudite renforçant l’opposition entre l’Iran et l’Arabie saoudite afin de saboter totalement les efforts de négociations entrepris par la Russie pour en terminer avec la guerre civile syrienne.

    Les Etats-Unis voulaient imposer leurs objectifs en Syrie et l’intervention russe, suivie de négociations, se présentait comme un grand obstacle. Personne ne parle de l’intervention d’Israël dans la guerre de Syrie alors même qu’elle est très grave.

    Le conflit qui vient d’éclater entre l’Arabie saoudite et l’Iran est donc voulu pour s’opposer à tout progrès en Syrie et dans la guerre contre l’EI.

    A mon avis c’est la très sérieuse tentative d’empêcher toute négociation parce qu’on ne veut pas abandonner la règle anglo-saxonne de toujours vouloir garder la supériorité.

    N’oublions pas que la Syrie n’est qu’un élément entre l’Afghanistan et le Maroc.

    Les Etats-Unis sont à la tête d’une série d’Etats voulant changer le monde au sud de l’Europe. Mais cela, on veut l’accomplir seul. La Russie représente donc un très sérieux obstacle, difficile à contourner ou à éliminer, avec sa volonté de favoriser la négociation.

    En Allemagne on dénigre systématiquement la politique de la Fédération de Russie, cela depuis pas mal de temps. Est-ce le cas aussi dans le reste de l’Europe?

    Heureusement non. Il suffit de jeter son regard sur Paris ou sur Rome pour obtenir une réponse à cette question.

    En regardant l’Allemagne, on constate que les investissements dans les réseaux transatlantiques, englobant la politique et la presse, ont servi essentiellement à ceux qui ont mis en place ces réseaux.

    Cela correspond parfaitement au caractère de Berlin. Cette ville est, politiquement, aux mains de ces réseaux qui jouissent en politique allemande de plus d’influence que les chefs des gouvernements des Länder et même que le corps électoral. Nous avons pu nous en rendre compte en nous posant la question de savoir qui décide du pouvoir suprême en Allemagne.

    A Moscou et à Tel Aviv, on a décidé de mettre au jour les influences externes sur la politique nationale ou alors de les interdire. A Berlin, cela fait des années que ces phénomènes contribuent à aliéner la capitale allemande du pays et du corps électoral.

    Ce phénomène d’aliénation est si grave qu’on peut craindre des conséquences irréversibles pour l’Allemagne.

    On estime généralement, et avec raison, que l’Europe, et donc l’Allemagne, a tout intérêt à mener de bonnes relations avec la Fédération de Russie. Pourquoi refuse-t-on à prendre en compte cet intérêt et préfère-t-on suivre les instructions d’autres pays?

    Lors de Minsk II le président français et la chancelière allemande ont, avant le déclenchement d’une grande guerre européenne, pour le moins tracé une ligne temporaire à ne pas dépasser.

    Cela illustre également le peu d’espace de manœuvre restant à la politique allemande. Il ne s’agit pas de nostalgie quand je m’en rapporte à Helmut Kohl et aux chances de la politique allemande de contribuer à la paix dans le monde. C’est inscrit dans la Constitution.

    Il se trouve que nous envoyons à nouveau des avions de combats en Syrie, violant ainsi le droit international, et illustrant que nous sommes qu’un appendice de la politique d’autres Etats.

    Après la guerre en violation du droit international contre la Yougoslavie, à laquelle l’Allemagne avait participé, même Gerhard Schröder avait une position plus claire face à la guerre contre l’Irak.

    Les autres pays du monde, comment voient-ils cette nouvelle guerre froide? Le «reste» du monde, quel rôle joue-t-il dans ce conflit?

    Il n’y a personne au monde qui, en toute lucidité, veuille participer à ce défi américain. Le saint Père dénonce constamment le fait qu’on se trouve, dans différentes parties du monde, dans une troisième guerre mondiale. Il est plus lucide que le synode allemand des archevêques catholiques ou même les évêques protestants allemands qui acclament le président fédéral allemand, leur ancien confrère ne se lassant pas d’évoquer la guerre.

    Pourquoi me demander ce qu’on en pense aux quatre coins du monde. Le regard sur mon propre pays et ses élites responsables me procure déjà un immense malaise.

    Les conflits, tels que cette nouvelle guerre froide ne naissent pas d’une loi naturelle mais découlent de décisions politiques. En comprendre les causes nécessite une rétrospective.

    Un pays tel que l’Allemagne aurait-il eu une réelle possibilité de s’y opposer par des moyens diplomatiques? Cette possibilité perdure-t-elle toujours?

    C’est absolument nécessaire d’un point de vue étatique. Il ne s’agit pas d’une réflexion d’ordre académique, car l’OTAN mène une stratégie de guerre, régionalement et globalement.

    L’OTAN nous tue avec sa stratégie et cela avec l’aide active du gouvernement allemand. Il suffit d’écouter les propos de nos généraux allemands à l’encontre de la Russie. Cela vous donne le vertige. Alors que doit-on en penser à Smolensk ou Moscou?

    Je n’ai pas connaissance que le gouvernement ait pris des mesures envers ces Messieurs qui attisent les tentions.

    Pourquoi la classe politique allemande a-t-elle occulté des conférences telle que celle tenue par George Friedman à Chicago en février de l’année passée?1 N’était-elle pas au courant? Ou était-elle à ce point impliquée dans les réseaux que le silence s’imposait?

    Entretemps, des centaines de milliers d’Allemands prennent très au sérieux ce qu’on peut lire au-delà des grands médias. Pourquoi la classe politique entière persiste-t-elle à s’y désintéresser? Pourquoi êtes-vous l’une des rares exceptions en Allemagne? Il fut un temps où vous apparteniez vous-même à la «classe politique».

    Vu d’une manière réaliste, l’Allemagne est à nouveau partagée. Nous avons ceux qui s’informent autrement que par le «mainstream» et forment leur opinion auprès des médias alternatifs et puis ceux qui sont prêts à résilier leurs abonnements aux journaux alignés. Jamais, il n’y a eu autant de graves plaintes concernant les programmes des chaînes télévisuelles qui ne font que battre le tambour de la guerre.

    Propulsés d’une guerre à une autre, beaucoup de gens réalisent qu’il ne s’agit plus d’empêcher une censure de la presse – voir l’affaire du Spiegel – mais d’en finir avec la censure exercée par la presse.

     

    Personnellement, j’ai pu faire une expérience assez invraisemblable. Lorsque je me suis prononcé ouvertement contre la guerre en Yougoslavie, j’étais vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, à l’époque une institution hautement importante dans les questions de paix en Europe. Ne croyez pas que j’aie été invité une seule fois à des tables rondes au niveau national par les médias. Lorsque Gregor Gysi s’est prononcé de façon semblable, on l’a invité mais uniquement pour pouvoir mieux le discréditer. Telle est mon expérience au niveau national et telle est la situation également aujourd’hui.

    En 2015, plus d’un million d’hommes et de femmes d’Afrique, du Moyen-Orient et des Balkans ont atterri en Allemagne. Cette migration n’est pas terminée. Le sujet fait la Une de tous les journaux. Le fait est que l’Occident a créé les situations amenant une grande partie de ces gens à se réfugier en Allemagne. Mais le discours officiel concernant le combat de ces causes n’est guère crédible. Quelles seront les conséquences politiques de cette politique allemande de migration selon vous? Les évènements de Cologne et d’ailleurs sont-ils un présage? A quoi les Allemands doivent-ils s’attendre?

    Cette question, il faut la poser à Madame la Chancelière encore en fonction et à la CDU en tant que parti qui l’a soutenue à fond dans la question de la migration lors de leur Université d’hiver à Karlsruhe en décembre 2015. Personne, ni en Allemagne ni en Europe ne sait ce qui a incité la chancelière à accepter une migration de cette ampleur.

    Et les organes constitutionnels concernés en premier lieu ne veulent pas le savoir non plus. Mme Merkel a complètement bouleversé l’Allemagne et l’Europe de l’UE et les divise les deux. Il n’y a aucun signe qu’on veuille revenir à une politique responsable envers son propre pays et son propre peuple et loyale envers les habitants des autres pays.

    C’était différent à la fin de la guerre froide, époque à laquelle nous voulions nous lier plus étroitement par la CSCE et la Communauté européenne avec les Etats situés entre le Maroc et la Syrie, par exemple, et les rendre plus performants.2 Cependant, les Etats-Unis et Israël avaient une autre vision des choses et le résultat est visible aujourd’hui.

    Vu la situation explosive mondiale et la situation allemande non moins explosive, que conseilleriez-vous à vos concitoyens allemands? Que peut faire le citoyen pour redécouvrir une lueur d’espoir? Ou alors, à quoi faut-il s’attendre?

    Lors des prochaines élections régionales, les citoyens pourront décider s’il y aura à l’avenir à Berlin un gouvernement garantissant l’Etat de droit constitutionnel allemand ou pas.

    Cependant, il faut aussi prendre en compte que l’Allemagne peut actuellement déjà prendre la voie vers l’agonie.

    Comme on l’a vu ci-dessus, vous pouvez en déduire vous-même ce que cela veut dire pour l’Allemagne et l’Europe.

    En Suisse, dans chaque maison, on vérifie soigneusement si les installations de protection civile sont opérationnelles. Qu’avons-nous fait depuis 1990?

     

    S’ils doivent choisir entre Mme Merkel et l’Allemagne, les citoyens allemands devraient choisir l’Allemagne.

    Monsieur Wimmer, nous vous remercions pour cette interview.

    Propos recueillis par Karl Müller

     

    *    Willy Wimmer est né en 1943. De 1976 à 2009, il a été député, directement élu de la CDU au Bundestag allemand. De 1988 à 1992, il a été secrétaire d’Etat parlementaire au ministère de la Défense, de 1995 à 2000 vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE.
    Avec Wolfgang Effenberger, il est coauteur de l’ouvrage «Wiederkehr der Hasardeure. Schattenstrategen, Kriegstreiber, stille Profiteure 1914 und heute».
    A travers ses analyses engagées et ses prises de position pour le retour au droit et contre la politique de guerre, Willy Wimmer trouve un grand public, aussi au-delà de tout l’espace germanophone.

     

    1    George Friedman, fondateur et président du service américain de renseignements, Stratfor (Strategic Forecasting, Inc), que le magazine Barron’s qualifie de «CIA de l’ombre» («Schatten-CIA»), le 4 février 2015, suite à l’invitation du Chicago Council on Global Affairs, a fait une conférence où il traitait les objectifs stratégiques des Etats-Unis et où il parlait aussi de la politique des Etats-Unis face à la Russie et l’Allemagne.

    Il dit, entre autre: «L’intérêt principal de la politique extérieure des Etats-Unis, au cours du siècle passé, lors de la grande guerre et de la Seconde Guerre mondiale et durant la guerre froide était les rapports entre l’Allemagne et la Russie […]. Depuis un siècle, pour les Etats-Unis, c’est l’objectif principal d’empêcher cette combinaison unique entre le capital allemand, la technologie allemande et les matières premières russes et la main d’œuvre russe.»

    On peut réécouter la conférence entière de Friedman sur:
    www.youtube.com/watch?v=QeLu_yyz3tc

    2    Depuis le début des années 90, il y a eu des tentatives entreprises par la CSCE de lier la Méditerranée dans un cadre de coopération et de sécurité et d’inaugurer, avec les Etats d’Afrique du Nord et de la Méditerranée du Moyen-Orient, une conférence pour la sécurité et la coopération dans l’espace méditerranéen.


    La tentative a échoué. (cf. Jens Bortloff. Die Organisation für Sicherheit und Zusammenarbeit in Europa. Eine völkerrechtliche


    Bestandsaufnahme, 1996, p. 94s. ou Annette Jünemann. Europas Mittelmeerpolitik
    im regionalen und globalen Wandel: Interessen und Ziel­konflikte; in: Zippel, Wulfdiether (Ed.).


    Die Mittelmeerpolitik der EU, 1999, p. 29–64.)

    Source: http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4842

    ***

    Nouvelle stratégie de sécurité de la Fédération de Russie

    Le 5 janvier 2016, l’édition allemande du service d’information internet russe Russia Today (RT) (https://deutsch.rt.com/international/36166-neue-sicherheitsstrategie-russischen-foderation/), fait savoir que le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine aurait signé fin 2015 la nouvelle stratégie de sécurité (publiée le 31/12/15, on trouve sur RT-allemand le document original en russe).


    RT rapporte qu’il est une priorité nationale pour la Russie de garantir et de consolider son statut d’une des forces de premier plan dans le monde entier. RT cite textuellement la nouvelle stratégie disant que «la garantie du statut de la Fédération de la Russie comme une des grandes puissances de premier plan, visant le maintien de la stabilité stratégique et le partenariat mutuel dans un monde polycentrique», serait à long terme un intérêt national de la Russie.


    La Russie tient particulièrement à sa force de défense, à sa souveraineté, à l’intégrité territoriale et étatique du pays, au renforcement du consensus national, à l’amélioration de la qualité de vie, au développement et au maintien de la culture ainsi qu’au renforcement de la compétitivité de l’économie du pays.

    Dans l’approvisionnement en denrées alimentaires, la Russie veut gagner en indépendance.
    Le recours à la force militaire ne doit avoir lieu que si tous les autres moyens non-militaires se sont avérés inefficaces. RT cite concernant les armes nucléaires: «Pour la dissuasion stratégique et pour la prévention de conflits militaires, on maintient la dissuasion nucléaire à un niveau suffisant […].»


    La nouvelle stratégie de sécurité part du principe que le danger d’une crise économique financière mondiale persiste. Vu la politique des Etats-Unis et de l’UE, elle mentionne que la tentative de quelques Etats d’imposer leurs intérêts géopolitiques à l’aide de méthodes économiques affaiblit le système économique international.

    L’obligation constante de la Russie d’exporter des matières premières serait également un danger pour le pays. On devrait affronter ce danger avec une diversification économique plus forte.
    La Russie veut améliorer ses relations avec la Communauté des Etats indépendants (CEI). Les relations avec la Chine sont un «facteur-clé pour le maintien de la stabilité globale et régionale».
    En parlant de l’Occident, il est précisé: «L’autonomie de la Fédération russe concernant sa politique intérieure et extérieure provoque de la résistance de la part des Etats-Unis et leurs alliés qui veulent garder leur dominance dans le monde. Leur politique de l’endiguement de la Russie implique une pression politique, économique, militaire et d’information.»
    L’OTAN est à nouveau considérée comme un «danger pour la sécurité nationale»; car l’OTAN n’abandonne pas son désir d’extension vers l’Est, donc vers la Russie. En outre, un réseau de laboratoires biologiques-militaires, exploité par les Etats-Unis, se trouve sur le territoire des Etats limitrophes de la Russie. Aussi bien la menace militaire directe que des tentatives de renversement du pouvoir par des prétendues «révolutions de couleur» menacent la sécurité du pays.
    La nouvelle stratégie de sécurité de la Fédération russe semble aussi être une réaction à la nouvelle stratégie de sécurité des Etats-Unis de juin 2015 (www.jcs.mil/Portals/36/Documents/Publications/2015_National_Military_Strategy.pdf). La Russie y est considérée comme paria international et comme un des Etats qui menacent la sécurité nationale américaine. Peu après, le chef désigné de l’Etat major général (et maintenant en fonction), le général Joseph F. Dunford, avait qualifié la Russie de «menace existentielle pour les Etats-Unis». Et Seymour M. Hersh conclut dans sa plus récente analyse sur la politique des Etats-Unis en Syrie («Military to Military»; www.lrb.co.uk/v38/n01/seymour-m-hersh/military-to-military) qu’au Pentagone, il n’y a plus aucune voix s’opposant à une politique antirusse agressive des Etats-Unis.
    Malgré tout, la stratégie de sécurité de la Fédération de Russie invite aussi les Etats-Unis et ses alliés à une action commune. Si les USA et la Russie collaboraient au bien-être de la stabilité dans le monde, ils seraient en mesure de résoudre plusieurs des plus graves problèmes globaux.

    Helmut Schmidt: «C‘est absurde de faire de l‘Allemagne un pays d‘immigration.»

    L’ancien Chancelier fédéral allemand Helmut Schmidt (SPD), récemment décédé, a fait preuve, déjà en 1992, lors d’une interview accordée à la «Frankfurter Rundschau» [le 12/9/1992], d’une clairvoyance et d’une précision assez effrayante: «L’idée qu’une société moderne devrait être en mesure de se transformer en société multiculturelle avec le plus grand nombre possible de groupes culturels différents est aberrante. On ne peut pas transformer l’Allemagne avec son histoire millénaire depuis Otto Ier en un creuset. Vous ne pouvez faire ni de la France, ni de l’Angleterre, ni de l’Allemagne un pays d’immigration. […] Les sociétés ne le supportent pas. Cela fait dégénérer la société.
    J’ai toujours considéré comme absurde l’idée véhiculée par exemple par Heiner Geissler que nous pourrions avoir plusieurs cultures côte à côte. […] Etant donné que nous vivons dans une démocratie, nous devons aussi nous orienter vers ce que la société désire, et non pas vers ce que les professeurs s’imaginent. Faire de l’Allemagne un pays d’immigration est absurde. Cela finira par une submersion.»

    Source: Vertrauliche Mitteilungen du 12/1/16, no 4165

     

    Analyse des services secrets allemands «concernant la situation de la Nation face aux flux de réfugiés»

    Angela Merkel n’a pas mis de l’eau dans son vin. Elle et son parti ont été débordés et réveillés par les évènements. Les actes accomplis lors du Nouvel An à Cologne sont une lanterne éclairante.

    Ce qui a alerté le gouvernement allemand, c’est une analyse «rapide» et confidentielle des services secrets allemands «concernant la situation de la Nation face aux flux de réfugiés».

    Le document se distingue aussi par sa manière de donner – sans mâcher ses mots et sans tenir compte des occupations internes des partis – une image réaliste et complexe de la situation telle qu’elle est et une perspective du «worst case».

    Ce qui y est précisé, montre clairement comment notre civilisation culturelle et sociale européenne pourrait être sapée d’ici peu avant d’être détruite systématiquement. Des fanatiques nous ont déclaré la guerre.

    Pour l’EI c’est clair: «Le prochain théâtre décisif de guerre sera l’Europe tout entière.»


    Le rapport note que l’EI a «transféré» 200?000 guerriers potentiels vers l’Europe lors de la vague de réfugiés de l’année dernière (2015) – y compris 20?000 à 30?000 dormeurs pouvant être engagés d’un moment à l’autre. Et eux tous se font héberger et nourrir par leurs ennemis déclarés. Si le flux de réfugiés recommence au printemps après le ralentissement dû aux intempéries (mer agitée et froid en Europe) au même niveau que l’année précédente, on peut s’attendre à un afflux de 200?000 guerriers supplémentaire.

    La Croatie est comme une porte d’entrée grande ouverte, au large de Lampedusa. La marine y travaille en tant que «troupe de passeurs» au lieu de recourir aux moyens militaires.

    Et la protection de la frontière extérieure grecque a paradoxalement été confiée par l’UE, pour plusieurs milliards d’euros?(!), à la Turquie qui est un Etat limitrophe.

    Tout cela n’est pas de la désinformation, mais le contenu des rapports des services secrets adressés au gouvernement de Berlin. Les commentaires expliquent que c’est unique dans l’histoire mondiale.


    Les «immigrés du crû 2015» ont déjà préparé le terrain, lit-on entre les lignes. «L’Europe est une grande porte ouverte, un pays de cocagne par excellence.»
    Après la prochaine phase de «submersion de l’Europe», la deuxième étape pourra être préparée et les explosions allumées au moment voulu.


    Nous illustrons ici le pire des scénarios («worst case») afin que vous puissiez prendre conscience de l’éventail de la terreur que l’EI prévoit de lancer en Europe, à l’aide de bombes et d’assassinats.

    Le but final, de l’EI est clairement défini: élimination de millions d’«incroyants», et ensuite, étape par étape, l’installation d’un Etat islamique! «Paris et les autres endroits attaqués étaient des exercices d’entraînement ‹anodins› pour leurs organisateurs, constate sobrement le rapport.

    Avec le deuxième tsunami de réfugiés, l’émigration continue de l’armée de l’EI active en Syrie vers l’Europe occidentale?(!) est planifiée.

    Source: «Vertraulicher Schweizer Brief», no 1454 du 12/1/16

    Traductionhttp://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4842


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    lundi 1 février 2016 La CIA a falsifié des visas pour les terroristes d'Al-Qaïda Selon un ancien employé du Département d'Etat US, les islamistes entraînés par la CIA et munis de faux visas américains sont ceux-là mêmes qui ont formé le noyau de la nébuleuse terroriste Al-Qaïda et plus tard de Daech (EI). téléchargement (1)

     

    Les islamistes formés par la CIA pour lutter contre les troupes soviétiques en Afghanistan ont par la suite été munis de faux visas américains et transférés dans les Balkans, en Irak, en Libye et en Syrie, a déclaré à Sputnik Mike Springmann, auteur du livre "Visas pour al-Qaïda" et ancien employé du service consulaire américain en Arabie saoudite de 1987 à 1989.

    Il a dit avoir surnommé ces visas spécifiques de "passe-partout pour les agents de la CIA". "Un jour, Eric Qualkenbush, responsable de la CIA en poste à Djeddah, m'a interpellé alors que je me promenais dans la cour du consulat américain. Il avait un service à me demander.

    Il m'a prié de délivrer un visa à l'un de ses agents, un Iranien dont la famille possédait un magasin de ta

    pis orientaux (...). +Nous avons besoin de ses consultations à Washington+, a-t-il dit", a indiqué M.Springmann à Sputnik. Il a en outre dit avoir reçu quotidiennement des consignes concernant l'octroi de visas de la part de Jay Freres, consul général des Etats-Unis en Arabie saoudite. Selon M.Springmann, il s'agissait de personnes dont il aurait dû rejeter les demandes conformément à la loi et aux normes américaines.

    Certains demandeurs de visas menaçaient de se plaindre auprès de M.Freres si leur demande était rejetée. La plupart de ces personnes étaient, d'après M.Springmann, des "types douteux" qui ont obtenu des visas et se sont rendus aux Etats-Unis pour y prendre notamment des cours d'entraînement.

     

    Les responsables américains qui ont réglé leurs papiers ont ainsi violé l'Acte sur l'immigration et la citoyenneté et beaucoup d'autres normes formulées par le Département d'Etat.

     

    En tant que personne chargée de veiller au respect des lois américaines relatives à l'immigration, M.Springmann s'est opposé à ces dérogations aux normes, en vain. M.Springmann a enfin compris que sa mission principale à Djeddah était d'accorder des visas aux étrangers recrutés par la CIA. "J'ai enfin compris avec consternation que les demandeurs de visas étaient des recrues pour la guerre en Afghanistan contre les troupes soviétiques.

     

    Plus tard, ces combattants entraînés aux Etats-Unis sont allés sur d'autres champs de bataille: en Yougoslavie, en Irak, en Libye et en Syrie", a-t-il révélé.

    La réponse est simple et cynique: la CIA se tenait à l'écart de ces manipulations de papiers douteuses pour en rejeter la responsabilité sur de simples clercs si l'affaire devait être rendue publique.

    Si l'employé remplissait les papiers nécessaires sans poser trop de questions, il gardait son poste.

    S'il respectait la loi à la lettre et s'opposait à la délivrance des visas aux personnes n'ayant pas le droit d'entrer aux Etats-Unis, il risquait d'être limogé pour incompétence. "Mon nom figurait sur les visas et j'étais donc personnellement responsable de ces actes", déplore M.Springmann.

     

    "Un officier a exigé d'accorder un visa à un réfugié soudanais sans emploi résidant en Arabie saoudite.

     

    J'ai refusé conformément à la loi. Elle s'est adressée à Justice (Stevens) et le visa a été délivré.

    J'ai plus tard demandé à Justice pourquoi il avait permis d'accorder un visa à une personne sans liens avec le Soudan ou l'Arabie saoudite, il a répondu simplement +sécurité nationale+", a noté M.Springmann.

    "Ce n'était pas une simple fraude au visa, mais quelque chose de plus sérieux: +un programme de visas pour terroristes+ mis en place pour recruter et entraîner aux Etats-Unis des assassins, des criminels de guerre et des violateurs des droits de l'homme (...).

     

    Ces hommes sont devenus les membres fondateurs d'Al-Qaïda", a estimé Joe Trentko, journaliste au Public Education Center de Washington, lors d'une rencontre avec M.Springmann. "Les agents secrets américains ont recruté et formé ceux qui étaient alors des moudjahidines avant de devenir Al-Qaïda et l'Etat islamique (Daech). J'ai vu leurs débuts à Djeddah sans le savoir.

    Nous avons tous vu plus tard ce qui arrive lorsque les services de renseignement contrôlent la politique étrangère et la diplomatie: les gens qu'ils ont recruté ont œuvré pour l'éclatement de la Yougoslavie, la destruction de l'Irak, l'effondrement de la Libye et la guerre en Syrie", a conclu M.Springmann.

     

    Un récent article paru dans le journal américain The New York Times confirme les révélations de M.Springmann.

    Selon le journal, la CIA collabore depuis des années avec l'Arabie saoudite, qui a versé autant de fonds que les Etats-Unis aux moudjahidines afghans à l'époque où ils combattaient les troupes soviétiques. Les fonds transitaient par des comptes de la CIA en Suisse dans le cadre du programme Al-Yamamah de 1985.

     

    Ce programme a permis aux Britanniques et aux Saoudiens d'échanger du pétrole contre des armes et de créer des comptes offshore clandestins pour financer et armer des rebelles dans plusieurs pays et notamment la guerre en Afghanistan. Le programme d'armement de rebelles syriens, approuvée par le président Barack Obama en 2013, est le plus récent résultat de cette coopération.

     

    Sputnik Posté par Nadmiiiz

    http://www.chaos-controle.com/archives/2016/02/01/33306288


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    Ces armes chinoises capables de paralyser la marine US

    Publié par wikistrike.com sur 2 Février 2016, 10:00am

     

      #Politique internationale

    Ces armes chinoises capables de paralyser la marine US

    La Chine dispose de nombreuses armes qu’elle peut utiliser contre les États-Unis dans le cadre d’une confrontation maritime et ainsi paralyser la marine américaine, rapporte The National Interest.

     

    S’il y avait maintenant un affrontement en mer entre la Chine et les Etats-Unis, Pékin utiliserait à la fois ses armes bien connues mais aussi celles qui le sont moins qui pourraient faire trembler Washington, estime la revue américaine National Interest.

    Premièrement, il s’agit des mines marines.

    La Chine dispose du plus grand nombre de ces armes en mesure de détruire des navires — selon certaines estimations, entre 80 000 et 100 000. Pékin n’a pas la possibilité de déployer toutes ses mines marines, ainsi elles sont principalement utilisées le long des frontières maritimes contestées.

    Cependant, même un nombre limité de mines peut provoquer des pertes énormes chez l’ennemi.

    La Chine dispose également d’un grand nombre de missiles aux différentes capacités. C’est toutefois le nombre de missiles chinois qui constitue la menace principale. Même les meilleurs systèmes américains de défense antimissile pourraient être impuissants contre ces derniers.

    Tout ce que la Chine devra faire en cas de conflit, c’est d’organiser un barrage massif de tirs de missiles, et les navires américains seront extrêmement gênés, note The National Interest.

    En outre, l’attention des experts militaires et des médias est récemment focalisée sur la possible émergence des armes antisatellites chinoises, qui peuvent être utilisées contre les appareils américains et les détruire en orbite.

     

    Là se pose la question de savoir si l’armée américaine pourrait mener une contre-attaque efficace sans ses systèmes modernes comme le GPS.

     

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    source: http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=1&cid=20&frid=20&eid=282589


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  • 02/02/16--04:16: IRAN /RUSSIE /SYRIE ........
  • L’Iran et la Russie insistent de nouveau sur le droit du peuple syrien à déterminer son propre avenir sans aucune ingérence extérieure

    Iran
     

    Moscou/L’Iran et la Russie ont affirmé leur position identique en ce qui concerne la nécessité de régler la crise en Syrie par les voies politiques.


    Des sources de l’ambassade d’Iran à Moscou ont indiqué qu’une réunion avait eu lieu à Moscou entre le guide de la Révolution islamique en Iran pour les affaires internationales, Ali Akbar Velayati, et l’envoyé spécial du président russe en Syrie, Alexander Lavrentiev, qui avait porté sur des questions régionales relatives à la solution politique globale à la crise en Syrie.
    Les sources ont indiqué que les deux parties avaient souligné l’importance du dialogue inter-syrien et le droit du peuple syrien à déterminer son propre avenir, sans aucune ingérence extérieure et sans la participation des réseaux terroristes à aucun dialogue.

    R.B.


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    Les contre-sanctions russes menacent l’Occident d’une sévère dépression

    Publié par wikistrike.com sur 17 Janvier 2016, 07:38am

     

    Les contre-sanctions russes menacent l’Occident d’une sévère dépression

    Le président Poutine aurait transmis hier, à la Douma (parlement), un ensemble de lois jamais vues dans l’histoire moderne de la Russie, qui, une fois promulguées, créeraient un  « cyclone économique » dans le monde occidental et plongerait les États-Unis et l’Union Européenne dans une dépression immédiate, voire un effondrement économique pur et simple.

    Ces nouvelles lois ont été établies  par le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, qui a chargé le célèbre économiste Sergueï Glaziev de l’élaboration de ce qui est étiqueté comme une « réponse ultime démilitarisée» de la Russie aux sanctions occidentales, considérées comme une agression par la Russie. 

    Elles ordonnent à toutes les entreprises russes, publiques et privées, de cesser immédiatement de rembourser plus de 700 milliards $ de prêts à toute banque ayant la nationalité d’un pays appliquant des sanctions ou des menaces de sanctions contre la Russie, ou même ayant des succursales dans un tel pays.

    Une fois adoptées, ces lois permettraient de récupérer l’argent perdu par la Russie suite à la manipulation par l’Ouest des prix mondiaux du pétrole et suite aux attaques contre le rouble. La manipulation occidentale a consisté à inonder le marché mondial du pétrole par plus de cinq millions de barils d’excédents par jour (par l’Arabie Saoudite), en plus de la manipulation, par la New York Mercantile Exchange (NYMEX), à la baisse des prix du pétrole.

    Le président Poutine a été contraint de soumettre ces lois à la Douma en ce moment, suite au rapport sombre donné au Conseil de sécurité de Russie par le ministre du développement économique, Aleksey Ulyukayev, avertissant que la période actuelle de faible prix du pétrole peut durer plusieurs décennies, et que les experts britanniques disent que ce prix pourrait même tomber à 10 $ le baril.

    La soumission par le président Poutine de ces lois à la Douma, est concomitante à l’ouverture réussie de la bourse de St. Petersbourg (spimex), qui vient de dé-dollariser le pétrole russe du système mondial des pétrodollars US, brisant ainsi l’hégémonie américaine et sa capacité à financer ses guerres en utilisant l’argent des autres nations.

    Dans la même tentative de lutte contre l’hégémonie mondiale et contre les menaces de guerre mondiale par les Américains, la Chine a ordonné, la semaine dernière, à l’ensemble de ses banques de cesser immédiatement l’achat de dollars américains.

    La « presstituée » et les grands médias américains ne disent rien à leurs concitoyens de l’impact terrible de ces nouvelles lois russes sur leur propre situation. Par contre, mis au courant, les oligarques occidentaux ont, dans la dernière quinzaine seulement, fait perdre à leurs marchés boursiers plus de 1000.000.000.000$ (mille milliards). C’est comme si on effaçait d’un seul coup la valeur combinée des géants technologiques suivants : Google (508 milliards $), Facebook (281 milliards $), Intel (154 milliards $), Netflix (50 milliards $) et Yahoo ($ 29 milliards).

    Encore plus étonnant, et malgré cette perte massive de richesse pour le peuple américain (retraites, épargnes, fonds en actions et obligations), le président Obama n’a pas hésité à dire à ses concitoyens, hier soir, que leur économie allait bien et que ses détracteurs faisaient de la « politiquefiction« . Peut-être qu’Obama visait le légendaire gourou du marché boursier, Art Cashin qui, hier, a averti que la panique dans ce marché « va choquer le monde», ou bien visait-il la Royal Bank of Scotland (RBS) qui, hier aussi, a exhorté tous ses clients : « Vendez Tout!

     » RBS a averti ses clients de s’attendre à une «année cataclysmique», ainsi qu’à une crise globale déflationniste. Il est temps de vendre ses actions avant qu’il ne soit trop tard, » a-t-elle averti.

    L’équipe de crédit de la RBS a indiqué que la situation des marchés était aussi alarmante que celle qui prévalait juste avant la crise financière de 2008. Les principaux marchés d’actions pourraient notamment perdre jusqu’à un cinquième de leur valeur, tandis que le baril de pétrole atteindrait 16 dollars. «Vendez tout exceptées les obligations de haute qualité. Il s’agit de tout faire pour retrouver son capital de départ. Dans une salle bondée, la porte de sortie est petite», a-t-elle indiqué à ses clients dans une note, rapporte The Sydney Morning Herald.

    owa4La Russie étant le plus grand producteur mondial de pétrole,  elle peut en exporter plus de 75%. Les nouvelles lois du président Poutine vont protéger ces exportations, et peu importe le prix du baril. On ne peut pas dire autant du meilleur allié d’Obama au Moyen-Orient, la sinistre et barbare Arabie Saoudite, dont le despotique chef, de facto, le prince héritier Mohammed ben Salmane, a amené sa nation au bord de la ruine, en menant deux guerres simultanées : celle de Syrie et celle du Yémen. Dès l’effondrement probable de l’Arabie, il est certain que les nations occidentales vont déclencher une nouvelle série de guerres du pétrole.

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    Mais avant qu’elles ne se lancent dans de nouvelles guerres du pétrole, elles devraient d’abord se re-familiariser avec leur propre histoire, comme l’a récemment écrit l’écrivain américain,  spécialiste de la politique étrangère américaine Michael Peck:

    « Durant les cent dernières années, le pétrole a été un motif fréquent de guerres. Des nations ont mené des guerres, d’autres ont construit leur stratégie militaire en vue de la conquête de champs de pétrole ou d’empêcher leurs rivaux de contrôler cette marchandise qui est considérée comme étant la pierre angulaire des économies industrielles et militaires modernes. Mais à quoi bon mettre la main sur un champ de pétrole lorsque vous ruinez votre pays pour y arriver? Plusieurs nations ont appris, à leurs dépens, que le prix pour la capture du pétrole peut être beaucoup plus grand que sa valeur. L’histoire récente le prouve.ʺ

    En attendant le krach et la fin du système du pétrodollar, Poutine vend le pétrole et le gaz russes contre de l’or

    Évidemment, il ne le crie pas sur tous les toits. Et, bien sûr, il accepte toujours le dollar comme moyen de payement… intermédiaire. Intermédiaire car dès qu’il reçoit ces dollars, il les échange contre de l’or physique.
    Ainsi, durant le 3e trimestre 2014, la Russie a acheté 55 tonnes d’or, c’est plus que les achats officiels de toutes les banques centrales du monde réunies !

    En résumé , le cours du pétrole est sous-évalué, mais ce facteur est compensé par le fait que la valeur du dollar est, elle, surévaluée. Avec cet actif surévalué, Poutine achète de l’or, qui lui est… sous-évalué. Si la Russie semble perdre en ce moment, elle sera gagnante à moyen terme.
    Cette brillante combinaison économique de Poutine met l’Occident, mené par les États-Unis, dans la position d’un serpent qui se mange agressivement la queue.
    Cette idée de 
    piège « en or » est probablement de son conseiller économique, Sergueï Glaziev. Cette idée brillante est exécutée de main de maître par Poutine  avec le soutien inconditionnel de son collègue chinois, Xi Jinping.

    L’Occident peut faire tout ce qui est en son pouvoir pour augmenter artificiellement le pouvoir d’achat du dollar, faire baisser le prix du pétrole et faire baisser artificiellement le pouvoir d’achat de l’or, il reste un problème insoluble : le stock d’or physique en possession de l’Occident n’est pas illimité. Donc, plus l’Occident dévalue le pétrole et l’or par rapport au dollar, plus il perd son or physique.

    Lorsque l’Occident n’aura plus d’or à fournir aux Russes et aux Chinois pour qu’ils recyclent leurs dollars, la partie sera terminée. Quand cela aura-t-il lieu, que se passera-t-il exactement ?
    Ce sera « Échec et mat » pour l’Occident.
    Ce sera aussi un séisme monétaire et économique, dont les conséquences sont difficilement prévisibles, et dont nous serons tous les victimes.
    Les oligarques et les élites gouvernantes et financières en sortiront, encore une fois,  quasi indemnes.

    Hannibal GENSERIC 

    source: http://numidia-liberum.blogspot.fr/2016/01/contre-sanctions-une-nouvelle-loi-russe.html


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    Published On: Fri, Sep 18th, 2015
     

    Syrie : Les troupes de choc russes entrent en action contre les djihadistes

     
     

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    L’infanterie de marine russe, communément appelée “la Mort Noire”

    BREIZATAO – ETREBROADEL (18/09/2015) La Russie a accru l’intensité de son engagement en Syrie, après avoir déployé dans un premier temps une nouvelle base aérienne près du port de Tartous.

    Ce sont à présent les redoutables fusiliers marins russes – surnommés “la Mort Noire” – qui sont entrés en action contre les djihadistes de l’Etat Islamique.

    Déploiement de l’infanterie de marine russe

    Des véhicules russes R-166-0,5 à signal à haute-fréquence ont été identifiés alors qu’ils évoluaient sur l’autoroute 4 reliant Homs à Alep. Ces véhicules, appelés “quartier-général mobile” étaient accompagnés de transports de troupe BTR-82 avec à leur bord des fusiliers marins russes. Les R-166-0,5 permettent d’établir des communications avec des forces engagées sur un champ de bataille sur une distance pouvant atteindre 1 000 kilomètres.

    Ces systèmes de communication sont résistants aux brouillages électromagnétiques, ce qui permet aux troupes russes opérant profondément en territoire syrien d’informer leurs commandants situés sur la base de Lattakié, de recevoir des ordres, du renseignement et même des vidéos prises par des drones ou des avions.

    Un autre élément présent sur le véhicule est une antenne contenue dans un cylindre, laquelle peut être déployée jusqu’à 15 mètres de hauteur.

    Les véhicules R-166-0,5 sont une des composantes du dispositif opérationnel russe, aussi n’auraient-ils pas été déployés sans que des mouvements de troupes sur longue distance ne soient en cours. L’apparition de ces véhicules sur le théâtre syrien permet d’éclairer les intentions de Moscou.

    Pont aérien

    Hier, l’armée syrienne a reconnu avoir utilisé de “nouveaux types d’armes” fournies par la Russie, marquant le renforcement du soutien russe au gouvernement syrien. Une source du ministère de la Défense syrien a indiqué à Reuters (lire ici) que “de nouvelles armes – et de nouveaux types d’armes – sont livrés” et qu’elles sont “extrêmement précises et efficaces”.

    Les forces armées syriennes ont commencé à les utiliser ces dernières semaines après avoir été entraînées ces derniers mois. “Nous pouvons dire que ce sont des armes de tous les types, que ce soit au sol ou dans les airs”.

    Parmi ces livraisons, on compterait l’hélicoptère MIL-28 (nom de code Otan “Chaos”), capables de détruire la plupart des chars de type US actuellement en possession des djihadistes de l’Etat Islamique.

    Le Pentagone (lire ici) estime que ces dernières 48 heures, 15 vols de transport opérés par l’avion géant Antonov-124 (nom de code Otan “Condor”) ont eu lieu sur le site de la nouvelle base aérienne de Jableh, près de Lattakié.

    L’Antonov 124 est le deuxième plus gros avion du monde et peut transporter 150 tonnes de charge et peser jusqu’à 400 tonnes au décollage. Voici un documentaire sur les capacités hors normes de cet appareil :

    Grâce à ce pont aérien et au débarquement de matériel constant qui se déroule dans le port de Tartous, les services de renseignement militaires américains estiment que la Russie a, à cette heure, déployé au moins 6 chars T 90 de 3ème génération (voir ici). Ce dernier est le char de combat standard de l’armée russe. On compte aussi 35 blindés transports de troupe et 15 pièces d’artillerie.

     

    Implication de la 810ème Brigade d’infanterie de marine

    Les unités actuellement déployées appartiennent à l’infanterie de marine russe, appelée communément “la Mort Noire”. Les fusiliers marins russes sont des troupes de choc pouvant être rapidement déployées dans le but de s’emparer de points stratégiques avant d’être soutenues par des renforts conventionnels.

    L’effort russe actuel à Jableh, près de Lattakié, vise à permettre l’accueil d’au moins 1500 personnels (source). Le déploiement de fusiliers marins pose nécessairement la question de l’arrivée prochaine, ou non, d’autres unités de l’armée russe en charge de soutenir l’effort.

    Pour l’heure ont été identifiés des fusiliers marins de la 810ème Brigade de Marine intégrée dans la Flotte de la Mer Noire, elle-même stationnée en Crimée (lire ici). Cette brigade compte environ 2000 hommes et est composée de deux bataillons d’infanterie de marine (880ème et 382ème bataillons), d’un bataillon de parachutistes de marine (881ème bataillon), d’un bataillon de reconnaissance (888ème bataillon), d’une batterie d’artillerie (1613ème batterie), d’une batterie de défense anti-aérienne (1619ème batterie).

    Le journal britannique “The Guardian” a indiqué qu’un premier convoi russe était en route vers Hama, non loin de Tartous (source).

     

    Voici un aperçu rapide du type de missions qu’assurent les “bérets noirs” russes :

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    samedi 6 février 2016

    La maison des Saoud, une clé du prochain crash mondial

    Le Forum économique mondial à Davos est submergé par un tsunami de dénis, et même de dénis de non-dénis, précisant qu'il n'y aura pas de répétition du crash de 2008. 

     

    Il y en aura pourtant une. Et la table est déjà mise pour l'occasion.

    Des négociants du golfe Persique, y compris des Occidentaux qui y travaillent, ont confirmé que l'Arabie saoudite s'est départie d'au moins un billion de dollars [mille milliards] de titres et a fait craquer les marchés mondiaux sur ordre des Maîtres de l'Univers, ceux-là mêmes qui tirent les ficelles derrière le canard boiteux Barack Obama.

    Finie l'époque où la maison des Saoud pouvait caresser l'idée de voir geler tous ses avoirs. Dorénavant, elle agit sur ordres. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, car selon les négociants du golfe Persique, les investissements saoudiens en Occident pourraient totaliser jusqu'à 8 billions de dollars et ceux d'Abou Dhabi jusqu'à 4 billions de dollars. 

    À Abou Dhabi, tout est compartimenté, pour que personne ne puisse comprendre quoi que ce soit, hormis des courtiers et des négociants qui connaîtraient chaque superviseur de chaque compartiment d'investissements.

    Puis pour la maison des Saoud, le déni est, sans surprise, une règle d'or. 

    Ce largage massif de titres a été rapporté ici et là par les médias institutionnels, mais les chiffres sont largement sous-estimés. Plus rien ne filtrera des détails parce que les Maîtres de l'Univers y ont apposé leur veto. 

    Les ventes de l'Arabie saoudite et d'Abou Dhabi se sont intensifiées depuis le début de 2016. Une source dans le golfe Persique dit que la stratégie saoudienne va démolir les marchés. 
    Une autre source parle d'asticots qui bouffent la carcasse dans le noir.
    La débâcle de mercredi à Wall Street, en Europe, à Hong Kong et à Tokyo, n'augure rien de bon.

    C'est donc déjà en train de se produire. L'une des conséquences décisives pourrait être, à court ou à moyen terme, rien de moins que l'effondrement de la zone euro



    Vers le crash de 2016 ? 

    L'hypothèse d'une instrumentalisation de la maison des Saoud en panique pour faire s'écrouler une bonne partie de l'économie mondiale n'est pas à rejeter. Mais à qui profiterait le crime ? 

    Moscou et Téhéran sont bien placés pour le savoir.

    La logique derrière l'effondrement du marché, la récession puis la dépression qu'il engendre - du point de vue des Maîtres de l'Univers qui tirent les ficelles derrière le canard boiteux qu'est le président des États-Unis - c'est d'orchestrer un ralentissement majeur, saboter les habitudes d'achat, réduire la consommation de pétrole et de gaz naturel et précipiter la Russie dans la ruine.

    D'autant plus que le pétrole à très bas prix agit comme une sorte d'ersatz de sanction contre l'Iran. 

    N'empêche que le pétrole iranien est sur le point de réintégrer le marché, qui disposera ainsi de quelque 500 000 barils de pétrole de plus par jour d'ici le milieu de l'année, auquel s'ajoute un surplus stocké dans les navires pétroliers du golfe Persique.

    Ce pétrole peut et sera absorbé, car la demande augmente (p. ex., 1,9 million de barils de plus par jour aux USA en 2015), tandis que l'offre diminue. 

    L'augmentation de la demande et la chute de la production inverseront le krach pétrolier d'ici juillet.

    Qui plus est, les importations de pétrole par la Chine ont récemment grimpé de 9,3%, pour atteindre 7,85 millions de barils par jour, discréditant ainsi l'hégémon qui prétend que l'économie de la Chine s'effondre et qui rend celle-ci responsable de la morosité actuelle sur les marchés. 

    Comme je l'ai déjà souligné ici, les prix du pétrole devraient repartir à la hausse bientôt. Goldman Sachs est d'accord. Ce qui donne aux Maîtres de l'Univers une marge de manœuvre restreinte pour permettre aux Saoudiens de liquider des quantités massives de titres sur les marchés. 

    La maison des Saoud pourrait avoir un besoin désespéré d'argent, son budget étant en état d'alerte maximale. Mais le largage de titres demeure résolument autodestructeur. Ils ne peuvent tout simplement pas se départir de 8 billions de dollars.

    La maison des Saoud est en train de rompre l'équilibre au niveau de sa richesse. 

    L'hagiographie occidentale a beau tenter de dépeindre Riyad comme un joueur responsable, il n'en demeure pas moins que de nombreux princes saoudiens assistent avec horreur à la destruction de la richesse du royaume par ce hara-kiri au ralenti.

    Existe-t-il un plan B ? Oui. Le prince guerrier Mohammed ben Sultan, qui mène la barque à Riyad à l'heure actuelle, devrait prendre le prochain vol pour Moscou afin d'élaborer une stratégie commune. Mais cela n'arrivera pas.

    En ce qui concerne la Chine, qui est le principal importateur de pétrole saoudien, Xi Jinping s'est récemment rendu à Riyad, Aramco et Sinopec ont signé un partenariat stratégique, mais le partenariat stratégique qui compte vraiment, surtout lorsqu'on prend en considération l'avenir de l'initiative Une ceinture, une route, c'est celui entre Pékin et Téhéran. 

    La liquidation massive de titres par les Saoudiens concorde avec leur guerre des prix du pétrole.

    Dans la situation actuelle, extrêmement volatile, les prix du pétrole sont à la baisse, les titres boursiers sont à la baisse et les stocks pétroliers sont à la baisse.

    Mais la Maison des Saoud n'a pas encore compris que les Maîtres de l'Univers l'amènent à s'autodétruire massivement, notamment en utilisant sa capacité inutilisée pour inonder le marché pétrolier. Tout cela pour blesser à mort la Russie, l'Iran et... l'Arabie saoudite. 

    Ce n'est qu'un pion dans leur jeu 

    Pendant ce temps à Riyad, fusent les rumeurs de coup d'État contre le roi Salman, qui souffrirait de démence et qui serait confiné dans son palais. Deux scénarios sont possibles : 

    1) Le roi Salman, 80 ans, abdique en faveur de son fils, Mohammed ben Salman, 30 ans, le prince guerrier fauteur de troubles qui se distingue par son arrogance et son ignorance, soit l'actuel vice-prince héritier et ministre de la Défense, celui qui mène de facto la barque à Riyad. Cela pourrait avoir lieu prochainement. En prime, le ministre du pétrole en place, Ali al-Naïmi, qui n'a pas de sang royal, serait remplacé par Abdulaziz ben Salman, un autre fils du roi. 

    2) Une révolution de palais. Salman (et son fils fauteur de troubles) est mis à l'écart et remplacé par Ahmed ben Abdulaziz (qui a déjà été ministre de l'Intérieur), ou par le prince Mohammed ben Nayef (l'actuel ministre de l'Intérieur et prince héritier).

    Peu importe le scénario qui prévaudra, le M16 britannique est très au fait de toute cette pantomime. Le BND allemand pourrait l'être aussi. Tous ont à l'esprit la note de service du BND datant de la fin de 2015, qui décrit le vice-prince héritier Mohammed ben Salman comme un joueur politique qui cherche à déstabiliser le monde arabe en menant des guerres par procuration au Yémen et en Syrie.

    Des sources saoudiennes, qui tiennent à leur anonymat pour des raisons évidentes, soulignent que dans la maison des Saoud, ils sont 80% en faveur d'une révolution de palais. 

    Reste à savoir si ce genre de remaniement va changer quoi que ce soit au ralenti du hara-kiri en cours.

    L'impératif demeure le même, car les Maîtres de l'Univers sont prêts à faire basculer le monde entier dans une récession majeure, essentiellement pour étrangler la Russie.

     

    La maison des Saoud n'est qu'un pion dans ce jeu cruel.

    Pepe Escobar est l'auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

    Traduit par Daniel, édité par jj, relu par LIterato pour le Saker francophone

     

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    Source et Publication:  http://www.chaos-controle.com/archives/2016/02/06/33328841


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