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LA TRIBUNE D' UN HOMME LIBRE, REVUE DE PRESSE NON-CONFORMISTE

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    « La main » des Saoudiens et des Etats-Unis dans les attentats de Téhéran pousse à une guerre totale

    Publié par wikistrike.com sur 15 Juin 2017, 15:25pm

    Catégories : #Politique internationale

    « La main » des Saoudiens et des Etats-Unis dans les attentats de Téhéran pousse à une guerre totale

    Donald Trump, accordant un soutien militaire croissant à l'Arabie saoudite, risque de provoquer une escalade des tensions au Moyen-Orient.

    Le journaliste Finian Cunningham évoque les potentiels dévéloppements à venir dans la région. 

     

    L'Iran a accusé l'Arabie saoudite et par extension les Etats-Unis d'être impliqués dans les attentats meurtriers qui ont frappé au cœur de la capitale iranienne.

    Désormais, Téhéran menaçant de se venger, le Moyen-Orient est au bord d'une guerre totale. 

    Véritable poudrière, le Moyen-Orient est déjà au bord de l'explosion à cause de ses longues guerres par procuration dans nombre de pays, guerres qui se manifestent désormais en prenant la forme d'une 
    crise entre l'Arabie saoudite et le Qatar. Ce dernier est accusé de ne pas faire assez d'allégeance aux dirigeants saoudiens et d'entretenir des relations d'amitié « déloyales » avec l'Iran. 

    L'attentat à la bombe et l'attaque armée qui ont fait 17 morts ont été un vrai choc. Une véritable frappe au cœur même de la République islamique.

    La fusillade au Parlement et l'attentat au mausolée d'Ayatollah Ruhollah Khomeini, le fondateur de la République islamique d'Iran, ont été perpétrés par des groupes kamikazes et revendiqués par l'Etat islamique. 

    Quelques jours plus tôt, l'
    ayatollah Ali Khamenei, l'actuel guide suprême de l'Iran, s'était rendu au mausolée pour commémorer le 28ème anniversaire de la mort du père fondateur de l'Iran moderne. L'attentat du mausolée est une frappe audacieuse contre le fondement même de la République Islamique. 

    Les services de renseignement ont accusé les Etats-Unis aussi bien que 
    l'Arabie saoudite d'être « impliqués ».

    Le Corps des Gardiens de la révolution islamique - le corps militaire d'élite de l'Iran - a juré vengeance. L'Arabie saoudite nie son implication. 

    La réaction du président américain Donald Trump a immédiatement provoqué la colère de l'Iran.

    Au lieu de condamner les attentats, Donald Trump a laissé entendre que ces atrocités servaient de leçon à l'Iran pour avoir parrainé le terrorisme dans la région.

    Mohammed Javad Zarif, ministre iranien des affaires étrangères, a qualifié les paroles de Donald Trump de « répugnantes ».

    Alors que d'autres pays, dont la Russie et la France, ont condamné sans équivoque le carnage de Téhéran, promettant d'apporter une réponse commune pour combattre le terrorisme, la réaction ambiguë de l'administration de Trump et de l'Arabie saoudite a alimenté la colère de l'Iran et sa conviction que tous deux ont joué un rôle dans ce complot meurtrier.

    Le mois dernier, Mohammed ben Salmane Al Saoud, vice-prince héritier d'Arabie saoudite, considéré de fait comme le dirigeant du royaume à la place de son père malade, le roi Salmane, a proféré des menaces extraordinaires envers l'Iran.

    Dans un entretien télévisé accordé à une chaine nationale, l'héritier saoudien a prévenu que son pays « porterait le combat » sur le territoire de l'Iran. 

    Mohammed ben Salmane, qui est aussi le ministre de la Défense, a répété des accusations de longue date selon lesquelles l'Iran essayerait de déstabiliser l'Arabie saoudite et ses voisins sunnites.

    L'Iran a systématiquement nié ces accusations. 

    « Nous savons que nous sommes l'objectif principal pour le régime iranien », a-t-il indiqué.

    « Nous n'attendrons pas que la bataille arrive en Arabie saoudite, mais ferons en sorte que des combats aient lieu en Iran plutôt qu'en Arabie saoudite. » 

    Le prince saoudien n'a pas caché la haine de la Maison des Saoud envers l'Iran chiite, considéré par les wahhabites saoudiens qui pratiquent un sunnisme extrêmiste comme un ennemi hérétique.

    Selon lui, son pays « ne parlera jamais à l'Iran ». 

    L'Iran a répondu furieusement. Hossein Dehghan, ministre iranien de la Défense a riposté, disant que si l'Arabie saoudite devait faire quelque chose de « stupide », l'Iran régirait en « ne laissant intact aucun recoin d'Arabie saoudite à l'exception de la Mecque et de Médine » - deux lieux saints de l'Islam. 

    Gholamali Khoshroo, représentant permanant de l'Iran aux Nations unies a officiellement protesté auprès du Conseil de sécurité contre ce qu'il a qualifié de « menace explicite » de la part de l'Arabie saoudite. 

    L'attentat à Téhéran est considéré par l'Iran comme l'exécution de cette « menace explicite » saoudienne de porter le combat au cœur de la République islamique. 

    Il semble évident que l'attentat a été perpétré par Daesh. En plus d'avoir revendiqué les attentats sur le site web de son agence de propagande, Amaq, et diffusé les vidéos de ces attentats, le groupe terroriste avait récemment appelé à mener des opérations en Iran.

     L'attentat meurtrier de Téhéran est la première opération de ce type organisée par Daesh en Iran. 

    Toutefois, d'autres groupes militants liés aux wahhabites mènent depuis longtemps une politique de terreur dans des régions éloignées d'Iran. 

    En avril, dix gardes-frontières iraniens ont été tués par des militants liés au groupe Joundallah, dans le sud-est du pays, près de l'Afghanistan et du Pakistan.

    L'Iran avait déjà accusé l'Arabie saoudite de « complicité » dans cet attentat. Joundallah et d'autres groupes terroristes anti-gouvernementaux, tels qu'Ansar al Furqan, sont soupçonnés d'être financés par l'Arabie saoudite. 

    Téhéran avait considéré les assassinats d'au moins quatre scientifiques nucléaires iraniens comme commis par un autre groupe terroriste - le MeK - lié à la CIA. 

    Malgré les démentis officiels de Riyad, nombre de preuves montrent que l'Arabie saoudite est le parrain clé des réseaux terroristes wahhabites, y compris Daesh et une myriade de ses branches.

    Ces réseaux ont joué un rôle essentiel dans le changement de régime en Syrie, clandestinement organisé par la CIA et ses alliés régionaux. 

     

    Source  wikistrike


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    55 ans, déjà !...

    Et les clameurs se sont tues !...

    « Le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est de la douleur encore » (George Gordon, Lord Byron)

    Il était environ onze heures en ce mois de juillet 1962. Le ciel était pur, avec de légers flocons de nuages, très espacés. Une lumière douce et éclatante baignait les immeubles du Front de Mer, à Oran.

    Le « Kairouan » s’était rempli en un temps record… Il y avait du monde partout, dans les cales, sur le pont, dans les entreponts et si, sur les quais, c’était la panique, à bord, les malheureux « vacanciers » (comme les avaient surnommé Robert BOULIN et Gaston DEFFERRE) ne demandaient plus rien. Ils s’affalaient, prostrés, et regardaient les contours de leur terre. Ils voulaient s’imprégner une dernière fois de cette vision qui avait été le cadre de leur enfance, se souvenir de chaque mot, de chaque geste, pour être enfin dignes de s’envelopper du linceul immuable des choses définitives.

    Ils entraient en exil par de honteuses poternes, traînant derrière eux, comme un fardeau et un tourment, le manteau d’apparat de leurs souvenirs rebrodés de mirages.

     

    L’Algérie, tant servie, tant chantée, tant aimée, c’était le passé de bonheur, d’héroïsme et d’espérance, et ce n’était plus en cet instant tragique, que le désespoir de milliers de cœurs calcinés au fond de milliers de poitrines humaines…

    Il n’est pas de douleur plus grande que de se souvenir des jours de bonheur dans la misère !...
    En l’instant, tout à leur chagrin, ils ne savaient pas encore qu’une fois arrivés en France, épuisés et malheureux, ils y seraient accueillis comme des étrangers, qu’on les jugerait, qu’on les montrerait du doigt, qu’on les traiterait de parias, de pestiférés, qu’on dirait que « leur misère est un juste châtiment » et qu’on rirait de leur désespoir.

    Quel douloureux instant que celui où l’on quitte sa maison, son site aimé, ses amis, sa famille, tout ce qui tient au cœur, avec la conviction, plein l’âme, que plus jamais on ne les reverra. Et l’on pense aussi, sans le dire, à toutes les profanations de tous ces êtres chers qui seront faites après le départ…
    « Notre église, ce petit bijou, a été décapitée. Notre cimetière a été saccagé… Tous les cercueils ont été ouverts… J’aurais préféré être aveugle ! » C’est un prêtre français qui parle…


    Aujourd’hui, il ne reste plus comme vestiges qu’un grand rêve, des souvenirs douloureux, des milliers de morts et de disparus, des milliers de déracinés dépossédés, humiliés, violés, des ruines, une odeur de sang caillé, un reniement immense, et, sous le soleil de « là-bas », une déréliction de plaines rases rendues à l’abandon et le vent de la mer dans sa morne complainte sur les vignobles et les vergers en friches…

     

    Cinquante cinq ans « après », les rangs se sont « éclaircis » mais des milliers d’âmes déracinées ne font, encore, que survivre loin des paysages dorés qui ont émerveillé leur enfance. De cette terre douce et triste, tombeau de leurs aïeux et nid de leurs amours, un immense vide les sépare, fait de sable, de regrets, de mirages, de promesses et de serments révolus, où s’irréalisent les oasis perdues de leurs souvenirs.


    Algérie qui leur a donné la vie et qui a pris leur cœur, rongée par le désordre, la pauvreté, la prévarication et l’immoralité d’apparatchiks, que triste est ton sort aujourd’hui !...

    De-ci de-là, les mousses recouvrant les murs joignent leur lèpre rouille à l’ombre des palmiers aux branches mutilées. Les grands arbres sous la lune, frissonnent de nostalgie et renouvellent chaque nuit leurs appels éplorés dans l’espoir que l’amour voudra bien y renaître.

    Et dans leurs branches désolées, les lettres qu’on déchiffre avouent aux voyageurs que d’autres en ces lieux ont connu des bonheurs dont les traces ne sont point effacées…
    Le temps a pu faire son office, jouer au sacrificateur, il n’a pas eu le front de dévorer ces noms des heures familières. Pourtant à notre départ nous n’avons rien inscrit.

    Nous n’avons pas voulu que s’y fixent nos cœurs. Mais nous n’avons pas trahi nos secrètes tendresses afin que reste bien à nous cette gerbe de fleurs qu’on respire à genoux parmi les souvenirs de toutes nos ivresses.


    Des souvenirs… Voilà ce qui reste désormais : des souvenirs merveilleux et cruels qui subsistent à jamais dans les mémoires… Avec le temps, les vagues murmureront longtemps autour de ces souvenirs là… Dans les tempêtes, elles bondiront comme pour venir lécher leurs pieds, ou les matins de printemps, quand les voiles blanches se déploieront et que l’hirondelle arrivera d’au-delà des mers, longues et douces, elles leur apporteront la volupté mélancolique des horizons et la caresse des larges brises.

    Et les jours ainsi s’écoulant, pendant que les flots de la grève natale iront se balançant toujours entre leur berceau et leur tombeau, le cœur de ces exilés devenu froid, lentement, s’éparpillera dans le néant, au rythme sans fin de cette musique éternelle.

    José CASTANO
    Courriel : joseph.castano0508@orange.fr

    « O mes amis Pieds-Noirs, ne pleurez plus la terre et le sol tant chéris qui vous ont rejetés ; laissez les vains regrets et les larmes amères ; ce pays n’a plus d’âme, vous l’avez emportée » (Camille Bender – 1962)


    Isabella chante « les naufragés d’Algérie »

    Cliquez sur : les Pieds Noirs quittent l'Algérie - YouTube

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    Cliquez sur : « ET L’ALGERIE DEVINT FRANÇAISE… »

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    Mon blog cliquer sur : http://jose.castano.over-blog.com/

    Ma biographie, cliquer sur : http://www.francepresseinfos.com/2013/05/jose-castano-une-vie-au-service-de-la.html

    Mes ouvrages, cliquez sur :-Ma Bibliographie –


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    Rex Tillerson a expliqué que la politique américaine s’appuyait sur des «éléments» locaux pour encourager un changement de régime en Iran.

    Les propos du responsable américain ont été qualifiés d’«inacceptables» et d’«interventionnistes» par Téhéran.

    «Notre politique iranienne est en cours de développement», a déclaré le 14 juin le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, devant le Comité des relations extérieures de la Chambre des représentants. «Nous prenons des mesures pour répondre à l’hégémonie de l’Iran», a-t-il ajouté, cité par la radio Farda, un média financé par la Broadcasting Board of Governors, une agence indépendante placée sous la responsabilité du gouvernement des États-Unis.

    Après avoir accusé l’Iran d’«exporter des milices» en Syrie, en Irak ou au Yémen, d’appuyer le gouvernement syrien et d’armer et soutenir le mouvement chiite libanais Hezbollah, le secrétaire d’Etat américain déclaré : «[Les Etats-Unis] et nos alliés devons contrer les aspirations [hégémoniques] de l’Iran sur la région.»

    «Notre politique à l’égard de l’Iran est de repousser cette hégémonie, de contenir la capacité [de Téhéran] à développer […] des armes nucléaires, et d’œuvrer à soutenir [les] éléments à l’intérieur de l’Iran qui mèneraient à une transition pacifique de gouvernement. Ces éléments se trouvent là-bas, nous le savons», a-t-il ajouté.

    Rex Tillerson a également expliqué que Washington réfléchissait à placer l’organisation paramilitaire iranienne des Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes.

    En mai dernier, le secrétaire d’Etat américain avait appelé le président iranien Hassan Rohani à démanteler «le réseau de terrorisme» qu’entretiendrait son pays et à mettre fin à ses essais de missiles balistiques.

    «Inacceptable» et «interventionniste» : les autorités iraniennes répondent à Rex Tillerson

    La réaction des autorités iraniennes ne s’est pas fait attendre.

    La radio Farda a rapporté les propos du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Qassemi. Ce dernier n’a pas hésité à qualifier les propos de Rex Tillerson d’«inacceptable[s]» et d’«interventionniste[s]».

    Selon Bahram Qassemi, la politique étrangère des États-Unis à l’égard de l’Iran est «confuse» et pourrait être «facilement manipulée par de mauvaises informations».

    «Depuis les années 1950, les États-Unis ont essayé de se mêler des affaires iraniennes via différentes stratégies telles que la mise en scène d’un coup d’Etat ou l’intervention militaire soutenue. Toutes leurs tentatives ont échoué», a-t-il rappelé.

    Alors que le général Mostafa Izadi, chef d’état-major adjoint de l’armée iranienne, a accusé les Etats-Unis de «soutenir directement» l’État islamique, Téhéran a annoncé disposer d’éléments concrets permettant de prouver que Washington soutiendrait l’organisation terroriste au Moyen-Orient.

    Source via Leblancetlenoir

    Illustration : les USA à nouveaux gendarmes de la planète ?

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    Publié par Jean-Patrick Grumberg le 22 juin 2017
     
    La tête des journalistes de CNN (Mark Preston, Gloria Borger, David Chalian, Dana Bash) après l’annonce de l’échec du candidat Démocrate, a fait le buzz sur internet.

    L’élection la plus chère de l’histoire vient de se dérouler en Géorgie, où les Démocrates ont déversé près de 50 millions de dollars pour faire de cette élection un référendum contre Trump, une arme politique de destruction massive.

    Et Trump a gagné…

    Les Démocrates avaient fait de cette élection un symbole national. Un référendum pour désavouer la politique de Trump, pour montrer que le Président est rejeté, détesté, contesté, haï par les Américains parce que les élites démocrates qui savent tout mieux que la masse, vomissent les lois que Trump a signées, le retrait des Accords de Paris sur le climat, l’annulation de l’Obamacare, et le refus d’un monde globalisé et sans frontières avec les restrictions sur l’immigration.

    La gauche a voulu que cette élection donne l’avant-goût de celles de mi-mandat de 2018, qui doit selon eux se terminer par une débâcle des Républicains (dans la logique des journalistes Démocrates, tout ce que fait Trump est mauvais pour le pays, pour le monde et pour la démocratie, Trump est une catastrophe vivante, il mérite d’être destitué, donc il mène le parti Républicain à la ruine)

    Ainsi, alors que l’élection se passe en Géorgie, le candidat Démocrate a reçu des dons de plus de 7 200 riches donateurs gauchistes de Californie, dont 3 000 venant de la seule Baie de San Francisco, la partie à la fois la plus à gauche et la plus riche de toute la Californie, contre 800 seulement venant de l’Etat de Géorgie, pourtant directement concerné par l’issue du scrutin.

    Les Démocrates voulaient infliger une défaite et humilier Trump dont ils n’arrivent toujours pas à accepter l’élection.

    CNN avait pour l’occasion installé un pavillon grandiose pour célébrer la victoire du candidat démocrate. Les chaînes câblées avaient programmé des séries d’émissions sur plusieurs semaines pour parler des conséquences de cette victoire.

    Karen Handel – Jon Ossoff

    Mais quand l’annonce que leur candidat a perdu est tombée, la victoire de la candidate républicaine Karen Handel a fait trois lignes, les équipes de CNN étaient introuvables autour de leur grandiose pavillon, ils ont accusé le mauvais temps d’avoir fait perdre Jon Ossoff, et sont très vite passés à autre chose.

    Cependant, si cette élection est un référendum, Donald Trump l’a remporté haut la main :

    • C’est un district où Donald Trump n’a gagné que de 1% en 2016 contre Hillary Clinton, alors qu’en 2012 Mitt Romney y était en avance de 21 points sur Obama.
    • Ossoff a dépensé près de 50 millions de dollars, soit près de 8 fois plus que la gagnante, dans une élection où les candidats dépensent rarement plus d’un million de dollars.

    Avec cette élection gagnée par celui qui devait perdre, Donald Trump enregistre la 5e victoire électorale pour son parti depuis son élection – et cela contredit les sondages biaisés que vous pouvez lire un peu partout.


     

    « Et bien, l’élection spéciale est terminée, et ceux qui veulent redonner sa grandeur à l’Américain ont gagné par 5 contre 0 ! Toutes ces fake news, tout cet argent dépensé = 0 » 

    Donald Trump fait ici référence à la Géorgie, au Montana, au Kansas, à la Californie et à la Caroline du Sud, 5 Etats perdus coup sur coup par les Démocrates.

    Et je n’imagine pas qu’un seul « expert » français des États-Unis ni aucun média, vous divulguera le millième de ce que je viens d’écrire.

     

    Ils ne font plus de l’information, mais du lavage de cerveau, quelle bande de clowns !

     

     

    Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

    Sources :

    https://townhall.com/tipsheet/guybenson/2017/06/19/ga06-san-fran-dollars-for-ossoff-n2342621

    http://www.nbcnews.com/storyline/democrats-vs-trump/how-referendum-trump-became-most-expensive-house-race-ever-n773831

    http://insider.foxnews.com/2017/06/21/sad-cnn-jon-ossoff-loss-karen-handel-win-georgia-donald-trump-5-0-election

    http://www.zerohedge.com/news/2017-06-21/jon-ossoff-spent-76x-more-handel-votefor-nothing


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    RECIT. A Mossoul, la laborieuse bataille pour libérer la vieille ville, aux mains de l'Etat islamique depuis 2014

    Cela fait une semaine que les forces irakiennes ont lancé l'assaut final contre le centre historique de la deuxième ville d'Irak, dernier bastion des jihadistes, dans lequel de nombreux civils sont pris au piège. 

    Les forces antiterroristes irakiennes progressent à pied, dans la vieille ville de Mossoul (Irak), le 22 juin 2017.
    Les forces antiterroristes irakiennes progressent à pied, dans la vieille ville de Mossoul (Irak), le 22 juin 2017. (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)
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    Julie RasplusFrance Télévisions

    Mis à jour le
    publié le

     
     

    Sous plus de 40 °C, les combats font rage dans le dédale de ruelles de la vieille ville de Mossoul. Cela fait une semaine que les forces antiterroristes irakiennes, l'armée et la police fédérale ont lancé l'assaut final dans ces trois derniers km² de rues étroites, situés sur la rive occidentale du Tigre.

     

    Le 18 juin, dès l'aube, les avions de la coalition antijihadiste ont bombardé certaines positions des combattants de l'Etat islamique (EI) dans le centre historique. Les haut-parleurs des mosquées ont lancé un appel à la population civile, les prévenant d'une prochaine libération, raconte Le Figaro.

    Neuf mois après le début de l'offensive militaire sur cette grande ville du nord du pays, les forces de sécurité irakiennes promettent que la reconquête est proche. Pour le lieutenant général Abdel Ghani Al-Assadi, les forces spéciales antiterroristes entrent dans le "chapitre final". Certains ambitionnent même de reprendre la ville d'ici la fin du ramadan, prévu ce samedi 24 juin. 

    Au moins 300 combattants dans la vieille ville

    Depuis octobre, l'armée irakienne a repris, quartiers par quartiers, plus de 95% de la ville tombée aux mains de l'EI en juin 2014. Elle s'est livrée à un combat acharné dans lequel des centaines de soldats ont perdu la vie. Aucun chiffre officiel n'a été communiqué afin de ne pas démoraliser les troupes, mais les journalistes que franceinfo a interrogés évoquent des milliers de morts côté armée. Les événements se sont accélérés, début mars, avec la reprise de l'aéroport, les forces antijihadistes se rapprochant au fur et à mesure du centre historique, dernier bastion des combattants de l'EI.

     

    Seuls 300 à 500 jihadistes seraient cachés, ici, dans les maisons, les tunnels et les escaliers de la vieille ville de Mossoul, contre 6 000 au début de l'offensive en octobre. Parmi eux, des étrangers, dont des Français, qui n'ont plus rien à perdre, de l'aveu même des militaires. "Ce sont des combattants morts-vivants. Leur seule option est la mort. Ils sont encerclés. Leur situation est très délicate concernant la nourriture ou l’accès aux soins", analyse un général irakien dans Le Monde

    Alors que la ville résonnait déjà des explosions incessantes, la guerre est devenue totale. Au premier jour de l'assaut, les combattants ont violemment répliqué à l'avancée des forces irakiennes à coups de mitrailleuses, d'obus de mortiers, de roquettes et de missiles téléguidés, raconte le quotidien.

     Mercredi, les combattants islamistes ont également réduit en poussière la mosquée Al-Nouri et son célèbre minaret penché, datant du XIIe siècle.

     

    Un emblème de l'EI sacrifié

    La destruction de ce monument symbolique, haut de 45 mètres, sur lequel les jihadistes avaient planté un drapeau noir, a suscité une vive indignation en Irak et dans le monde.

     

    L'édifice, l'un des plus emblématiques du pays, est imprimé sur les billets de 10 000 dinars.

    Ce n'est pas un hasard si le leader de l'Etat islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi, l'a choisi pour sa première apparition publique, en juillet 2014, quelques jours après la proclamation du califat.

    Après la destruction, l'EI a tenté de faire diversion en affirmant, via son agence de propagande Amaq, que le site avait été bombardé par l'aviation américaine. Mais la coalition internationale a expliqué que les jihadistes avaient "détruit l'un des plus grands trésors de Mossoul et de l'Irak alors que les forces irakiennes s'en approchaient".

    Pour beaucoup d'observateurs, ce nouveau coup porté au patrimoine et à l'héritage culturel du pays montre en effet que l'Etat islamique, acculé dans Mossoul, préfère sacrifier ses propres emblèmes "par fierté" que de les voir repris par les forces irakiennes. De nombreux ministres irakiens l'ont interprété comme le signe de la "défaite" imminente de l'EI dans la ville. 

     

    Rues étroites et combats à pied

    Reste que l'assaut final s'annonce laborieux et les combats, autrement plus féroces. Pour reprendre la vieille ville, les forces irakiennes sont réduites à une bataille à pied et en face-à-face, dans un labyrinthe de rues et de bâtiments truffés de mines et peuplés de snipers.

     Impossible d'y entrer avec les blindés. Les frappes aériennes ne servent plus à rien "car la zone est encore densément peuplée et les bâtiments sont fragiles", décrit le porte-parole des forces antiterroristes, cité par The Independent (en anglais).

     

    Les décombres de voitures et de bâtiments envahissent les rues étroites de la vieille ville de Mossoul (Irak), le 21 juin 2017.
    Les décombres de voitures et de bâtiments envahissent les rues étroites de la vieille ville de Mossoul (Irak), le 21 juin 2017. (AFP)

     

    Toutes les forces armées doivent avancer progressivement, maison par maison, dans un environnement qui avantage les jihadistes et maintient une tension permanente. Les combattants de l'EI, déterminés à mourir pour leur cause, sont devenus maîtres dans l'art de piéger les lieux et les objets, "de la boîte de biscuits aux portails des maisons", selon le journaliste Arnaud Comte.

    Ils usent aussi de voitures piégées pour leurs attaques-suicides. Enfin, ils ont creusé des kilomètres de tunnels dans lesquels ils se retranchent. "C'est vraiment effrayant", écrit un journaliste de la chaîne SkyNews (en anglais), entré dans le centre historique cette semaine, aux côtés des forces irakiennes. 

    Les destructions ici sont massives, les combats intenses et meurtriers pour les deux côtés. L'air est vicié par l'odeur de la mort. Les corps des combattants jihadistes jonchent les ruines.

    Stuart Ramsey

    sur la chaîne SkyNews

     

    Des milliers de civils pris au piège

    Outre l'inflexion de méthode, les soldats irakiens tiennent aussi à épargner les civils. Or, ils sont nombreux à être bloqués à l'intérieur de la vieille ville. Les Nations unies estiment que près de 100 000 habitants sont pris au piège.

     

    Les combattants de l'EI les empêchent de partir, bloquant les portes et les fenêtres, avant de les utiliser comme "boucliers humains""Ils ne nous ont pas laissé sortir. Ils ont fermé tous les magasins, ils ont pris tout ce qui restait sur les marchés et ils ont forcé les gens, notamment les femmes et les enfants, à aller avec eux", confirme à la BBC(article en anglais) une habitante, après avoir réussi à s'enfuir. 

    Les plus désespérés profitent donc d'une avancée des forces irakiennes pour partir, à pied, dans les rues, défiant les explosions.

    Le trajet s'avère très risqué, les snipers embusqués de l'EI n'hésitant pas à abattre quiconque cherche à passer la ligne de front.

    Vendredi, une attaque-suicide est survenue alors que des familles tentaient de fuir.

     

    Un soldat irakien et des civils courent pour éviter les balles des snipers de l'Etat islamique, le 15 juin 2017, à Mossoul (Irak). 
    Un soldat irakien et des civils courent pour éviter les balles des snipers de l'Etat islamique, le 15 juin 2017, à Mossoul (Irak).  (ERIK DE CASTRO / REUTERS)

     

    A l'arrivée, les plus chanceux, en larmes, souvent en sang, racontent tous les mêmes histoires dramatiques.

    Certains ont été séparés de leur famille, d'autres ont vu leurs proches se faire tuer sous leurs yeux. Entre le 26 mai et le 3 juin, au moins 230 habitants ont ainsi péri dans la partie occidentale de Mossoul, selon l'ONU. Les témoins évoquent un chiffre bien plus important. 

     

    Manque d'eau et de nourriture

    A l'annonce de l'assaut final, les forces antiterroristes ont pourtant invité les habitants à fuir, par n'importe quel moyen. "Cela a été une décision difficile à prendre", confie un membre de la police fédérale à la BBC (article en anglais). L'intensité des combats à l'intérieur de la vieille ville et la situation humanitaire expliquent ce choix qui peut se révéler terrible pour les habitants. 

    Au cœur de Mossoul, le quotidien a depuis longtemps viré à l'enfer, on y meurt de faim et de soif.

    Cela fait des mois que l'eau se raréfie et qu'il ne reste rien à manger, si ce n'est de la farine mélangée à de l'eau et quelques grains de blé.

     

    Ces derniers jours, plusieurs enfants ont été extirpés des décombres, dans un état proche de la famine.

     

     
    Attention : cette image est susceptible de heurter votre sensibilité.

    Cliquez ici pour l'afficher.

    Des militaires versent de l'eau sur la tête d'un enfant déshydraté et amaigri après l'avoir secouru, dans la vieille ville de Mossoul (Irak), le 13 juin 2017.  (ERIK DE CASTRO / REUTERS)

     

    L'association Save the Children s'inquiète d'ailleurs pour les 50 000 enfants encore présents dans ce secteur de la ville, "en grave danger alors que les combats à Mossoul entrent dans leur phase la plus meurtrière". Et elle pourrait bien durer. Personne ne sait combien de temps les combattants jihadistes vont résister.

     

    Pour les hommes, les femmes et les enfants retenus, l'issue de la bataille de Mossoul sera de toute évidence catastrophique. 

     

    Source:    http://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/mossoul/

     


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    L'armée israélienne frappe la Syrie après des tirs de "projectiles"

    Par LEXPRESS.fr avec AFP , publié le , mis à jour à

     Un avion de chasse israélien F-15, ici le 15 mai 2017. Photo d'illustration.

     

     

    Un avion de chasse israélien F-15, ici le 15 mai 2017. Photo d'illustration.

    REUTERS/Amir Cohen

    L'armée de l'air israélienne a frappé un secteur d'où avaient été tiré peu auparavant dix projectiles qui ont touché la partie du plateau du Golan occupée par Israël.

    Tirs de représailles contre tirs perdus.

    L'armée israélienne a annoncé avoir frappé samedi un secteur en Syrie d'où avaient été tirés peu auparavant dix projectiles vers la partie du plateau du Golan occupée par Israël.

    L'agence officielle syrienne a fait état de plusieurs morts. 

    L'armée de l'air israélienne a entre autres visé deux chars du "régime syrien" dans la partie nord du Golan, a indiqué l'un de ses porte-parole, précisant que les projectiles tirés n'avaient pas fait de victimes en Israël.  

     

    Deux morts côté syrien

    Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), la frappe israélienne a tué deux soldats syriens. L'agence de presse officielle syrienne Sana a fait état de plusieurs morts, sans en préciser le nombre, et a accusé Israël de soutenir les rebelles. 

    "L'ennemi israélien continue de soutenir les terroristes [...] et son aviation a tiré plusieurs projectiles [...] qui ont visé [...] la province de Qouneitra, faisant des martyrs et des dégâts matériels", a indiqué Sana. 

     

    Les tirs de projectiles ne visaient pas le Golan contrôlé par Israël

    Israël a de son côté adressé "une protestation officielle à l'UNDOF", la force de l'ONU chargée de surveiller la zone depuis 1974, "en raison de la violation inacceptable de la souveraineté" de l'Etat hébreu, a précisé le porte-parole de l'armée. 
    Le plateau du Golan en Syrie. Photo d'illustration du 27 novembre 2014.

    Le plateau du Golan en Syrie. Photo d'illustration du 27 novembre 2014.

    afp.com/JACK GUEZ

     

    Il également indiqué que les tirs de projectiles résultaient de "combats internes en Syrie", autrement dit, qu'ils ne visaient pas le secteur du Golan contrôlé par Israël.

     

    Des tirs de roquettes ou de projectiles en provenance de Syrie ont régulièrement lieu dans cette région à la suite d'affrontements entre les forces du régime de Bachar al-Assad et des groupes rebelles 

     

    Israël et la Syrie toujours en état de guerre

    Samedi, l'OSDH a fait état de violents combats entre les forces gouvernementales et des combattants rebelles dans la province de Qouneitra, près de la partie du Golan occupée par Israël. 

    Des insurgés ont attaqué des troupes loyalistes dans la ville d'al-Baas et la localité de Khan Arnabé et progressé dans ces secteurs malgré de violents bombardements du régime, a ajouté l'OSDH. 

    Israël occupe depuis 1967 quelque 1200 km2 du plateau du Golan, qu'il a annexés, une décision que n'a jamais reconnue ni l'UE, ni la communauté internationale.

     

    Environ 510 km2 restent sous contrôle syrien. Israël et la Syrie sont techniquement toujours en état de guerre. 


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    Centrafrique : le massacre de Bria entre résurgences ethniques, aveuglement démocratique français et incompétence de l’ONU

    bria_centrafrique

     

    25/06/2017 – 08H30 Bria (Breizh-info.com) – Ci-dessous la dernière analyse de Bernard Lugan (l’Afrique Réelle) à propos de la crise en Centrafrique. Abonnez-vous à l’Afrique Réelle ici.

    Lundi 19 juin, à Rome, sous le parrainage de la  communauté de Sant ’Egidio, 13 groupes rebelles centrafricains signèrent un accord prévoyant un cessez-le-feu immédiat.

    Le lendemain, à Bria, dans le centre de la RCA, l’un des groupes signataires  se livra à un vaste massacre de civils.

    L’ancienne grille de lecture de la situation centrafricaine présentée comme une confrontation globale entre Seleka et anti-Balaka, entre chrétiens et musulmans, est largement obsolète.

     

    La RCA est en effet  désormais atomisée en de multiples petits foyers de violence inclus dans un pays coupé en deux, avec une partie majoritairement chrétienne à l’ouest et une autre à domination musulmane à l’est.

    Or, les principaux foyers de désordre se situent à l’intérieur de ces deux grandes zones où les réalités ethniques séculaires ont pris le pas sur les adhésions plus ou moins récentes et plus ou moins profondes à des religions importées.

    C’est ainsi qu’à Bria, les massacres se commettent entre musulmans appartenant à des ethnies différentes.

    Si la tragédie centrafricaine est bien une résurgence de conflits inscrits dans la nuit des temps, son emballement actuel est la conséquence de plusieurs grandes erreurs commises par François Hollande en raison de son aveuglement démocratique.

    Quant à l’actuelle gestion de la crise par les forces de l’ONU, elle relève du pur scandale en raison de l’incompétence de ses acteurs.

     

    Explication.

    Mardi 20 juin, à Bria, ville diamantifère du centre-est de la RCA plus de 100 civils furent massacrés.

    Mi-mai, des affrontements s’y étaient déjà produits.

    Ils opposent des ethnies musulmanes anciennement alliées au sein de l’ex-Seleka, à savoir les Peul (Fulani) dont la milice est l’UPC (Union pour la Paix en Centrafrique), et les Runga-Gula du FPRC (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique), qui furent à l’origine de la création du Seleka.

    Ici, le FPRC a lancé l’offensive contre l’UPC, alors qu’à Bambari c’est l’UPC qui menace le FPRC.

    Au départ, le Seleka était une alliance militaire entre petites ethnies musulmanes du nord alliées aux Peul et soutenues par des miliciens soudanais.

     

    Son but était de lancer une razzia vers Bangui, renouant ainsi avec les raids que les tribus soudanaises lançaient jadis vers le fleuve afin de s’y procurer des esclaves.

    En 2014, le Seleka  éclata en plusieurs factions à base ethno-tribale. Ce sont ces dernières qui se battent aujourd’hui pour le contrôle de portions de territoire.

    La rupture entre les deux principales d’entre elles, à savoir l’UPC et le FPRC s’est produite quand Noureddine Adam, d’ethnie Runga et leader du FPRC, un temps soutenu par le Tchad, s’est maladroitement prononcé pour l’indépendance du nord de la RCA.

    De son côté, le Peul Ali Darassa, de l’UPC, refusa de se rallier au FPRC alors désireux de refaire à son profit l’union défunte et, de plus, il voulut s’assurer le contrôle de la mine d’or de  Ndassima située à 60 kilomètres au nord de Bambari.

    Depuis, ces deux mouvements ethniques sont engagés dans une lutte territoriale. L’UPC veut ainsi chasser les Runga et les Gula de la région de Bambari, cependant qu’à Bria, depuis la fin du mois de novembre 2016, Runga et Gula pourchassent les Fulani.

    Pour encore compliquer la situation, des alliances opportunistes largement contre-nature se sont parfois nouées sur le terrain entre anti-Balaka chrétiens et  miliciens RPRC, provisoirement unis contre les Peul (Fulani).

    La tragédie centrafricaine est certes la résurgence de conflits inscrits dans la nuit des temps, mais son emballement actuel est la conséquence de quatre grandes erreurs commises par François Hollande.

    La première date de fin 2012, quand il aurait été facile de « traiter » les coupeurs de route du Seleka qui ravageaient alors le nord du pays ; or, Paris les laissa prendre et piller Bangui où les Gbaya furent massacrés.

    Le Seleka s’en prit ensuite à tous les sudistes dans une folie meurtrière  qui se transforma en guerre contre les chrétiens qui s’organisèrent en milices d’auto-défense, les anti-balaka.

     

    La 2e erreur fut l’Opération Sangaris qui débuta sur le terrain au début de l’année 2014, et à laquelle François Hollande ne donna pas de mission claire, se refusant à désigner l’ « ami » et l’ « ennemi », se bornant à demander à nos soldats de jouer les « bons samaritains ».

    Ceci explique pourquoi, au lieu de détruire  les bandes du Seleka qui avaient provoqué le désastre, Paris demanda simplement à nos soldats de séparer agresseurs et agressés, bourreaux et victimes[1].

    De plus, au lieu de prendre position à Birao, position clé du nord de la RCA, afin de couper le Seleka de ses bases soudanaises, le contingent français fut encalminé à Bangui…

     

    La 3e erreur fut idéologique car, alors que la solution devait impérativement et préalablement passer par une robuste phase militaire, le Quai d’Orsay ne cessa d’affirmer que la résolution de la crise se ferait par la reconstruction de l’Etat à travers des élections.

    Cet aveuglement déboucha sur une ethno-mathématique avec l’élection le 14 février 2016  de Faustin-Archange Touadéra, un Ngbaka Manza à la présidence de la République. Donc sur une nouvelle impasse…

    La 4e erreur fut commise le 13 mai 2016, quand, satisfait d’avoir pu restaurer le processus démocratique, François Hollande annonça la fin de l’opération Sangaris, laissant l’ONU gérer ce qui était devenu un bourbier.

     

    Le contingent de l’ONU impuissant

    Résultat, aujourd’hui, sur le terrain, la situation est totalement hors contrôle car s’y déroulent des conflits multiples et entrecroisés, une véritable guerre de tous contre tous, l’ex Seleka et ses subdivisions gangstérisées occupant  le centre et le nord-est du pays, cependant que les anti Balaka et leurs multiples groupes de délinquants tiennent le sud et l’ouest du pays ainsi que Bangui d’où les musulmans ont été largement chassés.

    Dans le vide sécuritaire provoqué par le départ des forces françaises de Sangaris, le contingent de l’ONU, volapük composé de 11 nationalités dont des éléments venus de Papouasie, d’Egypte, du Cameroun, du Pakistan, de RDC, du Bengladesh, du Maroc, de Guinée Bissau etc., et dont à peine ¼ se trouvent sur le terrain, est totalement impuissant.

    En dépit de son nom ronflant, « Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unis pour la stabilisation en République centrafricaine », de son budget colossal de 800 millions de dollars par an et de ses 12000 hommes, la Minusca a failli à sa mission. Plus encore, son prestige a été plus qu’écorné par les scandales.

    C’est ainsi que les 600 hommes du contingent de la RDC ont été renvoyés pour trafics divers et abus sexuels.

     Quant aux Camerounais, ils se sont partiellement reconvertis dans la vente de bière.

    Pour leur part, les 1000 hommes venus du Bangladesh n’ont de « militaires » que l’uniforme…. Une fois de plus, les forces de l’ONU se montrent donc incapables de faire face à la situation[2].

    Comme à Bangassou, où, au mois de juin 2016, quand les anti Balaka massacrèrent 200 musulmans sous les yeux du contingent cambodgien, il fallut alors l’intervention d’un commando de forces spéciales portugaises pour mettre un terme aux tueries.

    Impuissants, les Casques bleus sont même devenus une cible. Le 8 mai 2017, un convoi de la Minusca est ainsi  tombé dans une embuscade entre Bangassou et Rafai.

    Six de ses hommes furent tués et dix blessés.

    Depuis le début de l’année, plusieurs attaques ont eu lieu le long de cette route qui relie le Soudan du Sud en longeant la frontière de la RDC, faisant au total plusieurs dizaines de morts parmi les soldats de l’ONU.

    Pour leur part, les forces armées centrafricaines (FACA) n’existent plus et les 700 hommes formés par l’UE constituent un bataillon d’opérette.

    La RCA étant au contact des foyers de guerre du Soudan du Sud, de l’Ituri et de la région de Beni en RDC, une tache grise totalement hors contrôle existe donc désormais en Afrique centrale.

     

    En raison des apparentements ethniques transfrontaliers, elle peut s’étendre à tout moment.

    Bernard Lugan
    22/06/2017

    [1] Voir mon analyse en date du 9 février 2014 intitulée « Réflexions sur les interventions françaises au Mali et en RCA.

    [2] Pour mémoire, au Rwanda, les forces de l’ONU ont laissé sans réagir, se dérouler le génocide de 1994 en raison de l’incompétence de leur chef, le général canadien Roméo Dallaire et de la lâcheté de plusieurs contingents nationaux, dont celui du Bengladesh dont les hommes, afin d’éviter de se voir engagés avaient saboté leurs véhicules.

    Voir à ce sujet mon livre « Rwanda, un génocide en questions », Le Rocher, 2014.

     

    Crédit photo : Breizh-info.com
    [cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine


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    La bases aérienne Al Oudeid

    Business avant tout : Des F-15QA pour le… Qatar ! 

     

    La nouvelle n’aura surpris que les imbéciles & les Bisounours. Pas plus d’une semaine après le tohu-bohu orchestré par l’administration Salmān & le blocus (surtout) diplomatique mis en place contre le Qatar, le ministère de la Défense de ce même…

    Qatar a annoncé, le 14 juin 2017, la signature d’un méga contrat portant l’acquisition par la QEAF de 36 Boeing F-15QA, ce pour 12 milliards de dollars (10,7 Md€).

     

    Retour sur une annonce plus qu’attendue. 

    « Ils ont bombardé et tué 125 civils à un enterrement. Ils en ont blessé 500. Ce n’était pas une erreur, il n’y avait pas d’erreur.

    C’était bien eux qui ont largué les bombes sur des civils. Ils ont mis des manifestants en prison. Ils ont un enfant de 17 ans (il a 20 ans) en prison depuis trois ans. Il sera décapité puis crucifié.

    Nous ne devrions pas donner ces armes à ces gens. Ils ont soutenu DA’ECH. Ils sont du mauvais côté de la guerre. Ils sont le plus grand pourvoyeur de haine pour le christianisme et le judaïsme.

    Ils ne méritent pas les armes. Ils vont donner vos armes qui appartiennent au peuple américain, ils vont les donner aux gens qui décapitent et crucifient les manifestants. Vous ne pouvez pas prendre une Bible en Arabie Séoudite. Vous ne pouvez pas visiter leurs grandes villes.

    On ne peut pas les faire être comme nous, mais nous n’avons pas à encourager leur comportement en leur donnant des armes qui pourraient bien tomber entre les mains de gens qui sont nos ennemis ».


    Sénateur (R) Randal Rand Howard Paul, 13 juin 2017, à propos de l’Arabie Séoudite.

     

     

    Q. Vu de Paris, vous en pensez quoi de cet épisode des relations US-qataries ?

    Jacques Borde. Si, par là, vous voulez dire : quid des intérêts commerciaux de la France. C’est plutôt une bonne nouvelle pour nous…

     

    Q. Pourquoi donc ?

    Jacques Borde. Parce que cela va, du moins espérons-le pour notre industrie aéronautique, plomber le qatari bashing qui, vu de certaines officines, intérêts non-hexagonaux et autres bavards stipendiés, prenait des signes inquiétants.

     

    Q. Lesquels ?

    Jacques Borde. La remise en cause de la vente de Rafale aux Qataris…

     

    Q. Donc vous considérez la vente de nos Rafale au Qatar, comme restant d’actualité ?

    Jacques Borde. Plus que jamais, en fait. Les Qataris sont toujours acquéreurs, que je sache. Et, nous Français, sommes toujours vendeurs. Du moins à l’espérer pour notre balance commerciale.

     

    Q. Et, ça ne pourrait pas être pris par certains comme une forme de provocation ?

    Jacques Borde. Oui. Mais dans ce cas,-là, il faudrait retourner la politesse à Washington qui a quand même décidé de mettre en branle la livraison de la commande des F-15QA .

    Or, comme le rappelle le Pr. Birol Baskan1, l’intérêt des Qataris pour le F-15QA n’est pas une lubie qui leur serait venu à l’esprit un beau matin. De fait « Le Qatar espérait augmenter sa puissance défensive, sa demande de vente des chasseurs F-15 remonte à l’année 2013. Du point de vue du Qatar son ampleur est difficile à sous-estimer : en fait, cela double sa force aérienne».

    Et, ça, les Américains le savaient mieux que quiconque, et malgré les aléas de leur containment de l’Iran, ils ont officialisé leur deal avec les Qataris. Ce qui, quelque part, correspond à une certaine logique : ne pas laisser les Séoudiens avoir la grosse tête et se croire tout permis.

    Pourquoi, dès lors, devrions-nous renoncer ?

     

    Q. Si je vous comprends bien, renoncer à ce contrat serait un erreur ?

    Jacques Borde. Oui. Colossale. Vous l’avez bien vu, le rappel à l’ordre du Qatar par ses pairs du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – ni même les piques du président américain, Donald J. Trump, à destination des Qataris – n’ont fait renoncer ni l’administration US ni l’administration qatarie à cette vente. Pourquoi devrions-nous asseoir sur la vente de nos Rafale ?

     

    Q. Parce qu’on va, sans doute, nous le demander ?

    Jacques Borde. Qui, on ?

    Sur les six membres du CCG, deux n’en feront rien. Le Qatar, bien évidemment. Et probablement Oman qui est en retrait avec ses petits camarades sur la position à adopter vis-à-vis de Doha.

    Quant aux Égyptiens, ils commencent (mais c’était à prévoir) à temporiser sur le dossier qatari.

     

    Q. De quelle manière ?

    Jacques Borde. Les restrictions contre les compagnies aériennes qataries à peine mises en œuvre, le ministre égyptien de l’Aviation civile, Chérif Fathy, a fait savoir que Le Caire levait celles portant sur l’utilisation de son espace aérien.

    Plus notable, le président égyptien, ‘Abdu l-Fattāḥ Sa‘īd Ḥusayn Khalīl as-Sīssī, a déclaré dans un entretien à la Deutschlandfunk que la crise diplomatique autour du Qatar « ne devait pas dégénérer en guerre » et que « la stabilité devait être rétablie dans la région ».

    Reste, bien évidemment, l’administration Salmān (Arabie Séoudite), et l’administration Trump. Soit deux problèmes bien différents, vous vous en doutez…

     

    Q. Dans quelle mesure ?

    Jacques Borde. Je dirai que le plus gros des deux reste les Séoudiens. Ceux-ci, outre leurs jérémiades, vont nous agiter leur carnet de chèques sous le nez. Mais, bon, comme ils ont déjà fait leur choix, à notre détriment, sur de gros contrats, ils n’ont sans doute pas autant d’options qu’ils le croient. À part le bluff, évidemment.

    Quant aux Qataris, la période est plus que propice aux commandes en gros. Des âmes charitables pourraient leur glisser à l’oreille qu’ils ont encore plus besoin d’armes françaises qu’ils le pensent…

     

    Q. Vous pensez à quoi, ne me dites pas que vous n’avez pas une petite idée ?

    Jacques Borde. En fait, deux scenarii sont possibles :

    1- placer davantage de Rafale. Et passer à 48 appareils. Budgétairement, Doha à les moyens de cette dépense ;
    2- pousser les Qataris à nous commander des chars Leclerc, le meilleur au monde actuellement.

     

    Q. En ont-ils vraiment besoin ?

    Jacques Borde. Là, le problème est multiple, mais qui ne tente rien, n’a rien :

    1- les Qataris, qui ont en parc une trentaine d’AMX-30 dépassés, ont commencé à recevoir leurs 62 Leopard 2 commandés, 16 ont déjà été livrés ;
    2- le RetEx des Leopard 2A4 de la Türk Kara Kuvvetleri2 déployés en Syrie dans le cadre de l’Opération Fırat Kalkanı3 est catastrophique. Les antichars russes 9K111 Fagot4 ou 9M113 Konkurs5 ont sur eux l’effet d’un ouvre-boîte sur une boîte de sardine ;
    3- le RetEx des Leclercémiratis déployé au Yémen est à l’opposé de celui des Leopard turcs. Au point de bluffer les équipages séoudiens à bord de leurs M1A2S Abrams.
    4- la chaîne des Leclerc est arrêtée. Seule un grosse commande justifierait qu’on la relance.

    Par ailleurs, rappelons que le Qatar devrait réceptionner ses premiers Rafaleà partir de 2018. Ce qui laisse le temps à la réflexions et à pas mal d’autres choses. Évidemment, tout ceci va être tributaire des choix de l’administration Macron.

     

    Q. De telles ambitions ne risquent-elles pas d’être mal vues de Washington ?

    Jacques Borde. En partie, probablement. Mais vis-à-vis du Qatar, le positionnement de l’administration Trump, depuis l’annonce de la vente des F-15QA, pose quand même problème.

    Comme l’a dit le Pr. Birol Baskan « …maintenant de nombreux responsables qataris disent : si le Qatar soutient les terroristes, pourquoi est-ce que les États-Unis lui fournissent des équipements militaires de pointe ? ».

     

    Q. Mais vous nous disiez que cette décision (de vente) cadrait bien avec les intérêts américains ?

    Jacques Borde. Oui, tout à fait, le complexe militaro-industriel et le Pentagone notamment. Car comme le note encore le Pr. Baskan « certaines institutions américaines ne considèrent pas le Qatar comme un sponsor du terrorisme malgré les déclarations du Président Trump et d’une série de pays du Golfe».

     

    Q. Est-il toujours de l’intérêt du Qatar de nous acheter des Rafale ?

    Jacques Borde. Plus que jamais.

    1- même en tenant compte des nouveaux F-15QA, l’Al-Qūwāt al-ğawwiyyah al-Malakiyyah as-Suʿūdiyyah (RSAF)6 aura de toute façon l’avantage numérique sur l’Al-Quwwāt al-Jawiyya al-Imārātiyya al-Qatariya (QEAF)7, dans les airs.
    2- sans le Rafale, la RSAF va également garder l’avantage qualitatif vis-à-vis de la QEAF.

     

    Q. Pourquoi donc ?

    Jacques Borde. Parce qu’en matière de suprématie aérienne, la QEAF n’aligne que 9 Mirage 2000-5 EDA (n° QA90 à QA98) et 2 Mirage 2000 DP (n° 193 et 195). Un peu léger face au parc séoudien.

     

    Q. Mais une opposition américaine à des ventes françaises est possible ?

    Jacques Borde. Tout à fait. Nos amis américains sont quand même les grands spécialistes du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

    Voyez, d’un côté, leurs cris d’orfraie à la moindre bombe syrienne faisant des victimes civiles et, de l’autre, leur manière de s’accommoder de celles à porter au crédit de leurs alliés et proxies en Irak. Sans parler de leurs propres Guernica qu’à chaque fois, ils nous glissent sous le tapis du salon, avec un « Ooops ! Guys: a collateral dammage, Sorry about that »8.

     

    Q. Et, bien évidemment, cette version officielle des dommages collatéraux, vous n’y croyez pas ?

    Jacques Borde. Non. Disons que je ne suis pas preneur.

    Comprenez bien qu’au cours des deux derniers mois, les appareils de la coalition coachée par Washington – dont tous les raids sont organisés et coordonnées par les… Américains, à partir de Al-Udeid Air Base9, au Qatar, je vous en déjà parlé à deux reprises – ont bombardé au moins par trois fois les troupes de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)10 ainsi que les milices pro-iraniennes qui vont avec. Plus, le 19 juillet 2017, un appareil de l’Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Arabiya as-Sūrī (FAAS)11, abattu par la coalition. Un Su-22 Fitter12 apparemment.

     

    Q. Et par rapport à DA’ECH et au terrorisme, nos intentions de vente au Qatar, ça n’est pas un peu gênant ?

    Jacques Borde. Non, absolument pas. Grand Dieu, à qui voulez-vous qu’on vende des Rafale ? À Amnesty International, peut-être ?

    Quant au terrorisme, ça ne change évidemment rien. Si vous tenez à chercher querelle à ceux qui font un usage douteux de leurs appareils de combat, adressez-vous plutôt à Riyad à propos de ses frappes indiscriminées au Yémen. Voire à l’Oncle Sam qui tape, à intervalles de plus en plus fréquents, sur l’AAS qui est pourtant l’armée régulière d’un pays membre à part entière des Nations-unies.

    Les Qataris tiennent à prospérer. Leur QEAF reste, par dessus-tout, un outil de puissance régionale. Au pire, si les Séoudiens ont la grosse tête, il y aura quelques accrochages aériens avec leurs F-15.

     

    Et encore. Mais il faut bien que les enfants s’amusent…

     

    Source:  http://www.voxnr.com/10882/

    Notes

    1 Enseigne à la School of Foreign Service au Qatar.
    2 Ou Forces terrestres turques.
    3 Bouclier de l’Euphrate.
    4 Code OTAN, AT-4 Spigot.
    5 Code OTAN, AT-5 Spandrel.
    6 Royal Saudi Air Force, armée de l’air séoudienne.
    7Qatar Emiri Air Force, Force aérienne de l’Émirat du Qatar.
    8 Oups ! Les gars : un dommage collatéral, désolé !
    9 Code IATA : XJD ; code ICAO : OTBH.
    10 Armée arabe syrienne.
    11 Force aérienne arabe syrienne.
    12 Grosso modo, encore une bonne quarantaine en parc…

     

    ET AUSSI

     

     

     
    Publié par Jean-Patrick Grumberg le 24 juin 2017

    L’Arabie saoudite a donné un ultimatum de 10 jours au Qatar pour implanter 13 demandes, et rentrer dans le rang des Etats arabes qui désirent prendre leurs distances avec le terrorisme.

    Lorsqu’il s’agit du Moyen-Orient, ceux qui ne comprennent rien à la complexité et à la volatilité de la situation géopolitique depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et la mise en place de sa politique internationale, adoptent généralement une attitude basique qui se réfère aux vieux clichés pour évaluer la région : « les terroristes du 11 septembre venaient d’Arabie saoudite, donc c’est l’hôpital qui se fout de la charité en accusant le Qatar de sponsoriser le terrorisme ».

    J’ai pu me rendre compte, hélas, que leur conviction relève plus de la récitation de mantras (l’islam est l’islam est l’islam) que du désir de comprendre une situation rapidement changeante, même après l’historique visite du président Trump à Doha, même après le choix du nouveau prince âgé de 31 ans Mohammed bin Salman, pour diriger l’Arabie saoudite vers un 21e siècle plus compatible avec les pays non-musulmans (Europe exceptée puisqu’elle a décidé d’être islamisée).

     

    C’est pourtant dans une globalité qui inclut la compréhension par Trump des grands dangers qui pèsent sur les Etats-Unis et ses alliés (Iran, islam radical, Corée du nord) et des dangers plus lointains (Russie,  régimes communistes) que la géopolitique doit être observée, et non par le petit bout local de la lorgnette.

     

    1.  Réduire les relations diplomatiques avec l’Iran, fermer ses missions diplomatiques en Iran. Expulser les membres de la Garde révolutionnaire et mettre fin à toute coopération militaire avec l’Iran. Seuls les échanges commerciaux qui entrent dans les limites des sanctions américaines et internationales sont permis.
    2. Rompre tous liens avec les organisations terroristes idéologiques et sectaires, particulièrement les Frères musulmans, l’Etat islamique, al-Qaïda, HTS Hayy’at Tahrir al-Sham (Assemblée de la libération du Levant) et le Hezbollah libanais [Hamas n’est pas dans la liste]. Déclarer formellement que ces entités sont des groupes terroristes.
    3. Fermer al-Jazeera et ses stations affiliées.
    4. Fermer les organes de presse que le Qatar finance, directement ou indirectement, y compris Arabi21, Rassd, Al-Araby Al-Jadeed and Middle East Eye.
    5. Mettre immédiatement fin à toute présence militaire turque au Qatar et interrompre toute coopération militaire avec la Turquie à l’intérieur du Qatar.
    6. Stopper par tous moyens le financement d’individus, groupes ou organisations qui ont été désignés comme groupes terroristes par l’Arabie saoudite, les Emirats, l’Egypte, le Bahreïn, les USA et les autres pays.
    7. Livrer les terroristes et les personnes recherchées par l’Arabie saoudite, les Emirats, l’Egypte, le Bahreïn à leurs pays d’origine, bloquer leurs avoirs, apporter toute information nécessaire sur leur lieu de résidence, leurs finances et leurs mouvements, et renoncer à en accueillir d’autres dans le futur.
    8. Cesser toute interférence dans les affaires internes d’Etats souverains. Cesser de donner la nationalité à des citoyens recherchés par l’Arabie saoudite, les Emirats, l’Egypte, le Bahreïn. Révoquer la citoyenneté qatarie des nationaux qui ont violé les lois de ces pays.
    9. Arrêter tout contact avec l’opposition politique en Arabie saoudite, Emirats, Egypte et Bahreïn. Remettre tous les dossiers détaillant les contacts et le soutien du Qatar à ces groupes d’opposition.
    10. Payer des réparations et compensations pour les vies humaines perdues et autres pertes financières causées par la politique du Qatar ces dernières années. Les montants seront déterminés en coordination avec le Qatar.
    11. Consentir à des audits mensuels pour l’année à venir et se conformer aux demandes, puis une fois par trimestre la seconde année. Et pour les 10 années suivantes, le Qatar sera surveillé annuellement.
    12. S’aligner aux autres Etats du Golfe et aux pays arabes militairement, politiquement, socialement et économiquement, ainsi que sur des aspects économiques, conformément aux accords de 2013 et 2014 avec l’Arabie saoudite.
    13. Se conformer à toutes ces demandes dans un délai de 10 jours suivants le jour où elles ont été soumises au Qatar, sinon la liste est annulée.

    Associated Press a obtenu une copie de ces demandes et a affirmé qu’il ne s’agit pas d’un hoax.

    Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

    Sources :

    https://www.theguardian.com/world/2017/jun/23/close-al-jazeera-saudi-arabia-issues-qatar-with-13-demands-to-end-blockade

    https://twitter.com/hxhassan/status/878037331244175361


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    Le dangereux plan de Washington au Moyen-Orient


    Une interview de William Engdahl – Le 17 juin 2017 –

    Source  New Eastern Outlook

    Il est clair à présent que la récente visite du président américain Trump en Arabie saoudite et en Israël cherchait à faire bouger les choses, afin de modifier fondamentalement l’équilibre actuel des pouvoirs dans tout le Moyen-Orient, à l’avantage de la géopolitique énergétique américaine.

     

    Comme dans la plupart des choses que Washington tente de faire pour consolider sa domination mondiale en déclin rapide, cette dernière initiative pour inciter le Royaume saoudien à déclencher un changement de régime au Qatar et à escalader une forme de guerre pétrolière déguisée en conflit de pouvoir sunnite-chiite semble déjà mal partie.

    Je partage avec vous une interview récente que j’ai donnée à un journal de langue arabe.

     

    Question : – Que pouvez-vous dire, au sujet du conflit entre les états du Golfe et le Qatar, qui a débuté après le sommet arabo-islamo-américain à Riyadh?

    William Engdahl : – À mon avis, c’est une profonde lutte de pouvoir entre le Qatar et l’Arabie saoudite qui a peu à voir avec les raisons déclarées concernant les Frères musulmans et l’Iran. L’action visant à isoler le Qatar a été clairement instiguée lors de la récente visite du président américain Trump à Riyad, où il a proposé l’idée malheureuse d’une « OTAN arabe » dirigée par l’Arabie saoudite, pour s’opposer à l’influence iranienne dans la région.

    L’initiative saoudienne, visiblement lancée par le prince Bin Salman, le ministre de la Défense, ne vise pas à lutter contre le terrorisme. S’il s’agissait de terrorisme, Bin Salman devait s’arrêter lui-même et la plupart de son cabinet, comme l’un des plus grands financiers du terrorisme au monde et fermer toutes les écoles coraniques financées par l’Arabie saoudite dans le monde entier, du Pakistan à la Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. Un autre facteur, selon des sources bien informées en Hollande, est que Washington voulait punir le Qatar pour avoir accepté de vendre son gaz naturel à la Chine non pas en dollars américains, mais en renminbis. Cela a apparemment alarmé Washington, car le Qatar est le plus grand exportateur mondial de gaz liquéfié, dont la plus grande partie part vers l’Asie.

    De plus, le Qatar agissait de plus en plus indépendamment de l’Arabie saoudite et menaçait la domination saoudienne sur les États du Golfe. Le Koweït, Oman, ainsi que la Turquie se rapprochent du Qatar, et même le Pakistan y réfléchit à deux fois avant d’adhérer à une « OTAN arabe » dirigée par l’Arabie saoudite. Bin Salman s’avère être un désastre en tant que stratège militaire, comme l’a démontré la débâcle du Yémen.

    En ce qui concerne l’avenir, il semble que le Qatar ne soit pas sur le point de changer d’avis et de se soumettre aux actions saoudiennes. Déjà, le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani évolue pour établir des liens plus étroits avec l’Iran, avec la Turquie, ce qui pourrait inclure un soutien militaire turc, et plus récemment avec la Russie. Le Koweït et Oman essaient en urgence de faire changer d’avis les Saoudiens, mais il est peu probable qu’ils y arrivent, car derrière l’Arabie saoudite se tiennent les États-Unis et leur promesse de vente de dizaines de milliards de dollars d’armes américaines. Ce mouvement insensé par les États-Unis d’utiliser leur proxy, dans ce cas Riyad, pour discipliner ceux qui ne se « comportent » pas selon les vœux de Washington, pourrait bien être le tournant, le point de l’effondrement, de l’influence restante des États-Unis dans tout le Moyen-Orient, au cours des prochaines années.

     

    – Le terrorisme menace le monde. Quelle est votre opinion, selon ce que vous avez écrit dans votre livre A Century of War : Anglo-American Oil Politics et d’autres écrits sur Daesh (EI), sur l’histoire réelle des récents « conflits de civilisation » entre l’Orient et l’Occident et entre l’Occident et l’Islam?

    – Nous devons garder à l’esprit que toutes les organisations terroristes sérieuses sont parrainées par un État. Toutes.

    Que ce soit Daesh, al-Nusra, les Moudjahidines en Afghanistan ou le groupe Maute aux Philippines. La question pertinente est de savoir quels sont ces États qui parrainent les terroristes.

    Aujourd’hui, l’OTAN est la plus grande complice de parrainage du terrorisme, en l’utilisant comme une arme pour réaliser ses objectifs géopolitiques. Et au sein de l’OTAN, les États-Unis sont le sponsor numéro un, en utilisant souvent de l’argent saoudien et jusqu’à récemment, ironiquement, des fonds Qatari.

    Mon nouveau livre, The Lost Hegemon : Whom the Gods Would Destroy [L’hégémonie perdue: Qui les dieux pourraient détruire], donne une vision beaucoup plus détaillée de l’utilisation faite, à la fois par les renseignements britanniques, par le Troisième Reich sous Himmler et, depuis les années 1950, par la CIA, des Frères musulmans et leurs futurs « rejetons », y compris les Moudjahidines afghans d’Oussama ben Laden, qui ont fait partie de l’Opération Cyclone, menée par la CIA pour vaincre les Soviétiques en Afghanistan au cours des années 1980.

    Les Moudjahidines de la CIA, formés par l’ISI pakistanais et recrutés pour la CIA par Oussama ben Laden sous la supervision du Prince Turki al-Faisal, le célèbre chef des renseignements saoudiens, ont ensuite été amenés par des avions de la CIA, après que les Soviétiques avaient quitté l’Afghanistan en 1989, dans les anciennes républiques d’Union soviétique pour y semer le trouble. Dont l’Azerbaïdjan, où la CIA les a utilisé pour renverser le gouvernement en faveur du dictateur Aliyev, qui était plus enclin à donner les droits d’exploitation du pétrole à BP et à des entreprises américaines, et à abandonner l’utilisation de l’oléoduc, datant de l’ère soviétique, qui traverse la Tchétchénie russe.

    Ensuite, la CIA a emmené les terroristes Moudjahidines vétérans afghans qu’elle avait formés – y compris Oussama ben Laden – en Tchétchénie, pour déstabiliser l’oléoduc russe partant de Bakou et traversant la Russie. Cela, pour ouvrir la voie à l’oléoduc anglo-américain Baku-Tbilisi-Ceyhan. Pour contrôler le pétrole.

    Dans mon livre, The Lost Hegemon, je signale l’évolution de ces terroristes mercenaires de la CIA qui se cachent derrière une façade de « dévots fondamentalistes musulmans ».

    La CIA et le Pentagone les ont emmenés en Irak après 2003, où les opérations militaires américaines du général David Petraeus ont effectivement créé al-Qaïda en Irak. Ensuite, les États-Unis ont lancé le printemps arabe en 2011, pour forcer un changement de régime dans tout le monde musulman, dans le but de contrôler militairement toutes les ressources pétrolières et gazières, un long rêve de la CIA et de ce que certains appellent « l’État profond »états-unien.

    Puisque le printemps arabe de Washington n’est pas parvenu à faire tomber Kadhafi par des manifestations pacifiques comme en Tunisie ou en Égypte, Washington a opté pour une solution militaire, en utilisant la France et les bombes de l’OTAN comme acteur principal. Cependant, quand ils ont essayé la même chose en Syrie contre Bachar al-Assad, qui s’opposait à l’ordre du jour de Washington, ils ne pouvaient plus le faire, principalement à cause des vétos chinois et russe au Conseil de sécurité de l’ONU.

    Après septembre 2015, lorsque la Russie a répondu à l’appel d’Assad pour l’aider à vaincre les terroristes étrangers et que la Russie a brillamment et rapidement répondu, il a été montré à tout le monde que Washington avait menti en disant tenter de vaincre Daesh ou l’État dit islamique.

    La vraie histoire de la montée du soi-disant terrorisme islamique est la tentative de plus en plus désespérée, de l’État profond anglo-américain, de contrôler la montée en puissance de l’Eurasie, en particulier de la Chine, en combinaison maintenant avec la Russie, et de plus en plus avec les républiques d’Iran et celles d’Asie centrale, tout comme celles d’Asie du Sud. Si nous ne comprenons pas cela, les événements récents du Moyen-Orient n’ont plus de sens.

    Les stratèges de Washington croient encore que s’ils obtiennent le contrôle du bassin pétrolier et gazier moyen-oriental, ils peuvent, comme l’a déclaré Henry Kissinger dans les années 1970, « contrôler le pétrole et donc contrôler toutes les nations », en particulier la Chine et la Russie et aussi l’Allemagne et l’Europe. Leur stratégie a échoué mais Washington et le Pentagone refusent de voir les raisons de leurs échecs répétées.

    La réalité cachée du pouvoir mondial américain est que le «géant» américain est une superpuissance en faillite, tout comme la Grande-Bretagne après sa Grande Dépression de 1873, qui dura jusqu’en 1914. La Grande-Bretagne a déclenché une guerre mondiale en 1914, pour tenter désespérément de conserver son pouvoir mondial. Cela a échoué, pour les raisons que j’expose dans mon livre Century of War.

    Aujourd’hui, pour les mêmes raisons, en donnant au pouvoir des conglomérats financiers américains la priorité sur les intérêts de l’économie industrielle nationale, la dette américaine, qu’elle soit nationale, privée, ou celles des entreprises, est hors de contrôle. Reagan et Cheney se sont trompés. La dette est importante.

    Huit ans après la plus grande crise financière de l’histoire, à savoir la crise immobilière américaine de 2008, la Banque centrale états-unienne est incapable d’augmenter ses taux d’intérêt au delà des 1% sans risquer une nouvelle crise financière.

    Rien que cela donne une idée du degré de la crise du système dollar. Les économistes privés estiment que le véritable chômage américain aujourd’hui représente près de 23% de la main-d’œuvre, et non les 4 à 5% mythiques cités par le gouvernement américain.

     

    – Comment commenteriez-vous la position des États-Unis, concernant les conflits arabo-arabes et islamo-islamiques?

    – Washington veut des conflits afin de diviser pour mieux régner. Comme l’a dit Dick Cheney dans un discours à Londres, en septembre 1999, au London Institute of Petroleum, lorsque Cheney était président de la plus grande société de services pétroliers au monde, Halliburton, les pays riches en pétrole du Moyen-Orient sont « là où le prix est finalement décidé ».

    La politique a été de briser le contrôle des monarchies nationales arabes et la menace de la richesse croissante des fonds souverains arabes fondés sur le pétrole, qui menaçaient de s’éloigner du dollar.

    Par exemple, en 2010, sous l’initiative du libyen Kadhafi, le tunisien Ben Ali, l’égyptien Moubarak et la Libye avaient l’intention d’émettre un Dinar d’or arabe et d’exiger le paiement de leurs exportations de pétrole en dinar d’or et non en dollars américains, tout cela formant l’embryon d’une banque pan-arabe.

    Cela aurait marqué la fin du dollar, le pilier clé de l’hégémonie américaine. Les courriels publiés de la secrétaire d’État, Hillary Clinton, à son conseiller privé sur la Libye, Sid Blumenthal, confirment ce point comme étant la raison de l’urgence de Washington pour destituer ces trois là – Ben Ali, Moubarak et Kadhafi – au cours des soi-disant « printemps arabes ».

     

    – À votre avis, quelle est le nouvel ordre mondial, après les récentes attaques d’EI contre Londres et l’Iran?

    – Je n’appellerai pas cela un nouvel ordre mondial après les récentes attaques de Londres et de Téhéran. Nous sommes plutôt au milieu de la désintégration de l’ancien ordre mondial, un ordre dominé depuis deux cent ans, depuis la victoire britannique à Waterloo, d’abord par un empire britannique et, après 1945, par un empire anglo-américain fondé sur le soft power, le contrôle de l’OTAN, le contrôle du FMI et de la Banque mondiale et un pouvoir militaire suprême, ou presque.

    Cet ordre est aujourd’hui en faillite. La chute du pouvoir américain, à mon avis, a débuté en août 1971, lorsque le président Nixon a détruit les accords de Bretton Woods et a clos la période où la Réserve fédérale s’appuyait sur l’or. Depuis lors, le pouvoir monétaire de Wall Street a transformé, par un coup d’État silencieux, les États-Unis de ma jeunesse, dans les années 1950 et 1960, d’une république démocratique plus ou moins fonctionnelle, en une oligarchie où l’argent contrôle tout, des présidents, comme Obama ou Trump, jusqu’aux membres du Congrès qui font les lois.

    C’est un état de choses très dangereux pour les américains et pour le monde entier.

    Nous ne saurons peut être jamais qui était derrière les attaques de Londres ou de Téhéran, mais un fort soupçon pointe vers Washington, ou le Mossad ou leur proxy saoudien, dans le cas de Téhéran.

    Le recours au terrorisme pour faire avancer les intérêts nationaux, de n’importe quelle nation, n’est pas un signe de force fondamentale mais plutôt de faiblesse pathétique.

    Aujourd’hui, notre monde est au milieu d’un profond changement de paradigme, un changement géopolitique vraiment tectonique, d’éloignement d’un système où une nation dirige le monde entier, la version américaine de la mondialisation et du Nouvel ordre mondial comme l’appelait fièrement David Rockefeller.

    Ce système pourrait bien être mort avec lui et son conseiller de longue date Brzezinski.

    Maintenant, les nations d’Eurasie construisent un nouveau monde, avec des investissements énormes dans la croissance économique, dans les infrastructures, les liaisons ferroviaires à grande vitesse, des nouveaux ports en eau profonde, tous reliant les peuples de toute l’Eurasie, de Pékin à Moscou à Brême ou à Rotterdam, à Téhéran, peut-être à Istanbul et au-delà.

    Pendant plus de deux décennies, tout ce que les États-Unis ont offert au monde était une politique étrangère guerrière et destructrice contre toute menace à son pouvoir, à son hégémonie défaillante.

    Maintenant, le monde a la chance, pour la première fois depuis plusieurs siècles, de construire et de développer une civilisation de manière vraiment positive. Le monde futur dépendra du choix que nous ferrons aujourd’hui.

    William Engdahl

    Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

     

     


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    Syrie Coalition

    Syrie: les frappes de la coalition contre les forces gouvernementales ne sont pas accidentelles

     

    Gabriella Lima ♦

    Le 18 mai, l’aviation de la coalition internationale dirigée par les États Unis a frappé un convoi des forces pro-gouvernementales.

    L’incident s’est passé dans la région d’At Tanf près de la frontière irakienne.

    Selon le porte parole du Commandement central américain Josh Jacques, pour l’instant, le Pentagone n’a pas de renseignements sur le nombre des victimes.

    Il est à noter que ce n’était pas pour la première fois que les États Unis ont mené des frappes contre les forces gouvernementales en Syrie.

    L’administration d’Obama étant au pouvoir, des frappes aériennes américaines près de Deir ez-Zor avaient permis aux terroristes d’attaquer des positions syriennes.

    Washington l’a qualifié d’une erreur causée par le « facteur humain».

    Puis cet avril, les forces aériennes américaines ont bombardé la base syrienne d’Al-Shayrat sous prétexte de la soit disante attaque chimique dans la ville de Khan Cheikhoun.

     

    Mais cette fois là, quelle est la cause réelle des actions violentes menées par la coalition internationale?

    D’après certains experts syriens, les frappes de l’aviation étasunienne avaient plutôt pour but d’empêcher l’armée syrienne d’avancer vers Deir ez-Zor.

    En effet, le commandement de l’armée syrienne se prépare à lancer une grande opération militaire pour libérer la ville.

    Pour Damas, cela signifie de reprendre les plus grands champs pétrolifères. Cela permettra d’améliorer considérablement la situation économique dans le pays.

    Certes, cette province syrienne est un « morceau de choix» pour la coalition.

    L’Occident cherche à plonger le pays dans un état de chaos pour accaparer les plateformes de pétrole.

    En outre, la coalition a mené des frappes dans les circonstances des négociations inter syrienne qui se poursuivaient à Genève.

    Il est probable que cette démonstration de force vise également à freiner des négociations délicates.

    Il est évident que les frappes régulières menées par la coalition contre des miliciens pro-régime syrien indiquent que Washington n’a pas l’intention d’abandonner sa politique du double standard concernant le règlement de la crise syrienne.

    Il est à rappeler à quel point les États-Unis voulaient créer des « zones de désescalade». Néanmoins, leurs actions disent le contraire.

     

    C’est cynique de mener les frappes aériennes contre des miliciens pro-régime syrien qui se battent contre les terroristes d’État islamique.

    Mais ce n’est pas du tout surprenant.

     

    https://metamag.fr/2017/06/26/syrie

     

    ET AUSSI

     

    Source : Blog le Figaro, Georges Malbrunot, 11-01-2017

    « On a eu tort de personnaliser le débat en Syrie autour de Bachar el-Assad », a confié en public un haut-dirigeant du ministère des Affaires étrangères.

    « Il faut reconnaître que Assad dispose encore de soutien populaire, peut-être aux alentours de 30% des Syriens, les minorités en particulier », a récemment ajouté le diplomate.

    Ces propos contrastent avec les éléments de langage abondamment relayés en haut-lieu à Paris sur le conflit syrien depuis six ans, qu’il s’agisse du « départ prochain du dictateur » ou « de la révolte d’un peuple contre Assad ».

    Autant de prévisions qui ne se sont pas réalisées, regrettent tous les opposants syriens.

    En privé, de plus en plus de diplomates font observer que le diagnostic posé sur la crise syrienne dès ses débuts était loin d’être partagé par tous les fonctionnaires ayant une connaissance du dossier syrien.

    Mais “nous n’avions pas voix au chapître”, se souvient l’un d’entre-eux.

     

    Rien d’étonnant donc qu’aujourd’hui, les “réalistes” commencent à sortir du bois. Nul ne remet en question l’objectif de trouver une alternative à Bachar el-Assad.

    Ils critiquaient seulement l’absence de “plan B” de notre diplomatie qui avait tout misé sur le renversement d’Assad.

    Source : Blog le Figaro, Georges Malbrunot, 11-01-2017


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    Le Qatar est tombé dans le fossé chiite-sunnite

    « L’axe du mal » État Islamique-Iran décrit par Donald Trump est trop simple : l’Iran chiite et l’Etat Islamique sunnite, pour qui « les chiites sont des singes » ne peuvent être dans le même camp.

    Par Yves Montenay.

    L’Arabie, l’Égypte et les émirats ont rompu avec le Qatar, accusé de soutenir le terrorisme.

    Ce blocus intervient quinze jours après le voyage de Donald Trump en Arabie, où il mettait l’Iran et l’État Islamique dans le même sac, celui de « l’axe du mal ».

    Voici les principales mesures prises :

    – rupture immédiate des relations diplomatiques
    – suspension des liaisons aériennes et maritimes
    – fermeture de la frontière terrestre de l’Arabie saoudite avec le Qatar,
    – interdiction aux ressortissants des trois pays de se rendre au Qatar.
    –  expulsion dans le 14 jours des Qataris, visiteurs ou résidents permanents dans les trois pays,
    –  exclusion du Qatar de la coalition militaire arabe qui combat les chiites pro-iraniens au Yémen.

     

    Pourquoi le Qatar est-il accusé de soutien au terrorisme ?

    Cette accusation vise la présence au Qatar des Frères musulmans, de l’EI et d’Al-Qaïda, les groupes terroristes soutenus par l’Iran chiite dans la province de Qati, où se concentrent la minorité chiite du royaume saoudien et ses puits de pétrole.

    Elle vise aussi le soutien à la majorité chiite de Bahreïn, en lutte contre le pouvoir sunnite. Elle vise enfin la chaîne qatarienne (terme qui remplace dans les médias l’adjectif « qatari » calqué sur l’arabe), Al-Jézira, qui a soutenu les Frères musulmans pendant les printemps arabes, après avoir exaspéré beaucoup de gouvernements.

    Le prédicateur égyptien Youssef Al Qaradaoui est particulièrement visé.

    Il a notamment tenté de déstabiliser l’Algérie, et appelé sur la chaîne Al Jézira à l’assassinat de Khadafi.

    Il a été condamné à mort par son propre pays en 2013, et est interdit de séjour au Royaume-Uni, aux États-Unis et en France.

     

    Bien entendu, le Qatar dénonce « des accusations non fondées ».

    En fait, sa géographie le lie à l’Iran avec lequel il partage un des plus gros gisements de gaz du monde. Bien que sunnite, il est donc suspecté d’œuvrer aussi pour le terrorisme chiite.

    Mais « l’axe du mal » État Islamique-Iran décrit par Donald Trump est trop simple : l’Iran chiite et l’EI sunnite, pour qui « les chiites sont des singes » ne peuvent être dans le même camp.

    Voyez ce qui se passe en Syrie.

    Le fossé chiites/sunnites prime

    En Syrie, la course au territoire entre chiites et sunnites s’accélère avec le recul de l’État islamique. Les forces arabo-kurdes soutenues par les Américains sont en train de prendre Raqqa par le nord, tandis que les forces russo-irano-bachariennes y arrivent par l’ouest.

    Plus au Sud, ces forces se précipitent pour contrôler le désert du sud-est et la frontière avec l’Irak, pour assurer une continuité territoriale chiite jusqu’à Bagdad et donc Téhéran.

    Deux attaques menées par des terroristes locaux, probablement kurdes et patchounes sunnites ayant prêté allégeance à l’EI, ont fait 13 morts à Téhéran, au Parlement et au mausolée du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeyni.

    L’EI avait préalablement diffusé fin mars un message appelant à l’insurrection la minorité sunnite du pays (environ 15 % de la population) contre l’État iranien. Rappelons que les autorités iraniennes considèrent l’EI comme une création des Séoud sunnites et des Américains.

    Justement, l’Arabie est actuellement très active.

    L’Arabie et son nouveau prince héritier musclé

    La montée de l’actuel vice-prince héritier Mohammed bin Salman, fils de 31 ans du roi Salman, que nous avons signalée récemment s’est encore accentuée. Il va remplacer l’actuel prince héritier qui n’est qu’un neveu.

    Mohammed bin Salman devient également vice-président du conseil des ministres tout en conservant ses portefeuilles actuels, dont celui de la Défense.

    Il était déjà notamment chargé de la guerre contre les milices chiites houthis au Yémen, de la politique énergétique du pays et des projets du royaume pour l’après-pétrole. 

    Il est également directeur du cabinet royal et président du conseil des affaires économiques et de développement.

    Il aurait acquis une certaine popularité en libéralisant un peu la société séoudienne, en diminuant le rôle de la police religieuse et en tolérant des spectacles bien innocents, mais jusqu’à présent impensables pour le clergé wahhabite.

    Est-ce pour compenser les mesures d’austérité dues à la baisse des prix du pétrole ? Ou pour faire oublier les grandes difficultés de l’armée séoudienne au Yémen ?

    Vous avez remarqué un absent, la Turquie, pourtant censé être le grand pays de la région mais dont nous avons récemment décrit les embarras. Elle a choisi d’aider le Qatar.

    Sur le web

    Yves Montenay

    yvesmontenay.fr

     

    Polyglotte, Yves Montenay est doté d'une riche carrière internationale nord-sud de cadre, conseil et chef d'entreprise. Démographe de formation, passionné d’histoire, d’économie et de géopolitique il est actuellement écrivain, consultant et enseignant.

    Auteur de plusieurs ouvrages de démystification sur les relations nord-sud, notamment le Mythe du fossé Nord Sud, ainsi que Nos voisins musulmans, il publie également Les Echos du monde musulman, une revue hebdomadaire de la presse orientale et parfois occidentale sur le monde musulman, avec une priorité donnée à l'humanisation des récits.

    Il tient le site yvesmontenay.fr et un compte Twitter « @ymontenay ».


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    L’élimination d’Abou Bakr Al Baghdadi par un raid russe sur Raqqa, Nord de la Syrie, le 25 Mai 2017, si elle était confirmée, signerait l’éradication complète du cercle de Tall ‘Affar, le noyau turkmène fondateur de l’État Islamique.

    Pivot de Daech, ultime survivant du Cercle de Tall’Affar et du camp de Bucca, sud de l’Irak, la disparition du Calife Ibrahim revêtirait certes une lourde signification par sa portée symbolique.

    Mais ce désastre ne saurait remettre en cause le projet de restauration du Califat islamique, en dépit des défaites majeures subies par l’organisation djihadiste, ni de ses lourdes pertes en vies humaines, en dépit de sa politique suicidaire menée à l’encontre des minorités sous son emprise, les Chrétiens et les Yazédis qu’il s’est aliéné par les persécutions qu’il leur a fait subir, plutôt que de les amadouer.

    La chute probable de Mossoul, selon toute vraisemblance, va relancer les tensions inter communautaires, exacerbées par une hyper fragmentation de la société irakienne du fait de quinze ans de guerres intestines.

    Elle pourrait inciter Daech à compenser la perte territoriale de son califat en terre arabe par un plus fort ciblage européen.

    Une «branche européenne» de Daech aurait d’ailleurs été créée à cet effet, constituée de près de 5.000 volontaires auparavant engagés dans les combats en Syrie et en Irak.

     

    1 – LE CERCLE DE TALL’AFFAR

    Le cercle de Tall’Afar, noyau dur de Daech, était dirigé par Abou Ali Al Anbari, de son vrai nom Ala’ Qodrache, Turkmène originaire de Tell’Afar.

     

    Le «cercle de Tall’Afar» tire son nom de la ville du Nord-Ouest de l’Irak, qui abritait durant l’embargo international contre l’Irak (1990-2003), un des sites d’où étaient déployés les batteries de la défense anti aérienne pour la neutralisation des avions des forces de coalition de l’Opération «Northern Watch 1», chargée de faire respecter les zones d’exclusion aérienne faisant suite à l’embargo décidé par l’ONU.

    Située à 45 km à l’Ouest de Mossoul, dans la province de Ninive et à 60 km de la frontière syrienne, elle est peuplée d’environ 170.000 habitants, arabes sunnites, kurdes, turkmènes et chiites. L’édifice était chapeauté par les Turkmènes du «Cercle de Tell’Afar», sous la direction d’Abou Ali Al Anbari, qui en verrouillait les principales articulations.

    Les cadres irakiens ont joué un rôle déterminant dans la définition de cette idéologie, résultant d’un double impératif: Disposer d’un gisement humain sunnite apte au combat tout en maintenant la cohésion d’un groupe hétéroclite traversé par des courants contradictoires.

    A – Les principaux membres du cercle

    SAMIR Al KHALFAOUI (Hajji Bakr), de même que ses camarades du parti Baas, étaient des laïcs, mais ont souhaité tirer leur légitimité de Dieu. «La domination des peuples doit être exercée par une élite ultra-minoritaire, car son objectif est de servir les intérêts supérieurs… «Pour ce faire, elle doit tirer sa légitimité de Dieu ou de la grandeur de l’Histoire». Dixit cet ancien cadre supérieur baasiste.

    Partant du principe que les croyances religieuses extrémistes ne suffisaient pas à elles seules à forger la victoire, la synthèse doctrinale a visé à concilier les tendances contradictoires du groupement, débouchant sur la formulation de la théorie de l’«État Islamique».

    L’empressement à proclamer le Califat répondait au souci de couper la voie à tout retour en arrière. Durant leur incarcération, pendant trois ans (2005-2008), les conciliabules se sont déroulées d’une manière intensive entre prisonniers irakiens des camps américains et ont visé à faire connaissance d’abord, à se jauger ensuite, à se faire confiance et à réduire leurs divergences, enfin.
    Parmi les participants à ce cénacle carcéral insolite figuraient deux généraux, huit colonels, deux commandants, ainsi que Cheikh Ibrahim Awad Al Badri, le futur calife.

    Deux généraux Adnane Al Bibaloui et Ibrahim Al Habbani. Huit Colonels (Samir Ben Hamad Al Khalfaoui, Adnane Najm, Fahd Al Afari, Assi Al Obeidi, Fadel Al Ayssawi, Mohannad Al Latif Al Soueidy, Nabil Al Mouayin). Deux commandants (Mayssara Al Joubouri et Adnane Al Hayali) ainsi que Cheikh Ibrahim Awad Al Badr.

    Au terme de trois ans de conciliabules, les participants sont convenus de se retrouver à leur sortie de prison pour la poursuite de leur action d’une manière concertée.

     

    2 – LE CAMP DE BUCCA

    Le camp de Bucca, sud de l’Irak, était un centre de détention aménagé par les Américains pour y incarcérer leurs adversaires et ennemis durant leur occupation de l’Irak. Il comprenait 24 baraquements, chaque baraquement contenait 1.000 prisonniers, soit au total 24.000 prisonniers.

    Dix sept des vingt cinq dirigeants de Da’ech, en charge des opérations en Irak et en Syrie, ont séjourné à la prison de Bucca entre 2004 et 2011. Ibrahim Awad Al Badri, alias Abou Bakr Al Baghdadi, a été détenu de 2006 à 2008.

    Situé près du port d’Oum Qasr, dans le sud de l’Irak, le camp de Bucca avait été aménagé par les américains lors de la 1 ère Guerre d’Irak (1990-1991). Il sera employé également comme camp de prisonniers dès 2003 par les forces britanniques en Irak.

    Après le scandale de la prison d’Abou Ghraib, en 2004, les conditions de détention se sont améliorées. Abandonnée en 2009, elle devrait être transformée en pôle de développement économique avec l’implantation d’hôtels, et de dépôts logistiques pour l’industrie pétrolière.

    Samir Al Khalfaoui, alias Hajji Bakr, prisonnier de 2006 à 2008 au camp de Bucca, puis transféré à la prison d’Abou Ghraib, a été tué à Tall Rifaat à Alep en Janvier 2014. Il a transposé au djihad son expérience acquise sous le régime de Saddam Hussein, clonant l’EI sur le modèle de l’appareil sécuritaire baasiste, hérité de la STASI, la police allemande de l’ex RDA.

    Les documents manuscrits découverts au domicile de Samir Al Khalfaoui, à son décès, révèlent que dans sa conception, l’EI n’était pas un groupement religieux mais sécuritaire. Nationaliste, selon le qualificatif du journaliste irakien Hachem Al Hachem, Samir AL Khalfaoui était un ancien officier de la base aérienne irakienne de Habbaniyah, expert en logistique.

    Le général Adnane Biblaoui est l’initiateur du plan de conquête de Mossoul. Tué lors de l’assaut, la conquête de Mossoul lui a été dédiée et la bataille porte son nom, en sa mémoire.

    La biographie des principaux dirigeants de l’état Islamique (Abou Mouss’ab Al Zarkaoui, Abou Omar Al Baghdadi, Abou Bakr Al Baghdadi, Adnane Biblaoui, Hajji Bakr.) Sur ce lien: http://www.madaniya.info/2014/09/15/daech-des-hijras-illusoires-aux

    Propos d’un dirigeant de Da’ech: «Nous étions convenus de nous retrouver à notre sortie de prison. Notre mode de liaison était simple. Nos CV étaient inscrits sur l’élastique retenant nos sous-vêtements. Tout y figurait, le numéro du portable, le lieu d’habitation. Tout le monde est revenu de détention en 2009. Nous avons repris alors nos conciliabules». Fin de citation (Cf. «Les conditions d’allégeance et de gouvernance». Centre d’Études des mouvements islamiques (Al Harakate Al Islamiyah lil Dirassate).

    Les Arabes avaient la haute main sur l’Information, notamment les syrien tel Taha Sobhi Falaha (Abou Mohamad Al Adanani), en sa qualité de porte-parole de l’EI. Malgré la fusion opérée entre arabes et étrangers, l’élément irakien est demeuré toutefois prédominant dans les postes les plus élevés et les plus sensibles.

    Ibrahim Al Badri, alias Abou Bakr Al Baghdadi, a réussi à moderniser son groupement en s’appuyant, sur le plan militaire, sur le bloc des anciens officiers de l’armée irakienne, notamment Samir Al Khalfaoui et Abdel Rahman Al-Biblaoui. La branche militaire est ainsi devenue une forte armée régulière cohérente et professionnelle.

    Le chef de l’EI a réussi en outre à tirer profit des expertises des Arabes et des étrangers, notamment les personnes originaires du Golfe à l’exemple des saoudiens Omar Al Qahtani et Osmane Nasser Al Assiry, du bahreini Turki ben Moubarak, alias Turki Al Benghali et le tchétchène Abou Omar Al Shishani ainsi qu’Abou Hammam Al Atrabi.

    En dépit de cette infrastructure et de l’organigramme dont il s’est doté, le groupement n’a cessé de se comporter en organisation de type milicienne où règnent le désordre et le clientélisme.

    L’EI est subdivisé en 18 circonscriptions administratives réparties entre la Syrie et l’Irak, mais l’aménagement du territoire n’a pas pour autant mis un terme aux dysfonctionnements tant les provinces de même que les administrations souffraient de désorganisation.

    Le chef de Da’ech réussira néanmoins à compenser ces insuffisances en confiant les postes clés à des hommes de confiance qui réussiront à maintenir la cohérence du groupe, en l’occurrence le bloc des anciens officiers de l’armée irakienne, qui seront placés à tous les niveaux de responsabilité, dans tous les domaines (sécurité, militaire, organisation, élaboration de nouvelles méthodes de combat et la planification des nouveaux raids).

     

     

    3- IBRAHIM AWAD AL BAKRI: ABOU BAKR AL BAGHDADI, UNE USURPATION D’IDENTITÉ

    L’identité d’emprunt qu’il s’est attribué en s’autoproclamant Calife (en arabe le successeur) emporte usurpation de légitimité: Abou Bakr Al Baghdadi Al Husseini Al Qoraychi se décline ainsi :

    Abou Bakr est le prénom du premier Calife en 632.Le plus fidèle compagnon de Mohamed repose aux côtés de la tombe du prophète à Médine. Baghdadi, celui qui est originaire de Bagdad, évoque la lignée des califes Abbassides (descendants d’Abbas, l’oncle de Mohamed). Husseini, évoque le martyre du petit fils du Prophète, tombé en 680 à Karbala en Irak, adulé des chiites.

    Sur le plan rituel, le nouveau calife Ibrahim, de son nom de guerre Abou Bakr Al Baghdadi, cumule pouvoir politique et spirituel avec autorité sur l‘ensemble des musulmans de la planète. Une posture qui le hisse au rang de supérieur hiérarchique du Roi d’Arabie, le gardien des lieux saints de l’Islam La Mecque et Médine, d’Ayman Al Zawahiri, le successeur d’Oussama Ben Laden à la tête d’Al Qaida, du président de la confédération mondiale des oulémas sunnites, Youssef Al Qaradawi, le télé prédicateur de l’Otan. Ah la belle audience califale en perspective.

    Né en 1971, dans la ville de Samarra, il rejoint à 32 ans l’insurrection en Irak peu après l’invasion américaine de l’Irak, en 2003. Capturé, détenu et torturé dans la plus grande prison américaine en Irak, le Camp Buca pendant cinq ans, sud de l’Irak, il sera annoncé comme mort, en octobre 2005, par les forces américaines. Mais, à la surprise générale, Abou Bakr al-Baghdadi, réapparaîtra, en mai 2010, à la tête de l’État islamique en Irak (EII). Depuis 2011, Il est classé comme «terroriste» par les États Unis.

     

     

    4 – LA GALAXIE DAE’CH (ISIS EIIL)

    Présent en Syrie et en Irak, le groupe islamiste ultra-radical «l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL ou ISIS en anglais), dont l’acronyme en arabe est Daech, a été fondé en 2013 sur les bases de l’État islamique en Irak (EII), à la faveur des combats de Syrie et des dérives Djihadistes.

    La galaxie avait été mise sur orbite, en 2006, avec la fusion de plusieurs groupes djihadistes irakiens et de tribus sunnites, sous la houlette du Prince Bandar Ben Sultan, ancien chef des services de renseignements saoudiens et d’Izzat Ibrahim ad Doury, ancien vice-président du Conseil de la révolution irakienne et successeur de Saddam Hussein à la tête du parti Baas, depuis son entrée en clandestinité.

    Au-delà des baasistes, Izzat ad Douzy, chef de l’Armée de la voie de Nakchabandi, une confrérie soufie qu’avaient embrassée, selon ses adeptes, les compagnons du Prophète ainsi que le premier calife. L’appellation est toutefois trompeuse, car si les soufis sont théoriquement pacifiques, les Nakchabandi d’Irak ont fourni de redoutables officiers de renseignements, civils et militaires, sous le règne de Saddam Hussein. Après la chute de ce dernier, ils ont régulièrement mené des opérations conjointes avec Al-Qaida.

    Selon les estimations des experts, l’EIIL comptait entre 5000 à 6000 combattants en Irak et 6000 à 7000 en Syrie. Sa zone d’influence s’étendait du nord de la Syrie, notamment depuis son quartier général à Raqqa, jusqu’au centre de l’Irak.

     

     

    5- LA STRATÉGIE DE L’ISIS

    L’EIIL cherche surtout à fonder un État Islamique au Proche-Orient fondé sur la Chariah (législation islamique) et effacer ainsi les frontières issues du colonialisme franco- britannique, les accords Sykes Picot. Le déploiement de l’ISIS révèle toutefois que son zone d’influence coïncide avec les gisements de pétrole syriens et irakiens.

    En avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi, alors chef de l’État islamique en Irak, a annoncé la fusion de son groupe avec le Front al-Nosra, une branche d’Al-Qaïda active en Syrie, pour créer l’EIIL. Le Front al-Nosra a toutefois refusé cette alliance et, en février 2014, le chef d’Al-Qaïda, Aymane Al-Zawahiri, officialisera sa rupture avec l’EIIL en lui demandant de quitter la Syrie. Les deux groupes opèrent des lors de façon séparée, se faisant même la guerre en Syrie.

    Le groupe djihadiste se finance via trois sources principales, le pétrole, les prises d’otages, un commerce plus lucratif que le pétrole, en ce que la rançon peut atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars, enfin, les donations des princes du Golfe, des princes, qui soutiennent le groupe sunnite face aux chiites et aux athées.

     

     

    6- LES COMBATTANTS EN SYRIE ET EN IRAK

    La Syrie comptait de 100.000 à 120.000 djihadistes, dont 7.000 à 10.000 étrangers, repartis en un millier de formations combattantes, selon une déclinaison ethnico religieuse tribale, reflet des clivages politico sociales du pays et de leurs parrains respectifs, opérant au sein de PC conjoint, sur fond de violentes rivalités et d‘une opposition instable, selon les estimations de la prestigieuse institution «The Brookings Institution», dont le centre régional à Doha (Qatar), «Brookings Doha Center Report» publiées à la mi-mai 2014 dans son rapport périodique: «Syria Military Landscape Mai 2014», sous la plume de Charles Lester.

    La ventilation de ces djihadistes en fonction de leur nationalité et de leur provenance a été établie par Soufan Group, un centre d’études turc, proche de la Confrérie des Frères Musulmans et figure sur ce lien: http://www.soufangroup.com/foreign-fighters-in-syria/

     

     

    7- LE RÔLE CONTRE PRODUCTIF DE L’OPPOSITION OFF SHORE PÉTROMONARCHIQUE

    Une opposition instable et cupide: «La concurrence pour les subsides notamment auprès des associations caritatives pétro monarchiques a favorisé la division et la dispersion. Le style de vie des opposants en exil a suscité des moqueries en ce qu’il leur était reproché leur goût pour les hôtels cinq étoiles, occultant la dure réalité syrienne, indique le rapport Brookings Doha Center Report dont ci joint les extraits de ce document de 50 pages.

    …..«Le chef de l’Armée Syrienne Libre, pendant cette période a assumé un rôle de «Public Relations» et l’échec de l’opposition off shore pro occidentale a favorisé la montée en puissance de l’extrémisme, dont les Frères Musulmans, constituaient la force la plus modérée.

    Par «Le Manifeste d’Alep», le 24 septembre 2013, onze organisations parmi les plus puissantes ont refusé la tutelle de la coalition de l’opposition syrienne, soutenue par les pays occidentaux et les pétro monarchies arabes. Cinquante groupements, réunis sous l’autorité de Mohamad Allouche, fonderont alors «Jaych Al Islam», assumant un rôle axial en Syrie.

    Le Front Islamique

    Sept groupements fédérés au sein de ce front disposent de 60.000 combattants en Syrie et constituent la plus importante formation militaire du pays. Trois de ces formations -Ahrar As Cham (les hommes libres du levant), Soukour As Cham (Les Aigles du Levant) et Jaych al Islam (l’Armée de l’Islam)- opèrent en coordination étroite avec Al Qaida, via Jobhat an Nosra.

    «Le Front Islamique est un acteur décisif dans la dynamique de l’opposition en raison de sa capacité d’impulser l’orientation idéologique du soulèvement. Il constitue la relève radicale d’Al Qaida sur le plan idéologique et son but ultime est la création d’un Etat islamique en Syrie, point de départ de la guerre de libération d’Al Qods (Jérusalem) et la Palestine.

     

     

    8 – LES DÉFAITES MILITAIRES À L’ARRIÈRE PLAN D’UNE HÉCATOMBE DES CHEFS DJIHADISTES.

    Mais l’anéantissement du noyau turkmène ne saurait mettre un terme un projet de restauration d’un califat islamique, en dépit des défaites majeures subies sur le terrain par l’organisation djihadiste, ni des pertes en vies humaines.

     

    A – Les défaites militaires de Daech

    Depuis début 2015, Daech a subi d’importants revers tant en Irak qu’en Syrie, sous les coups de butors conjugués mais non coordonnées de l’alliance occidentale et de leurs supplétifs kurdes tant en Syrie qu’en Irak, d’une part, et d’autre part, les forces gouvernementales syriennes et irakiennes et leurs alliés en Syrie, –la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais–, en Irak, Al Hachd Al Cha’abi, la mobilisation, une milice majoritairement chiite.

     

    Ci joint une chronologie des revers

    Janvier 2015, la cité antique de Palmyre a été reprise par l’armée syrienne En quinze mois, selon les calculs de l’IHS Conflict Monitor, les pertes territoriales de Daech dépasseraient les 25%, et, 40 pour cent selon les forces américaines. Palmyre marque le début de la fin de Daech sur le plan militaires

    • 26 janvier 2015: Kobané. L’État islamique est chassé de cette ville frontalière de la Turquie par les Unités de protection du peuple kurde (YPG).
    • 31 mars 2015: Tikrit. Reprise de ce bastion de l’ancien président Saddam Hussein, à 160 km au nord de Bagdad. Téhéran et Washington se sont impliqués dans cette bataille et dans la reconquête de ce chef-lieu majoritairement sunnite.
    • 6-13 novembre 2015: Sinjar: L’EI contrôlait cette ville depuis août 2014, se livrant à de multiples exactions contre la minorité yazidie, qui constitue la majorité de sa population.
    • 8 décembre 2015: Ramadi. Ville sunnite à 100 km à l’ouest de Bagdad, Ramadi est le chef-lieu de la grande province d’Al-Anbar, frontalière de la Syrie. Elle avait été conquise le 17 mai 2015 par l’EI après une vaste offensive et une retraite chaotique des forces irakiennes.
    • 24 mars 2016: Mossoul: L’armée syrienne, appuyée au sol par le Hezbollah libanais et les forces spéciales russes et soutenue par l’aviation russe, entre dans la ville antique de Palmyre, à 205 km à l’est de Damas, prise par l’EI le 21 mai 2015. De l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne, soutenue par des milices et l’aviation de la coalition internationale, lance une offensive pour reprendre Mossoul, deuxième ville du pays (nord).
    • 27 mars 2016: Palmyre L’armée syrienne reprend la totalité de la ville de Palmyre après plusieurs jours de combats. Les djihadistes se replient notamment vers leurs fiefs de Raqqa et Deir Ezzor plus au nord.
    • 21 Décembre 2016: Le bastion djihadiste d’Alep est tombé aux mains des forces gouvernementales syriennes, mettant un coup d’arrêt au plan de partage de la Syrie.

     

    Au delà du cercle de Tall affar, décimé, 10 des principaux figures de proue de la nébuleuse djihadiste ont été éliminés en six ans de guerre en Syrie et en Irak, dont voici le décompte:

    • Zohrane Alllouche, chef de Jaych Al Islam, tué dans un raid de l’aviation syrienne le 25 décembre 2015.
    • Hassan Abboud, (Abou Abdallah Al Hamaoui), fondateur d’Ahrar Al Cham (les Hommes Libres du Levant), dont le mouvement a été décapité avec l’élimination de 40 de ses dirigeants lors d’un ténébreux attentat à l’automne 2014
    • Omar Al Shishani, le responsable militaire de Daech
    • Djamil Raadoun, chef du Soukour Al Ghab (Les Faucons de la Forêt), assassiné en Turquie même, l’autre parrain du djihadisme salafiste.
    • Abdel Rahman Kaddouli (de son nom de guerre Hjaji Imam), N°2 de Daech et son ministre des finances, tué par un raid aérien américain en Irak le 25 mars 2016.
    • Abou Hayjja Al Tounsi, dirigeant militaire de Daech, tué le 31 mars 2016, par un drone américain à Raqqa (Syrie)
    • Abou Firas Al Soury (de son vrai nom Radwane Al Nammous), porte-parole d’Al Nosra
    • Deux dirigeants de premier plan de Daech : Abou Mohammed Al-Adnani et Waêl Adil Hassan Salman Fayad. Seul Syrien au sein de la direction de Daech, Al-Adnani, né en 1977 dans la province d’Idlib, était considéré comme le «ministre des attentats» du groupe et le chef de ses opérations extérieures.

    Vétéran du djihad et porte-parole du groupement terroriste, Taha Sobhi Fallaha (le vrai nom d’Al Adanani) a été tué dans un raid aérien visant la ville d’Al Bab, le dernier bastion de l’EI dans la région d’Alep, le 30 août 2016.

    Quant à Waêl Adil Hassan Salman Fayad, ministre de l’Information du groupe Etat islamique, il a été tué dans un bombardement aérien de la coalition anti djihadiste le 7 septembre près de Raqqa en Syrie, soit une semaine après son compère Al Adnani.

     

    Enfin, les chefs du «Front du Fatah Al Cham», la nouvelle mouture de Jabhat An Nosra:

    • Abou Omar Saraqeb, chef militaire de ce groupement et son adjoint Abou Mouslam Al Chami, mi septembre 2016, tués dans leur PC alors qu’ils préparaient un plan de reconquête d’Alep.
    • Alors qu’il était à la tête de Jabhat An Nosra, Abou Omar Saraqeb avait conquis au début de la guerre Idlib et Jisr Al Choughour.

    Quant à l’hécatombe politique des faiseurs de la guerre de Syrie, du côté occidental, impressionnante, –d’Hillary Clinton, à David Cameroun, à François Hollande, Laurent Fabius, Manuel Valls, à l’Emir du Qatar et Bandar Ben Sultan, le chef des ténèbres djihadistes–, est à lire sur ce lien:

     

    Et l’hécatombe des intellectoïdales français, «les idiots utiles du terrorisme islamique» sur ce lien:

     
    POUR ALLER PLUS LOIN
     

    Capture d’écran d’une video de propagande diffusée le 5 juillet 2014 par al-Furqan Media montrant Abou Bakr al-Baghdadi à Mossoul lors de la proclamation du califat / AL-FURQAN MEDIA/AFP/Archives

    Source : Madaniya, René Naba, 22-06-2017


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    TRIBUNE LIBRE !

    Les soldats de Tsahal ont retenu la leçon du procès Azaria [1] : au lieu d’achever un « terroriste » il faut le laisser se vider de son sang tout en lui vomissant des insultes.

    Il s’est encore passé quelque chose d’horrible dans les Territoires occupés mardi dernier.

    Quelque chose d’encore plus révoltant que de tirer sur un terroriste blessé et à terre comme l’a fait Elor Azaria. La vidéo qui a été prise à cette occasion vous retourne le cœur…

     

     

    C’est révoltant et désespérant mais aucun média en Israël n’y a prêté attention ce qui reflète bien la profondeur de l’apathie dans laquelle nous avons sombré.

    Ce jour-là, un groupe de militaires se tenait autour d’une jeune Palestinienne qui se tordait de douleur sur la route en perdant son sang alors que ceux-ci faisaient une sorte de concours d’insultes les plus obscènes.

    Ce sont tes soldats, Israël ! Ce sont leur langage, leurs valeurs et leurs références.

    Aucun d’entre eux n’a offert à cette jeune fille aucune aide médicale, personne n’a pensé à faire cesser ce flot d’obscénités détestables qui volait autour d’une écolière agonisante.

    C’était le cadeau qu’il fallait pour compléter les célébrations du jubilé [2] – du défilé des superbes et admirables paras au Mur des lamentations jusqu’à la bestialité de cet acte au checkpoint de Mevo Dotan.

    Voici où nous ont conduits cinquante années d’occupation.

     

     

    La vidéo nous montre une jeune Palestinienne qui avance lentement vers le checkpoint.

    Peut-être quelqu’un l’appelle-t-il pour lui demander de s’arrêter mais on ne peut l’entendre sur l’enregistrement. On ne voit pas ni lame ni coup de couteau non plus.

    Puis on voit la jeune fille s’enfuir, deux Israéliens, apparemment des soldats, la poursuivant à toute vitesse. Ce n’est que le préambule.

    « Neutraliser » (c’est-à-dire tuer en hébreu) des jeunes, garçons ou filles, qui cherchent à blesser des soldats – qui savent que le plus souvent c’est au prix de leur propre vie – est devenu une sorte de routine.

    Dans la plupart des cas c’est ni plus ni moins qu’une exécution alors qu’il est le plus souvent possible d’arrêter les assaillants sans les tuer.

    Mais l’armée est héroïque quand elle est face à des jeunes filles et ses soldats savent tuer. Les militaires tirent alors pour abattre l’écolière, ce qui était attendu de leur part.

    Et maintenant : la jeune fille est étendue sur la route ; les hommes armés l’entourent comme dans un rite païen, lui aboyant un flot d’injures.

    La vidéo ne montre que leurs corps, pas leurs visages. Parmi eux, il y a au moins un homme armé en short, portant des sandales, probablement un colon.

    La fille pousse des plaintes, se retourne, se tord, gémit pendant que les soldats disent : « J’espère que tu meurs, fille de pute », « Fuck you », « Crève, souffre, toi kahba (putain en arabe) ».

    Ils ne se comporteraient même pas comme ça devant un chien mourant.

    Au milieu de cette folie on peut entendre quelqu’un demander « Où est le couteau ? », « Ne la touchez pas », « Vous êtes génial » et, d’un téléphone, « Où êtes-vous ? à la maison ? ».

    Elle est morte quelques heures plus tard. Elle s’appelait Nouf Iqab Enfeat, elle avait 16 ans et venait du village de Yabad, près de Jénine, en Cisjordanie. Un soldat a été légèrement blessé.

    Seuls des lâches peuvent tuer une écolière d’une telle façon.

    Toutefois dans ce cas, l’exécution de routine a été accompagnée d’une « cérémonie de requiem ». Il faut l’avoir vu pour le croire.

    Pas un seul soldat avec le moindre brin de compassion ou d’humanité. On a du mal à imaginer l’ampleur de la haine des soldats de l’armée d’occupation envers la nation qu’ils dominent.

    Il faut voir à quel point ils ont perdu leur humanité. Comment quelqu’un peut-il être joyeux en voyant une écolière qui se meurt ?

    Maltraiter de cette façon quelqu’un qui souffre n’est pas moins pernicieux, maléfique que de l‘abattre.

    C’est la leçon qu’on tirée les soldats de Tsahal du procès d’Elor Azaria : au lieu d’achever le « terroriste », laissez-le perdre son sang jusqu’à ce qu’il meure tout en le couvrant d’injures.

    Et ils l’ont fait, non par vengeance pour sa tentative de poignarder un soldat mais parce qu’avant tout c’était une Palestinienne. De toutes évidences, ils ne se seraient jamais comportés ainsi si c’était une fille de colon qui avait essayé de les attaquer.

    Ce n’était pas l’attitude d’un individu isolé ; ils sont nombreux dans ce cas. Ce n’était même pas un événement extraordinaire. Ce sont vos soldats, peuple d’Israël !

    Quelqu’un devrait le rappeler au chef d’état-major Gadi Eizenkot qui, pour différentes raisons est perçu comme quelqu’un qui se préoccupe de l’image de « Tsahal-armée la plus morale du monde ».

     

    Vous avez cinq enfants, Eizenkot, que penseriez-vous de quelqu’un qui se serait comporté ainsi avec l’un des vôtres ? Qu’est-ce que n’importe quel père ou mère en Israël aurait pensé ?

    Est-ce que de voir un couteau dans la main d’une écolière désespérée justifie n’importe quelle sorte de comportement ?

    Et n’apparait-il pas clairement que c’est le fait d’envoyer nos enfants servir dans les Territoires occupés qui les transforme ainsi ?

    Si les soldats de ce checkpoint ne sont pas poursuivis et punis, une chose sera alors claire : la barbarie est le vrai code moral qui a cours chez Tsahal.

    Gidéon Levy | 04/06/2017

     

     

    Ntd

    [1] Elor Azaria a achevé d’une balle dans la tête Abdel Fattah al-Sharif, un Palestinien qui gisait sur le sol, blessé au cours de son attaque d’un soldat israélien le 24 mars 2016 près de Hébron.

    Arrêté par la police militaire pour meurtre, Tsahal voulait un procès exemplaire pour redorer son image après la diffusion de la vidéo de l’assassinat, largement relayée sur Internet.

    Face à une opinion publique israélienne considérant Azaria comme un héros, la justice ne l’a finalement condamné qu’à une peine de 18 mois de prison pour homicide involontaire…

    [2] Les 50 ans de la « Guerre des 6 jours » et du début de l’occupation de la Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est et les Hauteurs du Golan syrien.

    Article original: http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.793429

    Source:.UJFP

     

     

     

    Israël a entamé mardi la construction d'une nouvelle colonie illégale en Cisjordanie, une première en 25 ans dans le territoire palestinien occupé, a annoncé le Premier ministre la veille de la visite du conseiller principal de la Maison Blanche, Jared Kushner, pour relancer le processus de paix.

    « Aujourd'hui, les travaux ont débuté sur le terrain, comme je l'avais promis, pour créer une nouvelle colonie », a déclaré Benjamin Netanyahou sur Twitter au-dessus d'une photo d'une pelleteuse et d'une foreuse s'activant sur une colline rocailleuse.

    Il faisait référence à la construction de la colonie d’Amichai, qui accueillera 300 colons installés illégalement, expulsés en février d’Amona, après que la Cour suprême israélienne avait jugé que leurs maisons étaient construites illégalement sur des terrains palestiniens privés.

    Aucune date n’a été annoncée concernant la construction de maisons dans la nouvelle colonie illégale.

    La Maison Blanche a déclaré dimanche que Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump, arriverait en Israël mercredi et qu’il rencontrerait, accompagné de Jason Greenblatt, l'envoyé du président américain Donald Trump arrivé lundi, les leaders palestiniens et israéliens. 

    Le porte-parole de la présidence palestinienne Nabil Abou Roudeina a aussitôt dénoncé une « tentative de faire échouer les efforts américains pour relancer les négociations, et plus particulièrement avant l’arrivée des envoyés américains ». 

    Un long processus

    Kushner et Greenblatt sonderont les deux camps « à propos de leurs priorités et prochaines étapes potentielles » dans le cadre de la tentative de Trump de relancer les pourparlers de paix qui ont failli en 2014, selon un employé de la Maison Blanche.

    Mais selon cette source, n’importe quel accord de paix « prendra du temps » et comprendra potentiellement « de nombreuses visites de M. Kushner ou M. Greenblatt » dans la région.

    Les Palestiniens considèrent les colonies, dont environ 200 ont été construites ces 30 dernières années sur le territoire occupé auquel ils aspirent pour un État, comme des obstacles à un pays adjacent et viable. Environ 400 000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, parmi environ 2,8 millions de Palestiniens.

    Lorsque Trump s’est rendu à Jérusalem le 22 et 23 mai, il a soigneusement évité le sujet des colonies, du moins en public.

    Israël a décidé en mars de construire Amichai, ce qui signifie « Mon peuple vit », et le pays a accepté ces dernières semaines de nouveaux plans pour plus de 3 000 maisons pour colons ailleurs en Cisjordanie.

    La plupart des pays considèrent les colonies construites par Israël sur le territoire saisi lors de la guerre de juin 1967 comme illégales. Israël conteste cela, et évoque des liens bibliques, historiques et politiques avec la Cisjordanie, ainsi que des intérêts sécuritaires.

    Les Palestiniens veulent un État indépendant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec une capitale à Jérusalem-Est. Ils évoquent également des liens historiques et politiques au territoire.

    Israël s’est retiré de Gaza en 2005 et le territoire est désormais dirigé par le Hamas, mouvement islamiste palestinien.

     

    Traduit de l’anglais (original).

     

    Israël a entamé mardi la construction d'une nouvelle colonie illégale en Cisjordanie, une première en 25 ans dans le territoire palestinien occupé, a annoncé le Premier ministre la veille de la visite du conseiller principal de la Maison Blanche, Jared Kushner, pour relancer le processus de paix.

    « Aujourd'hui, les travaux ont débuté sur le terrain, comme je l'avais promis, pour créer une nouvelle colonie », a déclaré Benjamin Netanyahou sur Twitter au-dessus d'une photo d'une pelleteuse et d'une foreuse s'activant sur une colline rocailleuse.

    Il faisait référence à la construction de la colonie d’Amichai, qui accueillera 300 colons installés illégalement, expulsés en février d’Amona, après que la Cour suprême israélienne avait jugé que leurs maisons étaient construites illégalement sur des terrains palestiniens privés.

    Aucune date n’a été annoncée concernant la construction de maisons dans la nouvelle colonie illégale.

    La Maison Blanche a déclaré dimanche que Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump, arriverait en Israël mercredi et qu’il rencontrerait, accompagné de Jason Greenblatt, l'envoyé du président américain Donald Trump arrivé lundi, les leaders palestiniens et israéliens. 

    Le porte-parole de la présidence palestinienne Nabil Abou Roudeina a aussitôt dénoncé une « tentative de faire échouer les efforts américains pour relancer les négociations, et plus particulièrement avant l’arrivée des envoyés américains ». 

    Un long processus

    Kushner et Greenblatt sonderont les deux camps « à propos de leurs priorités et prochaines étapes potentielles » dans le cadre de la tentative de Trump de relancer les pourparlers de paix qui ont failli en 2014, selon un employé de la Maison Blanche.

    Mais selon cette source, n’importe quel accord de paix « prendra du temps » et comprendra potentiellement « de nombreuses visites de M. Kushner ou M. Greenblatt » dans la région.

    Les Palestiniens considèrent les colonies, dont environ 200 ont été construites ces 30 dernières années sur le territoire occupé auquel ils aspirent pour un État, comme des obstacles à un pays adjacent et viable. Environ 400 000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, parmi environ 2,8 millions de Palestiniens.

    Lorsque Trump s’est rendu à Jérusalem le 22 et 23 mai, il a soigneusement évité le sujet des colonies, du moins en public.

    Israël a décidé en mars de construire Amichai, ce qui signifie « Mon peuple vit », et le pays a accepté ces dernières semaines de nouveaux plans pour plus de 3 000 maisons pour colons ailleurs en Cisjordanie.

    La plupart des pays considèrent les colonies construites par Israël sur le territoire saisi lors de la guerre de juin 1967 comme illégales. Israël conteste cela, et évoque des liens bibliques, historiques et politiques avec la Cisjordanie, ainsi que des intérêts sécuritaires.

    Les Palestiniens veulent un État indépendant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec une capitale à Jérusalem-Est. Ils évoquent également des liens historiques et politiques au territoire.

    Israël s’est retiré de Gaza en 2005 et le territoire est désormais dirigé par le Hamas, mouvement islamiste palestinien.

     

    Traduit de l’anglais (original).


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    "Ils faisaient ce qu'ils voulaient de moi" : en Irak, les femmes yézidies racontent leur calvaire sous le joug des jihadistes

    Pendant les trois années d'occupation du groupe Etat islamique dans la plaine de la Ninive, en Irak, de nombreuses femmes ont servi d'esclaves sexuelles.

     

    franceinfo a recueilli leurs témoignages.

    Des femmes yézidies dans un camp de réfugiés, au sud ouest de la province de Dahuk, région autonome du Kurdistanen irakien, en 2014.
    Des femmes yézidies dans un camp de réfugiés, au sud ouest de la province de Dahuk, région autonome du Kurdistanen irakien, en 2014. (YOUSSEF BOUDLAL / REUTERS)
     
     
     
     
    Edité par Alexandra du Boucheron Alice SerranoRadio France

    Mis à jour le
    publié le

     
     

    Il y a trois ans, le groupe État islamique plantait son drapeau noir dans la plaine de la Ninive, l'un des berceaux des chrétiens d'orient et de nombreuses minorités comme les Yézidis, installés au nord-ouest du pays, dans la région de Sinjar.

    Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux parviennent à fuir mais beaucoup sont fauchés par l'organisation jihadiste : les hommes sont tués et les jeunes femmes transformées en esclaves sexuelles. franceinfo a recueilli les témoignages de ces femmes.

    Qaraqosh, la capitale des chrétiens d'Irak, a été occupée pendant deux ans et demi par le groupe État islamique. Dans un quartier cossu de la ville, sur le mur d'enceinte d'une maison, une inscription se détache en lettres rouges : "État islamique, interdiction d'entrer".

    Aujourd'hui il reste de cette grande bâtisse des murs recouverts de suie, des pièces vides jonchées de bouts de verre et de papiers. C'est la maison d'enfance de Rudy.

    "C'était aux esclaves sexuelles"

    La première fois qu'il est revenu chez lui, Rudy se souvient avoir trouvé des matelas au sol et des sous-vêtements. 

    Au premier étage, ce père de famille de 35 ans découvre des effets personnels. "Regardez : ça, ce sont des barrettes pour filles. Il y a encore des cheveux blonds accrochés dessus. Ce n'était pas à mes sœurs, elles sont brunes.

    C'était aux esclaves sexuelles", assure-t-il. Il saisit alors une imposante chaîne dorée et sertie de grosses perles en toc : "Ça, c'est le style des bédouins, on ne porte pas ça, nous, les chrétiens !"

    Dans la chambre de son frère, un prêtre chaldéen, il trouve une tétine pour bébé."Mon frère n'avait pas d'enfants bien sûr !, lance Rudy. Par terre, il y a du rouge à lèvres, du vernis à ongles.

    C'est à cet étage qu'elles devaient passer leurs journées." 

     

    Rudy, un habitant de Qaraqosh, a retrouvé des effets personnels des esclaves sexuelles du groupe Etat islamique dans sa maison, comme ce sac à main.
    Rudy, un habitant de Qaraqosh, a retrouvé des effets personnels des esclaves sexuelles du groupe Etat islamique dans sa maison, comme ce sac à main. (ALICE SERRANO / FRANCEINFO)

     

    C'est sans doute dans un lieu comme celui-ci que Perwine a été retenue avec son bébé de huit mois, obligée de se mettre en scène pour exciter ses geôliers. "Ils nous disaient : 'Ce soir ou demain tu dois te maquiller et porter des sous-vêtements sexy', raconte la jeune femme de 23 ans. 

    Parfois, je devais rester dans cette tenue toute une journée, ils m'envoyaient chercher de l'eau ou faire des allers-retours pour me mater."

    Les sous-vêtements et le maquillage étaient achetés par les épouses des djihadistes.

     

    Un quotidien de coups et de viols

    La jeune mère au regard triste, qui cache désormais son corps sous une longue tunique bleue, est passée de mains en mains durant trois années. "Ils me violaient souvent. Ils disaient que c'était normal surtout avec des femmes comme nous, se souvient Perwine.

    Ils m'ont beaucoup torturée, moi et ma fille. J'ai encore les traces des coups de tuyaux sur les bras, les jambes, sur tout mon corps en fait.

    C'était sans raison. Parfois, ils revenaient des combats, ils avaient échoué et me frappaient.

    J'étais leur bonne. Ils faisaient ce qu'ils voulaient de moi !

    Perwine, 23 ans, Yézidie à franceinfo

    Perwine poursuit le récit de son calvaire : après le ménage et la préparation des repas, elle restait enfermée dans la maison, parfois enchaînée, dans l'obscurité.

    Les fenêtres étaient verrouillées et peintes en noir pour qu'elle perde toute notion de temps.

    Pour s'assurer qu'elle reste calme, elle pense que les jihadistes la droguaient : "Je ne les ai jamais vu mettre de la drogue dans ma nourriture mais, après le repas, je ne me sentais pas dans mon état normal. J'avais très envie de m'allonger et de dormir".

    Rudy, lui, affirme avoir trouvé des seaux entiers de gélules de drogues dans la maison. 

     

    Perwine, 23 ans, a été l'une des esclaves sexuelles de l'Etat islamique. Elle pose ici, en 2017, avec ses filles Soraya, 3 ans, et Selvana, 5 ans.
    Perwine, 23 ans, a été l'une des esclaves sexuelles de l'Etat islamique. Elle pose ici, en 2017, avec ses filles Soraya, 3 ans, et Selvana, 5 ans. (ALICE SERRANO / FRANCEINFO)

     

    Ce quotidien sous l'emprise de l'État islamique a boulversé la vie de Perwine. Celle-ci confie avoir plusieurs fois pensé mettre fin à ses jours. Elle va mal, parle de bouffées de chaleur et d'accès de violence.

    La lente reconstruction

    Sa fille aussi a gardé les séquelles de ces trois années de captivité. "Ils me menaçaient souvent de me retirer ma fille. Parfois ils m'éloignaient d'elle, ils l'enfermaient dans une chambre et m'empêchaient de la voir, raconte Perwine. J

    e ne sais pas ce qu'ils faisaient avec elle mais elle revenait en pleurant. Une fois ils l'ont enfermé trois jours sans lui donner à manger. Elle pleurait, j'essayais de l'apercevoir sous la porte. c'était trop dur !" Aujourd'hui, Souraya a trois ans.

    Cette fillette au regard noir s'avère violente.

    Sa mère raconte qu'un jour, elle a menacé sa famille avec un couteau de cuisine en criant : "Je vais tous vous tuer !"

    Amina, 24 ans, souffre des mêmes symptômes. Yézidie, elle aussi, elle est sortie de l'enfer au bout de trois ans. Sa famille l'a rachetée à un djihadiste pour 13 000 euros. "Je m'énerve souvent contre ma mère, et mon frère. Je sais que j'ai tort mais je ne peux pas m'en empêcher, confie-t-elle.

    Je comprends très bien que je ne suis plus la même fille qu'avant ! J'ai le cœur beaucoup plus sec." 

    Pour Perwine et pour Amina, il y aura toujours un avant et un après État islamique.

    Avant Daesh, je pensais être libre, pouvoir faire ce que je voulais dans la vie. Maintenant, tout a changé. Je sais qu'il y a des gens qui peuvent te prendre ta vie, ton existence.

     Amina, 24 ans, Yézidie

    à franceinfo

     

     

    Des barrettes et des colliers que devaient porter les esclaves sexuelles des djihadistes, retrouvée sur le sol d'une maison de Qaraqosh, en Irak, en 2017.
    Des barrettes et des colliers que devaient porter les esclaves sexuelles des djihadistes, retrouvée sur le sol d'une maison de Qaraqosh, en Irak, en 2017. (ALICE SERRANO / FRANCEINFO)

     

    Amina et Perwine vivent aujourd'hui dans un camp du Kurdistan irakien, au nord du pays. Elles ne pensent pas revenir vivre un jour à Sinjar.

    Perwine bénéficie d'un suivi psychologique grâce à l'association Elsie Care.

     

    Amina, elle, gère son traumatisme tant bien que mal et sait que la reconstruction sera lente. Très lente.

     

    Source et Publication:    http://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient


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    Les Américains s'installent en Syrie

     

    Par Antoine de Lacoste 

     

     Depuis quelques semaines les Américains sont passés à la vitesse supérieure en Syrie.

    Jusqu'au siège d'Alep et à son heureuse conclusion, leur présence était assez discrète.

    Des avions stationnés au Qatar ou en Turquie venaient bombarder des positions de l'Etat islamique autour de Raqqa, ou du Front al Nosra dans la Province d'Idlib.

    Des drones étaient envoyés pour éliminer quelques figures islamistes.

     

    Et des membres des forces spéciales étaient discrètement présents pour aider à la coordination de tout cela mais aussi pour encadrer leurs alliés kurdes et éviter toute attaque des Turcs.

    Cependant le gros de l'effort se portait en Irak et la Russie semblait avoir les mains libres en Syrie.

    Tout a changé avec le siège de Mossoul en Irak. De nombreux djihadistes ont alors fui vers l'ouest syrien pour rejoindre Der es Zor et ses environs, encore tenus par Daech.

    Un peu plus loin, toujours vers l'ouest, il y a Raqqa, capitale de l'Etat islamique.

    L'Etat-major américain a alors décidé de lancer une offensive contre Raqqa. Sans mandat de l'ONU bien sûr (personne n'en a d'ailleurs) et sans l'accord de l'Etat syrien, contrairement aux Russes et aux Iraniens qui sont intervenus à sa demande.

     

    Mais quand on a la mission sacrée de défendre et promouvoir la démocratie universelle, on peut s'affranchir de bien des contraintes inutiles..

    Les Kurdes ont été choisis pour être la chair à canon de l'histoire. Protégés, financés et armés par les Américains, ils n'ont guère le choix et, de toutes façons, cela vaut mieux que d'affronter l'armée turque qui voit d'un très mauvais oeil l'autonomie kurde s'organiser dans le nord de la Syrie.

    Comme il n'y a aucun peuplement kurde dans la région de Raqqa, il faut tout de même des combattants arabes et la CIA a improvisé quelques unités issues des rangs rebelles.

    Les soi-disant modérés chers à nos médias !

    La solde étant confortable et l'équipement de qualité, le recrutement a été facile, d'autant qu'après la victoire (certaine comme à Mossoul), il y a la perspective de se tailler un fief dans la région.

    Ce sera face à l'armée syrienne mais sous haute protection américaine et les Russes pourront difficilement se mettre en travers, sauf à provoquer une dangereuse escalade.

    Bachar a bien tenté de réagir mais ses hommes et ses chars ont été tenus à distance par l'aviation américaine. Un avion syrien a même été abattu.

    Parallèlement, les Américains ont pris une initiative plus audacieuse encore : construire une base dans le sud de la Syrie, près des frontières irakienne et jordanienne.

    Elle s'appelle Al-Tanf et a été érigée dans une zone reprise à Daech. Ce ne fut d'ailleurs pas très compliqué, la zone étant assez désertique et le nombre de combattants islamistes plus que réduit.

    Mais l'endroit n'a pas été choisi au hasard : il s'agit, sous couvert de lutte contre l'Etat islamique, d'empêcher la continuité d'un axe chiite partant de l'Iran, traversant l'Irak et la Syrie jusqu'au Sud-Liban, fief du Hezbollah chiite.

    Cet axe chiite potentiel est le cauchemar des sunnites et d'Israël.

    Rappelons qu'un des objectifs des sunnites dans cette guerre syrienne était la création d'un axe sunnite sud-nord qui passait nécessairement par la prise de contrôle de la Syrie.

    Si ce conflit aboutit au contraire à la mise en place d'un arc chiite est-ouest, l'humiliation est totale.

    Quant à Israël, elle a évidemment intérêt au morcellement de son vieil ennemi syrien et à l'isolement du Hezbollah.

     

    C'est ce qui explique son appui, discret mais réel, à la rébellion islamiste depuis le début de la guerre.

    Les Américains qui soutiennent indéfectiblement Israël et qui viennent de renforcer leur alliance avec l'Arabie Saoudite, semblent donc s'orienter vers une intervention directe pour empêcher cette continuité chiite Iran-Irak-Syrie-Sud-Liban. Personne en effet ne prendra le risque d'attaquer une base américaine.

    C'était d'ailleurs bien la peine de renverser Saddam Hussein, ce sunnite au pouvoir dans un pays majoritairement chiite, mais passons...

    Les Russes, pour l'instant, ne bougent pas et se contentent de protester. Poutine prend toujours son temps et ne réagit jamais à chaud, contrairement à son homologue américain.

    L'affaire ne fait que commencer.  

     

     

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    Que de monde sur le front nord syrien !


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    Seymour M. Hersh Source: Getty Images/Getty Images North America

    Seymour Hersh et la question de ce qui est réellement arrivé à Khan Cheikhoun.

    Mars 1968: civils vietnamiens apparemment assassinés par les troupes américaines à My Lai

    Source: Getty Images

     

    Le journaliste Seymour Hersh avait seulement 32 ans lorsqu’il est devenu une légende. Fin 1969, il a révélé que des soldats américains avaient massacré plus de 100 civils – y compris des femmes, des enfants et des hommes âgés – dans le petit village de My Lai, au Vietnam du Sud.

    Plusieurs informateurs avaient longtemps essayé sans succès de trouver un journaliste pour faire un rapport sur le massacre, qui avait effectivement eu lieu au début de 1968 dans une région connue sous le nom de « Pinkville ». (NdR : Lire ici, nous en reparlerons) Après que Hersh a publié son premier article sur My Lai, il a parlé avec l’un des protagonistes, qui s’est étonné que les médias soient restés silencieux depuis si longtemps.

    « Le mot de Pinkville a circulé parmi les GI pendant un an… Je ne cesserai jamais d’être étonné qu’il n’ait pas été écrit auparavant. » C’était une leçon cruciale pour Hersh. D’énormes scandales, a-t-il appris, peuvent être largement connus au sein d’une institution comme l’armée américaine sans que le grand public n’en sache rien. Et parfois, les journalistes entendent parler de ces histoires mais ne donnent pas suite.

    Et de fait, Hersh a développé ce même leitmotiv au cours de toute sa carrière : écrire les articles que d’autres ne veulent pas écrire, lire ou croire.

    À ce jour, la plupart des travaux de Hersh se concentrent sur l’exagération et les abus du gouvernement américain dans le déploiement des puissantes agences de renseignement et de l’armée du pays – et comment ce pouvoir est souvent utilisé pour couvrir des scandales.

    Le risque de tels scandales est toujours plus élevé en temps de guerre. Comme en Irak. Les États-Unis ont envahi le pays en 2003 à la recherche d’armes chimiques, qui, comme Washington l’avait préventivement annoncé à la communauté internationale, devaient certainement s’y être trouvées.

    De la même manière qu’au Vietnam, les forces étatsuniennes ont commis des crimes de guerre en Irak. Dans la prison d’Abou Ghraib, située en périphérie de Bagdad, ils ont systématiquement torturé et maltraité leurs prisonniers, ajoutant l’humiliation de les prendre en photos nus et entravés.

    Hersh fut encore le seul journaliste à traiter le scandale d’Abou Ghraib. Le gouvernement des États-Unis s’employait à dissimuler les faits, en tenant les documents, photos et autres preuves loin de l’opinion publique. Malgré cela, des sources ont fourni ces éléments à Hersh, violant ainsi les lois américaines en toute connaissance de cause.

    Le journaliste Seymour Hersh, lauréat du prix Pulizer, ca. 1970s Source: picture alliance / Everett Colle/Copyright © CSU Archives/Everet

    Maintenant âgé de 80 ans, Seymour Hersh s’est montré un journaliste quasi obsessionnel au cours de sa carrière, prouvant sa volonté de s’investir à fond pour dépasser les obstacles. Et il n’a guère fait preuve d’une propension à accepter les compromis – particularité qui ne lui a pas valu que des amis au sein des publications pour lesquelles il a travaillé, parmi lesquelles le New Yorker et le New York Times.

    Il a poussé plus d’un directeur de publication à bout. Ses articles sur le président Barack Obama sont tout aussi critiques que ceux qu’il écrivit sur Nixon, les Bush ou Clinton. Dans un article qu’il a publié il y a deux ans, il a mentionné que des membres de l’administration Obama étaient au courant du fait qu’Oussama ben Laden vivait sous la protection des services de renseignement pakistanais à Abbottābād, bien avant que ce dernier ne fût éliminé par un raid.

    Cet article mena à une querelle entre Hersh et le rédacteur en chef du New Yorker et il fut finalement publié dans le réputé London Review of Books.

    Dans un autre article pour la même revue, il cita des extraits d’un rapport secret du Congrès, stipulant que la CIA, sous l’administration Obama, avait développé une filière secrète de contrebande, qui passait des armes de la Libye vers la Syrie, au bénéfice des milices opposées au régime de Bachar el-Assad. Hersh écrit que les entreprises couvertures qui faisaient tourner ce réseau de contrebande furent réutilisées par les services secrets turcs pour armer des milices islamistes en Syrie.

    De la même manière, pendant toute sa carrière, Hersh a été vertement critiqué pour ses articles les plus récents sur la Syrie, sur Obama, et sur ben Laden.

    On a beaucoup dit de lui qu’il va trop loin, et s’appuie trop sur des sources anonymes. Mais, fondamentalement, nulle source travaillant pour un gouvernement ne peut révéler des informations classifiées sans prendre des risques considérables si son nom était divulgué. Ce point est tout aussi vrai en Allemagne.

    Comme il l’a toujours fait, Hersh a fourni au journal Welt am Sonntag les identités de toutes les sources anonymes qu’il cite dans son article sur les frappes punitives de Trump envers la Syrie. Le journal a pu ainsi communiquer indépendamment avec la source centrale aux États-Unis.

    Hersh a également proposé son article au London Review of Books. Les rédacteurs l’ont accepté, payé, et ont écrit un article vérifié en tous points, prêt à être publié, mais finalement ont décidé de ne pas le publier.

    La raison qu’ils ont donnée à Hersh est que le magazine deviendrait la proie de critiques, comme adoptant les vues des gouvernements syrien et russe quant aux bombardements du 4 avril sur Khan Cheikhoun. Hersh avait rencontré plusieurs fois Stefan Aust quand il était rédacteur au Spiegel et avait suivi sa carrière. Hersh, selon lui, voyait en Aust quelqu’un qui n’avait pas peur des conséquences de la publication d’articles qu’il savait vrais et étayés, une fois les faits vérifiés. Il était donc naturel de lui envoyer cet article pour qu’il le publie.

    Cette situation, Seymour Hersh l’avait déjà connue auparavant. Au tout début de sa carrière, aucun journal n’avait accepté de publier l’article sur My Lai.

    Ce qui est arrivé en Syrie de l’Ouest, le 4 avril 2018, quand Khan Cheikhoun a été bombardé, n’est toujours pas éclairci. Les événements sont toujours enveloppés par l’épais brouillard de la guerre.

    Une alliance russo-syrienne se bat dans la région d’Idlib contre des groupes miliciens, dont certains sont djihadistes, et d’autres non.

    Toutes les parties ont un point commun dans cette guerre : elles rejettent toutes la démocratie, et considèrent les journalistes comme des ennemis, leur compliquant énormément la tâche pour rapporter librement ce qui se passe sur le champ de bataille.

    De fait, il est déjà surprenant qu’à peine quelques heures après l’attaque sur Khan Cheikhoun les politiques, ainsi que la plupart des organes de presse, aient déjà établi une image aussi nette de ce qui était arrivé : que les forces d’Assad avaient attaqué la ville en usant du redoutable gaz sarin.

    La ville est contrôlée par Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), une milice affiliée à al-Qaïda ; il est impossible de savoir précisément dans quelle mesure les gens peuvent se déplacer dans la région – y compris les médecins et membres d’organisations de secours syriennes – et dans quelle mesure ils peuvent témoigner sur les événements de guerre.

    Dès les toutes premières entrevues filmées, présentées comme venant directement de Khan Cheikhoun, tous les témoins s’accordaient à déclarer que du gaz sarin avait été utilisé. Un médecin de la ville, cité à de multiples reprises pendant la journée, a pris le temps de faire un long enregistrement vidéo, de mener des interviews sur Skype, et, peu après l’attaque, de tweeter : « NOTRE HOPITAL EST REMPLI DE VICTIMES DE L’ATTAQUE AU GAZ SARIN DE CE JOUR. A QUICONQUE DEMANDE DES PREUVES, JE PEUX VOUS CONTACTER PAR APPEL VIDEO. »

     

    En réalité, il est assez compliqué d’établir au premier abord si du sarin, un autre gaz toxique ou un agent chimique a été utilisé. Le premier journaliste d’un journal occidental à joindre la ville travaillait pour le British Guardian.

    Son article contenait plusieurs citations de personnes qui se présentaient comme témoins visuels : « Nous avons senti les odeurs à cinq cents mètres, » disait l’un des témoins, en parlant du gaz. Pourtant, le gaz sarin est inodore.

    Pour lever les questions et contradictions sur cette affaire, une enquête indépendante doit être diligentée sur site. Si cela devait arriver, il serait tout à fait possible d’établir si du gaz sarin a été utilisé, mais un tel processus prend du temps dans une zone de guerre active comme Idlib. Pourtant, le 6 avril, au moment où les forces armées américaines lançaient une attaque de missiles de croisière contre l’aéroport syrien, aucun processus d’enquête indépendante n’avait même été commencé.

    En bombardant l’aéroport syrien, Trump a donné le diapason sur la manière dont l’attaque sur Khan Cheikhoun serait interprétée en fin de compte, et les alliés occidentaux des États-Unis rejoignirent rapidement le point de vue du Président.

     

    La France publia un rapport confidentiel des services de renseignement, prétendant qu’il n’y avait aucun doute que les forces militaires d’Assad avaient déployé du sarin. Deux heure plus tôt, le président François Hollande avait déjà pris position.

    Lui et la chancelière allemande Angela Merkel avaient émis une déclaration commune au sujet du « massacre par armes chimiques », juste après les frappes de représailles américaines. « Le Président Assad porte l’entière responsabilité de ces événements, » dit la déclaration.

    « Son utilisation répétée d’armes chimiques… appelait à des sanctions. » Leur position était claire.

     

    Et pourtant, il revient en fin de compte à une commission des Nations Unies de décider si l’attaque en Syrie doit être considérée comme un crime de guerre.

    La commission a été formée en 2011 pour enquêter sur la guerre en Syrie. La déclaration que cette commission a émise après l’attaque du 4 avril était prudemment rédigée et la commission ne s’est pas exprimée depuis.

    Les membres de la commission d’enquête sur la République Arabe de Syrie, organisation indépendante basée à Genève, sont également au fait des complexités de la situation en zone de guerre. Analyser, comparer, vérifier et réfuter des déclarations, des données et des rapports, tout cela prend du temps.

    C’est une autre organisation, pourtant, qui s’est avancée sous les projecteurs pour fournir les réponses que tout le monde attendait : l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OPCW), une organisation intergouvernementale financée par les signataires de la Convention sur les Armes Chimiques, qui travaille de conserve avec les Nations Unies.

    L’organisation est devenue plus prudente depuis que des rebelles syriens ont pris une de ses équipes en otage en 2014 ; si bien qu’après l’attaque, une équipe de l’OPCW s’est déplacée, non pas sur les lieux de l’attaque présumée, mais en Turquie, pays voisin de la Syrie.

    Les membres de l’équipe ont pu assister aux autopsies de trois victimes déclarées des attaques au gaz toxique. Une ONG avait livré les corps aux hôpitaux, ONG dont l’OPCW refuse de divulguer l’identité. Des prélèvements réalisés sur les corps ont été envoyés à deux laboratoires distincts, qui ont chacun confirmé les signes de présence de sarin ou de substances proches du sarin.

     

    Cependant, dans les enquêtes criminelles, qui sont en tous points similaires au processus suivi par les Nations Unies pour déterminer l’occurrence d’un crime de guerre, c’est un principe fondamental que les preuves restent sous le contrôle des enquêteurs à chaque instant. Cela n’a pas été le cas.

     

    De fait, la commission des Nations Unies sur la Syrie ne prévoit pas de faire part de sa version des événements auprès de l’Assemblée générale avant le mois de septembre, après avoir investigué toutes les sources, en particulier sur site à Khan Cheikhoun. Extraire des éléments de vérité du brouillard de guerre prend du temps.

    Mais le 4 avril, quand le président des États-Unis, en se réveillant, vit des photos de nourrissons morts et décida une réponse immédiate, les résultats définitifs d’une enquête soignée étaient aussi lointains que la paix en Syrie.

    Interrogé pour savoir si les mensonges du gouvernement le mettaient toujours autant en colère qu’aux débuts de sa carrière, Hersh a répondu : « C’est plus encore que d’être énervé par le mensonge – c’est plutôt la frilosité de ceux d’entre nous qui travaillent pour la presse d’amener les gouvernants et gouvernantes du monde aux meilleurs standards possibles.

    Nous avons aujourd’hui un président américain qui débite mensonge sur mensonge sur les sujets les plus minimes, mais il doit apprendre qu’il ne peut pas mentir sur les renseignements exigés pour autoriser un acte de guerre.

     

    Il y en a dans l’administration Trump qui comprennent cela, et c’est pour cela que j’ai obtenu ces informations.

    Si cet article crée ne serait-ce que quelques instants de regrets à la Maison-Blanche, il aura déjà été d’une très grande utilité. »

     

    Source : Die Welt, Von Dirk Laabs, 25/06/2017

    Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source. 


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    Je profite de cette remarquable série de Seymour Hersh pour faire une série pendant deux jours sur l’attaque à Khan Cheikhoun, avec des analyses à contre-courant.

    Comme d’habitude, s’il est indispensable de disposer de telles analyses venant d’analystes sérieux, il convient aussi de les lire avec une grande prudence et beaucoup de recul. Quelle que soit la qualité des analystes, ils peuvent aussi avoir tort.

    Mais cela permet d’avoir des arguments, qui devraient être étudiés et éventuellement réfutés par le courant dominant – s’il a raison.

    À suivre, donc…

     

    Source: Die Welt, Seymour M. Hersh, le 25/06/2017

    Représailles: Les missiles Tomahawk du « USS Porter » sur le chemin de la base aérienne d’Al-Shayrat le 6 avril 2017 Source: picture alliance / Robert S. Pri/dpa Picture-Alliance / Robert S.

    Lorsqu’il a décidé d’attaquer la Syrie après avoir vu des photos d’enfants en train de mourir, le président Donald Trump n’a pas tenu compte d’importants rapports des services de renseignement. Seymour M. Hersh a enquêté sur l’affaire de la prétendue attaque au gaz sarin.

     

    Le 6 avril, le président des États-Unis Donald Trump a autorisé une frappe de missiles Tomahawk tôt le matin sur la base aérienne d’Al-Shayrat dans le centre de la Syrie, en représailles pour ce qu’il a déclaré être une attaque meurtrière à l’aide d’un agent neurotoxique menée par le gouvernement syrien deux jours plus tôt dans la ville rebelle de Khan Cheikhoun. Trump a émis cet ordre malgré qu’il ait été averti par la communauté du renseignement des États-Unis qu’ils n’avaient trouvé aucune preuve de l’utilisation par les Syriens d’une arme chimique.

    Les renseignements disponibles montrent que les Syriens avaient bien ciblé, le 4 avril, le site d’une réunion djihadiste à l’aide d’une bombe guidée fournie par les Russes et équipée d’explosifs classiques. Les détails de l’attaque, y compris des informations sur ses objectifs dits de haute valeur, avaient été fournis plusieurs jours à l’avance par les Russes aux militaires américains et alliés à Doha, dont la mission est de coordonner toutes les opérations des forces aériennes américaines, alliées, syriennes et russes dans la région.

    Certains militaires américains et les responsables du renseignement ont été particulièrement choqués de cette volonté du président d’ignorer les preuves. « Rien de tout cela n’a de sens, » a déclaré un officier à ses collègues en apprenant cette décision de bombarder.

    « Nous savons qu’il n’y a pas eu d’attaque chimique… les Russes sont furieux. Ils disent que nous avons les bons renseignements et que nous connaissons la vérité… Je crois que d’avoir élu Clinton ou Trump, c’est du pareil au même. »

    Quelques heures après le bombardement du 4 avril, les médias du monde entier étaient saturés de photographies et de vidéos de Khan Cheikhoun.

    Des photographies de victimes mortes et agonisantes, censées souffrir de symptômes d’empoisonnement par un gaz neurotoxique, ont été mises en ligne sur les médias sociaux par des militants locaux, notamment les Casques blancs, un groupe de premier secours connu pour ses liens étroits avec l’opposition syrienne.

    Seymour M. Hersh a révélé le massacre de My Lai au Vietnam en 1968. Il a découvert les abus à la prison d’Abou Ghraib en Irak et beaucoup d’autres affaires sur la guerre et la politique
    Source: Getty Images/Getty Images Amérique du Nord

    L’origine des photos n’était pas claire et aucun observateur international n’avait encore inspecté le site, mais l’hypothèse immédiate la plus répandue à l’échelle mondiale était qu’il s’agissait d’une utilisation délibérée de l’agent neurotoxique sarin, autorisée par le président syrien Bachar el-Assad.

    Dans les heures qui suivirent l’attaque, Trump approuva cette hypothèse dans une déclaration décrivant les « actes odieux » d’Assad comme une conséquence de la « faiblesse et de l’indécision » de l’administration Obama en faisant référence à ce qu’il a dit être la précédente utilisation d’armes chimiques par la Syrie.

    À la consternation de plusieurs hauts membres de son équipe de sécurité nationale, il a été impossible d’influencer Trump au cours des 48 heures de briefings intensifs et de prise de décision qui ont suivi.

    Par une série d’entrevues, j’ai été informé de la totale déconnexion entre le président et plusieurs de ses conseillers militaires et du renseignement, ainsi qu’avec des officiers sur place dans la région qui avaient une compréhension totalement différente de la nature de l’attaque contre Khan Cheikhoun. J’ai eu la preuve de cette déconnexion par les transcriptions de communications en temps réel, immédiatement après l’attaque syrienne du 4 avril. Lors d’un important processus préalable aux frappes connu sous le nom de “deconfliction”, les officiers américains et russes s’échangent régulièrement, à l’avance, tous les détails sur l’itinéraire des vols prévus ainsi que les coordonnées des cibles, afin de s’assurer qu’il n’y ait aucun risque de collision ni de rencontre accidentelle (les Russes représentant l’armée syrienne). Cette information est fournie quotidiennement aux avions de surveillance AWACS américains qui surveillent les vols en cours.

    Le succès et l’importance de la “deconfliction” se mesurent au fait qu’il n’y a eu jusqu’ici aucune collision, ni même proximité, entre les bombardiers supersoniques à haute puissance des Américains, des alliés, des Russes et des Syriens.

    Les officiers de la Force aérienne russe et syrienne ont donné, directement en anglais, des détails sur leur plan de vol soigneusement planifié du 4 avril vers et depuis Khan Cheikhoun à l’équipe de surveillance de la “deconfliction” embarquée dans un avion AWACS, en patrouille près de la frontière turque, à 60 milles au nord ou plus.

    La cible syrienne à Khan Cheikhoun, telle que déclarée aux Américains à Doha, était décrite comme un bâtiment à deux étages dans la partie nord de la ville. Les renseignements russes, partagés si nécessaire avec la Syrie et les États-Unis dans le cadre de leur lutte conjointe contre les groupes djihadistes, avait établi qu’une réunion de haut niveau de dirigeants djihadistes devait avoir lieu dans le bâtiment, comprenant des représentants d’Ahrar al-Sham et du groupe affilié à al-Qaïda, anciennement connu sous le nom de Jabhat al-Nosra.

    Les deux groupes avaient récemment uni leurs forces et contrôlaient la ville et ses alentours. Les renseignements russes décrivaient le bâtiment en parpaings comme un centre de commandement et de contrôle abritant au rez-de-chaussée une épicerie et d’autres locaux commerciaux, à proximité d’autres magasins de base, dont un magasin de textile et un magasin d’électronique.

    « Les rebelles contrôlent la population en contrôlant la distribution des biens dont les gens ont besoin pour vivre – les aliments, l’eau, l’huile de cuisson, le gaz propane, les engrais pour les cultures et les insecticides pour protéger les récoltes, » m’a dit un conseiller principal de la communauté du renseignement américaine, qui a occupé des postes élevés au Ministère de la Défense et à la CIA.

    Le sous-sol était utilisé pour stocker des roquettes, des armes et des munitions, ainsi que des produits qui pourraient être distribués gratuitement à la communauté, parmi lesquels des médicaments et des décontaminants à base de chlore pour nettoyer les morts avant l’inhumation.

    Le lieu de rendez-vous – un État-major régional – était à l’étage au-dessus. « C’était un lieu de rencontre bien établi, » a déclaré le conseiller principal. « Une installation de longue date qui devait avoir des agents de sécurité, des armes, des moyens de communication, des fichiers et un centre de cartographie. » Les Russes, dans l’intention de confirmer leurs renseignements, ont déployé un drone pendant des jours au-dessus du site pour surveiller les communications et développer ce qui est connu dans la communauté du renseignement comme un POL (Pattern Of Life) – un modèle de comportement. Le but était de répertorier les entrées et sorties du bâtiment, gens et armes, y compris les roquettes et les munitions.

    Une des raisons du message russe à Washington concernant l’objectif visé était de s’assurer que tout agent ou informateur de la CIA ayant réussi à infiltrer la direction des djihadistes soit averti de ne pas assister à la réunion.

    On m’a dit que les Russes avaient transmis l’avertissement directement à la CIA. « Ils jouaient bien le jeu, » m’a déclaré le conseiller principal. La direction russe notait que le rassemblement djihadiste se produisait à un moment d’intense pression sur les insurgés.

    Probablement Jabhat al-Nosra et Ahrar al-Sham cherchaient désespérément leur chemin dans le nouveau climat politique. Au cours des derniers jours de mars, Trump et deux de ses principaux conseillers à la Sécurité nationale – le secrétaire d’État Rex Tillerson et l’ambassadeur des Nations Unies Nikki Haley – avaient fait des déclarations reconnaissant que, comme l’a déclaré le New York Times, la Maison-Blanche avait « abandonné l’objectif » de pousser Assad à « quitter le pouvoir, marquant un abandon notable de la politique au Moyen-Orient qui a guidé l’administration Obama pendant plus de cinq ans. » Le secrétaire de presse de la Maison-Blanche Sean Spicer avait déclaré à la presse le 31 mars que « il y a une réalité politique que nous devons accepter, » ce qui signifiait qu’Assad était là pour rester.

    Les responsables du renseignement russe et syrien, qui coordonnent étroitement les opérations avec les postes de commandement américains, ont précisé que la frappe planifiée sur Khan Cheikhoun était spéciale en raison de la haute valeur de la cible. « C’était un signal d’alerte.

    La mission sortait de l’ordinaire – en dehors du train-train, » m’a indiqué le conseiller principal. « Tout officier des opérations dans la région » – dans l’armée, le Corps des marines, la Force aérienne, la CIA et la NSA – « savait qu’il allait se passer quelque chose.

    Les Russes avaient donné à la Force aérienne syrienne une bombe guidée, ce qui est très rare. Ils sont à court de bombes guidées et les partagent rarement avec l’Armée de l’Air syrienne. Les Syriens avaient assigné leur meilleur pilote à la mission, avec leur meilleur ailier. » Le renseignement donné à l’avance par les Russes concernant la cible a reçu la plus haute cotation possible en vigueur chez les Américains.

    La Directive du chef d’État-Major des Armées régissant les opérations militaires américaines sur le théâtre, qui a été émise par le président du Comité des chefs d’état-major interarmées, donne les instructions qui délimitent les relations entre les forces américaines et russes opérant en Syrie. « C’est comme un ordre opérationnel : voici ce que vous êtes autorisés à faire, » m’a déclaré le conseiller. « Nous ne partageons pas le contrôle opérationnel avec les Russes.

    Nous ne faisons pas d’opérations combinées avec eux, ou des activités directement en appui de l’une de leurs opérations. Mais la coordination est autorisée. Nous nous tenons mutuellement informés de ce qui se passe, et dans ce paquet il y a l’échange mutuel de renseignements.

    Si nous avons un tuyau qui pourrait aider les Russes à faire leur mission, c’est de la coordination ; et les Russes font de même pour nous. Lorsque nous avons un tuyau sur une installation de commandement et de contrôle, » a ajouté le conseiller, en se référant à la cible de Khan Cheikhoun, « nous faisons ce que nous pouvons pour les aider à agir. » « Ce n’était pas une frappe chimique, » a déclaré le conseiller. « C’est une blague. Si c’était le cas, tous les hommes impliqués dans le transfert, le chargement et l’armement de la munition – vous devez lui donner l’apparence d’une bombe classique de 500 livres – porteraient des tenues Hazmat (Hazardous materiel suit) de protection contre les fuites.

    Il y aurait très peu de chance de survie sans ce type d’équipement. Le sarin militaire comprend des additifs conçus pour augmenter la toxicité et la létalité. Chaque lot qui sort est maximisé pour tuer.

     

    C’est ce pourquoi il est fait. Il est inodore et invisible et la mort vient dans la minute. Pas de nuage. Pourquoi produire une arme si les gens peuvent s’enfuir ? »

    Cette photographie de l’opposition syrienne (Edlib Media Center) montre les suites de la frappe contre la ville de Khan Cheikhoun. Un grand bâtiment a été frappé, mais le lieu exact de la frappe n’est pas clair.

    Source: photo alliance / ZUMAPRESS.com/Shalan Stewart

     

    L’objectif a été atteint à 6h55 le 4 avril, juste avant minuit à Washington. Une évaluation des dommages de la bombe (BDA) par l’armée américaine a déterminé plus tard que la chaleur et la force de la bombe syrienne de 500 livres avait déclenché une série d’explosions secondaires qui auraient pu générer un énorme nuage toxique qui a commencé à s’étendre sur la ville, formé par la libération des engrais, des désinfectants et d’autres substances stockés dans le sous-sol, ses effets étant amplifiés par l’air dense du matin, qui a piégé les fumées près du sol.

     

    Selon les estimations du renseignement, a déclaré le conseiller principal, la frappe par elle-même a tué jusqu’à quatre dirigeants djihadistes et un nombre inconnu de conducteurs et d’agents de sécurité. Il n’y a pas de compte rendu confirmé du nombre de civils tués par les gaz toxiques relâchés par les explosions secondaires, bien que les militants de l’opposition aient signalé qu’il y avait plus de 80 morts, et des médias tels que CNN aient évalué ce nombre jusqu’à 92.

    Une équipe de Médecins Sans Frontières, traitant les victimes de Khan Cheikhoun dans une clinique à 60 miles au nord, a déclaré que « huit patients présentaient des symptômes – pupilles resserrées, spasmes musculaires et défécation involontaire – compatibles avec l’exposition à un agent neurotoxique comme le gaz sarin ou des composés similaires. » MSF a également visité d’autres hôpitaux qui avaient reçu des victimes et a constaté que les patients « sentaient l’eau de Javel, laissant supposer qu’ils avaient été exposés au chlore. »

     

    En d’autres termes, les éléments de preuve suggéraient qu’il n’y avait pas un unique agent chimique responsable des symptômes observés, ce qui n’aurait pas été le cas si l’Armée de l’Air Syrienne – comme le prétendaient les militants de l’opposition – avait lâché une bombe au sarin, qui n’a pas la puissance de percussion ou d’incendie nécessaire pour déclencher les explosions secondaires.

    En revanche, la gamme des symptômes est compatible avec la libération d’un mélange de produits chimiques, chlore et organophosphates utilisés dans de nombreux engrais, ce qui peut provoquer des effets neurotoxiques similaires à ceux du sarin.

    L’Internet s’est mis en branle en quelques heures, et des photographies horribles des victimes ont inondé les réseaux de télévision et YouTube.

    Les services de renseignement américains furent chargés d’établir ce qui s’était passé. Parmi les informations reçues, il y avait l’interception des communications syriennes recueillies avant l’attaque par une nation alliée. L’interception, qui a eu un effet particulièrement fort sur certains assistants de Trump, ne mentionnait ni gaz neurotoxique ni sarin, mais citait un général syrien qui parlait d’une arme « spéciale » et disait qu’il fallait pour cette attaque aérienne un pilote hautement qualifié.

    Cette référence, comme l’ont compris les membres de la communauté du renseignement américain – et comme beaucoup d’assistants inexpérimentés et des membres de la famille proches de Trump pourraient ne pas l’avoir compris – était la bombe russe fournie avec son système de guidage intégré. « Si vous avez déjà décidé que c’était une attaque au gaz, vous lirez inévitablement la mention d’une arme spéciale comme celle d’une bombe au sarin, » a déclaré le conseiller. « Les Syriens ont-ils planifié l’attaque contre Khan Cheikhoun ? Absolument.

    Avons-nous des interceptions pour le prouver ? Absolument. Ont-ils envisagé d’utiliser le sarin ? Non. Mais le président n’a pas dit : « Nous avons un problème, examinons cette question. » Il voulait écraser la Syrie sous les bombes. »

    À l’ONU, le lendemain, l’ambassadrice Haley a créé la sensation dans les médias en montrant les photos des morts et a accusé la Russie d’être complice. « Combien d’autres enfants doivent mourir avant que la Russie ne s’en soucie ? » demanda-t-elle. NBC News, dans un reportage typique de ce jour-là, a cité des fonctionnaires américains confirmant qu’un gaz neurotoxique avait été utilisé et Haley a attribué l’attaque directement au président syrien Assad.

    « Nous savons que l’attaque d’hier a été un sommet jamais atteint, même par un régime aussi barbare que celui d’Assad, » a-t-elle déclaré. La précipitation de l’Amérique à accuser la Syrie et à critiquer la Russie pour son soutien au démenti syrien de l’utilisation de gaz à Khan Cheikhoun, comme l’ambassadeur Haley et d’autres à Washington l’ont fait, a ceci d’ironique, » m’a déclaré le conseiller « que, s’il y avait eu une attaque de gaz neurotoxique syrien autorisée par Bachar, les Russes auraient été dix fois plus contrariés que n’importe qui en Occident.

    La stratégie de la Russie contre l’EI, qui consiste à obtenir la coopération américaine, aurait été détruite et Bachar aurait pris la responsabilité d’emmerder la Russie avec des conséquences incalculables pour lui. Bachar l’aurait-il fait ? Alors qu’il est sur le point de gagner la guerre ? Vous plaisantez, j’espère ? »

    Trump, spectateur assidu des journaux télévisés, a déclaré, alors que le roi Abdullah de Jordanie était assis à son côté dans le Bureau ovale, que ce qui s’était passé était « horrible, horrible » et un « terrible affront à l’humanité. » Interrogé sur un changement de politique envers le gouvernement Assad, il a déclaré : « Vous verrez. »

     

    Lors de sa conférence de presse suivante avec le roi Abdullah, il a donné une idée de la réponse à venir : « Lorsque vous tuez des enfants innocents, des bébés innocents – des bébés, des petits bébés – avec un gaz chimique qui est si meurtrier… cela dépasse beaucoup, beaucoup de lignes, au-delà de la ligne rouge…

    Cette attaque contre les enfants hier a eu un grand impact sur moi. Un grand impact… C’est très, très possible… que mon attitude envers la Syrie et Assad ait beaucoup changé. »

    Quelques heures après avoir visionné les photos, m’a déclaré le conseiller, Trump a chargé l’appareil national de Défense de planifier des représailles contre la Syrie. « Il a fait cela avant d’en parler à quiconque. Les planificateurs ont ensuite demandé à la CIA et à la DIA s’il y avait des preuves que la Syrie avait stocké du sarin dans un aéroport voisin ou quelque part dans la région. Leur armée devait en avoir quelque part dans la région pour pouvoir bombarder avec.

    La réponse a été : « Nous n’avons aucune preuve que la Syrie avait du sarin ou l’a utilisé, » m’a déclaré le conseiller. « La CIA leur a également dit qu’il n’y avait pas eu de livraison de gaz sarin résiduel à Cheyrat [l’aérodrome à partir duquel les bombardiers SU-24 syriens avaient décollé le 4 avril] et qu’Assad n’avait aucune raison de se suicider. »

    Toutes les personnes impliquées, sauf peut-être le Président, savaient aussi qu’une équipe hautement qualifiée des Nations Unies avait passé plus d’un an, à la suite d’une prétendue attaque au sarin en 2013 par la Syrie, à détruire dans une douzaine de dépôts ce qu’on avait dit être la totalité des armes chimiques syriennes.

    À ce stade, a déclaré le conseiller, les planificateurs de la sécurité nationale du Président ont été un peu secoués : « Personne ne connaissait la provenance des photographies. Nous ne savions pas qui étaient les enfants ou comment ils avaient été blessés.

    Le sarin est en réalité très facile à détecter car il pénètre dans la peinture, et tout ce qu’il y a à faire est d’obtenir un échantillon de peinture. Nous savions qu’il y avait un nuage et nous savions qu’il blessait les gens. Mais de là, vous ne pouvez pas sauter à la certitude qu’Assad avait caché du sarin de l’ONU parce qu’il voulait l’utiliser à Khan Cheikhoun. »

    Les renseignements avaient confirmé qu’un bombardier SU-24 de la Force aérienne syrienne avait utilisé une arme conventionnelle pour frapper sa cible : il n’y avait pas de tête chimique. Et pourtant, il a été impossible aux experts d’en persuader le président, une fois sa décision prise. « Le président a vu les photographies de petites filles empoisonnées et a déclaré que c’était une atrocité d’Assad, » a déclaré le conseiller principal.

    « C’est typique de la nature humaine. Vous sautez sur la conclusion que vous voulez. Les analystes du renseignement ne se disputent pas avec un Président.

    Ils ne vont pas lui dire : “Si vous interprétez les données comme cela, je m’en vais”. »

    Le président Donald J. Trump avec quelques-uns de ses conseillers les plus proches à Mar-a-Lago le 6 avril 2017 lors d’un briefing top secret sur les résultats de la frappe de missiles sur la base aérienne d’Al-Shayrat

    Les conseillers à la sécurité nationale ont bien compris le dilemme : Trump voulait répondre à l’affront à l’humanité commis par la Syrie et il ne voulait pas en être dissuadé. Ils avaient affaire à un homme qu’ils considéraient comme ni méchant et ni stupide, mais ses limites en matière de décisions de sécurité nationale étaient étroites. « Tous ses proches connaissent sa propension à agir de façon précipitée alors qu’il ne connaît pas les faits, » m’a déclaré le conseiller. « Il ne lit rien et n’a pas de connaissances historiques réelles. Il veut des exposés verbaux et des photographies.

    C’est un preneur de risques.

    Dans le monde des affaires, il peut accepter les conséquences d’une mauvaise décision, il va juste perdre de l’argent. Mais dans notre monde, ce sont des vies qui seront perdues et il y aura des dommages à long terme pour notre sécurité nationale s’il se trompe.

    On lui a dit que nous n’avions aucune preuve de l’implication syrienne et pourtant Trump a dit: “Faites-le”. »

    Le 6 avril, Trump a convoqué une réunion des responsables de la sécurité nationale dans sa propriété de Mar-a-Lago en Floride.

    Le but de la réunion n’était pas de décider quoi faire, mais de la meilleure façon de le faire – ou, comme certains le voulaient, de comment faire le minimum pour que Trump soit content. « Le patron savait avant la réunion qu’ils n’auraient pas les renseignements, mais ce n’était pas un problème, » a déclaré le conseiller.

    « La réunion, c’était ” Voici ce que je vais faire “, puis il a demandé les options. »

    Les renseignements disponibles n’étaient pas pertinents. L’homme le plus expérimenté à la table était le secrétaire à la Défense, James Mattis, un général  à la retraite du Corps des Marines qui jouissait du respect du président et avait compris, peut-être, à quelle vitesse cela pouvait s’évaporer.

    Mike Pompeo, le directeur de la CIA, dont l’agence avait constamment signalé qu’il n’avait aucune preuve d’une bombe chimique syrienne, n’était pas présent. Le secrétaire d’État Tillerson était très admiré en interne pour sa volonté de travailler de longues heures et sa lecture avide de câbles diplomatiques et de rapports, mais il en savait peu sur la guerre et la gestion d’un bombardement. Les participants étaient dans le pétrin, a déclaré le conseiller. « Le président avait été émotionnellement galvanisé par la catastrophe et il voulait des options. » Il en a eu quatre, par ordre de gravité croissante.

    L’option 1 était de ne rien faire. Tous les participants, a déclaré le conseiller, comprenaient qu’elle n’était pas envisageable.

    L’option 2 était une tape sur le poignet : bombarder un aérodrome en Syrie, mais seulement après avoir alerté les Russes et, à travers eux, les Syriens, pour éviter de nombreuses victimes.

    Certains des planificateurs l’ont appelé l’« option gorille » : l’Amérique jetterait un regard noir et battrait son torse pour faire peur et manifester sa détermination, mais sans causer de dégâts considérables. L’option 3 était d’adopter le programme de frappe qui avait été présenté à Obama en 2013 et qu’il avait finalement choisi de ne pas poursuivre.

    Ce plan prévoyait le bombardement massif des principaux aérodromes syriens et des centres de commandement et de contrôle, en utilisant des avions B1 et B52 lancés depuis leurs bases aux États-Unis. L’option 4 était la « décapitation » : supprimer Assad en bombardant son palais à Damas, ainsi que son réseau de commande et de contrôle, et tous les bunkers souterrains dans lesquels il pourrait éventuellement se réfugier en cas de crise.

    « Trump a exclu d’emblée l’option une, » a déclaré le conseiller principal, et l’assassinat d’Assad n’a jamais été pris en considération. « Mais il a déclaré, en substance : “Vous êtes l’armée et je veux une action militaire”. » Le Président était également opposé, au début, à l’idée de donner aux Russes un avertissement préalable avant la frappe, mais il l’a accepté à contrecœur.

    « Nous lui avons donné l’option Boucles d’or – pas trop chaud, pas trop froid, mais juste entre les deux. » La discussion avait des moments bizarres. Tillerson a demandé lors de la réunion de Mar-a-Lago pourquoi le président ne pouvait pas tout simplement appeler les bombardiers B52 et pulvériser la base aérienne. On lui a dit que les B52 étaient très vulnérables aux missiles sol-air (SAM) de la région et que l’utilisation de ces avions nécessiterait un incendie de suppression qui pourrait tuer des défenseurs russes.

    « Qu’est-ce que c’est ? » a demandé Tillerson. Eh bien, monsieur, on lui a dit, cela signifie que nous devrions détruire les sites SAM de haute performance tout le long de la trajectoire de vol des B52, que ceux-ci sont manœuvrés par les Russes, et que nous serions confrontés à une situation beaucoup plus difficile. « Voilà la leçon : remerciez Dieu qu’il y ait eu des militaires à la réunion, » a déclaré le conseiller.

    « Ils ont fait de leur mieux face à une décision déjà prise. »

    Cinquante-neuf missiles Tomahawk ont été tirés depuis deux destroyers de la marine américaine en service en Méditerranée, le Ross et le Porter, sur la base aérienne d’Al-Shayrat près de la ville de Homs, contrôlée par le gouvernement.

    La frappe a été aussi réussie que prévu, en termes de dommages minimaux. Les missiles ont une charge utile légère – environ 220 livres de HBX, la version militaire moderne du TNT. Les réservoirs de stockage d’essence de l’aérodrome, la cible principale, ont été pulvérisés, a déclaré le conseiller principal, déclenchant un énorme feu et des nuages de fumée qui ont entravé le système de guidage des missiles suivants. Jusqu’à 24 missiles ont manqué leurs cibles et seulement quelques-uns des Tomahawks ont effectivement pénétré dans des hangars, détruisant neuf avions syriens, beaucoup moins que ce que l’administration Trump a revendiqué.

    On m’a dit qu’aucun des neuf n’était opérationnel : les avions endommagés sont ce que l’armée de l’air appelle les reines des hangars. « C’étaient des agneaux pour le sacrifice, » a déclaré le conseiller principal.

    La majorité du personnel important et des avions de combat opérationnels avaient été transportés vers des bases proches des heures avant le début du raid.

    Les deux pistes et les places de stationnement des aéronefs, également ciblées, ont été réparées et remises en service dans un délai de huit heures environ. Dans l’ensemble, c’était à peine plus qu’un coûteux feu d’artifice.

    « C’était un spectacle totalement à la Trump, du début à la fin, » a déclaré le conseiller principal. « Quelques conseillers supérieurs à la sécurité nationale du Président ont considéré la mission comme une mauvaise décision présidentielle minimisée, et qu’ils avaient l’obligation de mener à bien.

    Mais je ne pense pas que nos membres de la sécurité nationale soient prêts à se faire à nouveau pousser dans une mauvaise décision. Si Trump était parti pour l’option 3, il aurait pu y avoir des démissions immédiates. »

    Après la réunion, pendant que les Tomahawks étaient en route, Trump a parlé à la nation depuis Mar-a-Lago et a accusé Assad d’utiliser des gaz neurotoxiques pour étouffer « la vie d’hommes, de femmes et d’enfants impuissants. C’était une mort lente et brutale pour tant de personnes… Aucun enfant de Dieu ne devrait jamais subir une telle horreur. »

    Les jours suivants ont été ses plus triomphants en tant que Président. L’Amérique s’est ralliée à son commandant en chef, comme c’est toujours le cas en temps de guerre. Trump, qui avait fait campagne comme celui qui préconisait la paix avec Assad, bombardait la Syrie 11 semaines après son entrée en fonction et était salué par les Républicains, les Démocrates et les médias.

    Le célèbre animateur de télévision Brian Williams, de MSNBC, a utilisé le mot « beau » pour décrire les images des Tomahawks lancés depuis la mer.

    Parlant sur CNN, Fareed Zakaria a déclaré : « Je pense que Donald Trump est devenu Président des États-Unis. »

    Une revue des 100 premiers journaux américains a montré que 39 d’entre eux ont publié par la suite des éditoriaux appuyant l’attaque, dont le New York Times, le Washington Post et le Wall Street Journal.

    Les missiles Tomahawk n’ont fait que peu de dommages sur la base aérienne syrienne Source: AP Photo/HM BH

    Cinq jours plus tard, l’administration Trump a rassemblé les médias nationaux pour une séance d’information sur l’opération syrienne menée par un haut responsable de la Maison-Blanche qui ne devait pas être nommé.

    L’essentiel de la séance d’information était que le démenti de la Russie, à chaud et par la suite, que du sarin ait été utilisé dans le bombardement du Khan Cheikhoun était un mensonge, puisque le président Trump avait déclaré que du sarin avait été utilisé.

    Cette affirmation, qui n’a été contestée ou contredite par aucun des journalistes présents, a servi de base à une série de critiques supplémentaires :

    – La poursuite du mensonge de l’administration Trump sur l’utilisation de sarin par la Syrie a conduit à une croyance répandue dans les médias américains et le public que la Russie avait choisi de s’impliquer dans une désinformation malhonnête et une campagne de dissimulation de la part de la Syrie.

    – Les forces militaires russes cohabitent avec celles de la Syrie sur l’aérodrome d’Al-Shayrat (comme elles le font dans toute la Syrie), ce qui soulève la possibilité que la Russie ait eu connaissance de la détermination de la Syrie d’utiliser le sarin à Khan Cheikhoun et n’ait rien fait pour l’arrêter.

    – L’utilisation de sarin par la Syrie et la défense de cette utilisation par la Russie a fortement suggéré que la Syrie avait soustrait des stocks de l’agent neurotoxique à l’équipe de désarmement des Nations Unies, qui a passé une grande partie de l’année 2014 à inspecter et à détruire tous les agents de guerre chimique déclarés dans 12 dépôts syriens d’armes chimiques ; ceci conformément à l’accord élaboré par l’administration Obama et la Russie après l’utilisation présumée, mais toujours non prouvée, de sarin l’année précédente contre une redoute rebelle dans une banlieue de Damas.

    L’orateur, à son crédit, a pris soin d’utiliser les mots « penser », « suggérer » et « croire » au moins 10 fois pendant les 30 minutes de l’événement.

    Mais il a également déclaré que son exposé était fondé sur des données qui avaient été déclassifiées par « nos collègues de la communauté du renseignement ».

    Ce que l’orateur n’a pas dit, et peut-être pas su, est que la plupart des informations classifiées de la communauté assuraient que la Syrie n’avait pas utilisé le sarin lors de l’attaque aérienne du 4 avril.

    La presse grand public a répondu de la façon que la Maison-Blanche avait espérée : les articles attaquant la prétendue dissimulation de l’utilisation du sarin par la Syrie dominent les nouvelles, et de nombreux médias ont ignoré la myriade de réserves de l’orateur.

    Il régnait un sentiment de Guerre froide renouvelée. Le New York Times, par exemple – le premier journal américain – a mis le titre suivant sur son compte rendu : « La Maison-Blanche accuse la Russie de couvrir l’attentat chimique en Syrie. »

    Le compte rendu du Times a pris note du démenti russe, mais ce que l’orateur avait appelé une « information déclassifiée » est devenu soudainement un « rapport des renseignements déclassifié ». Pourtant, il n’y a pas eu de rapport officiel des renseignements indiquant que la Syrie a utilisé du sarin, simplement une « synthèse fondée sur des informations déclassifiées sur les attaques, » comme l’appelait l’orateur.

    La crise a glissé en arrière-plan fin avril, alors que la Russie, la Syrie et les États-Unis se concentraient sur l’anéantissement de l’EI et des milices d’al-Qaïda.

    Certains de ceux qui ont travaillé pendant la crise, cependant, ont eu des problèmes persistants. « Les salafistes et les djihadistes ont obtenu tout ce qu’ils voulaient avec leur subterfuge hyper-médiatisé du gaz neurotoxique syrien, » a déclaré le conseiller principal de la communauté des services secrets des États-Unis, se référant à l’accroissement des tensions entre la Syrie, la Russie et l’Amérique. « La question est, que faire s’il y a un autre false-flag d’attaque au sarin attribué à la Syrie détestée ?

    Trump a placé la barre très haut et s’est coincé lui-même avec sa décision de bombarder. Et ne croyez pas que ces gars ne planifient pas la prochaine fausse attaque.

    Trump n’aura pas d’autre choix que de bombarder à nouveau, et plus durement. Il est incapable d’admettre qu’il a commis une erreur. »

    La Maison-Blanche n’a pas répondu aux questions précises sur le bombardement de Khan Cheikhoun et de l’aéroport d’Al-Shayrat.

    Ces questions ont été envoyées par courrier électronique à la Maison-Blanche le 15 juin et n’ont jamais eu de réponse.

    Source: Die Welt, Seymour M. Hersh, le 25/06/2017

     

    Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

    http://www.les-crises.fr


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    Un exemple de la façon dont Associated Press répand une info bidon


    Par Moon of Alabama– Le 18 juin 2017

    Les informations non factuelles, les infos bidons, ont des conséquences politiques. Surtout quand elles sont récoltées par des propagandistes partisans qui s’en servent pour atteindre leurs objectifs.

     

    Il n’est pas toujours facile de suivre consciencieusement la piste des infos bidons, mais voici un exemple récent « pris à la volée ».

     

    Associated Press(AP) est une agence de presse à but non lucratif et politiquement neutre, financée par des journaux américains et d’autres médias de divers bords politiques.

     

    Son large éventail de clients l’empêche (presque) de faire des déclarations nationales partisanes. Son approche des problèmes internationaux est différente.

    La sélection des informations qu’elle rapporte est motivée par les intérêts de ses clients et, par conséquent, déjà biaisée dans sa sélection.

    Mais les rapports factuels sur des informations sont généralement simples – ou supposés tels. Les décisions politiques sont parfois basées sur ses communiqués de presse.

    Il est donc préoccupant qu’elle diffuse des nouvelles visiblement fausses.

     

    Hier, AP a publié cette info:

    Le compte vérifié d’Associated Press @AP

    La Russie affirme avoir tué le leader d’EI, al-Baghdadi. Https: //apnews.com /

    7h51 – 16 juin 2017

    NY Daily news, FOX News, Politico et beaucoup d’autres médias d’information ont réédité et / ou republié cette info d’AP. La version de Politico déclare :

    La Russie a déclaré vendredi qu’elle a tué le chef du groupe État islamique dans une attaque aérienne visant une réunion des dirigeants d’EI, à l’extérieur de la capitale de facto du groupe en Syrie.

    Le ministère russe de la Défense a déclaré qu’Abu Bakr al-Baghdadi et d’autres commandants du groupe ont été tués lors d’une frappe russe, fin mai.

    Il m’a semblé que quelque chose clochait, dans cet article d’AP. La Russie est habituellement très prudente avec ce genre de déclaration et tend à éviter les affirmations hasardeuses. (L’armée américaine, par contre…)

     

    J’ai donc vérifié auprès de l’agence russe officielle TASS, qui a signalé quelque chose de différent : le dirigeant d’EI pourrait avoir été tué dans une frappe aérienne russe en Syrie.

     

    MOSCOU, le 16 juin / TASS /. Le ministère russe de la Défense a déclaré qu’il était en train de vérifier si le dirigeant du groupe terroriste État islamique, Ibrahim Abu Bakr al-Baghdadi, a bien été tué par une attaque aérienne russe dans la banlieue sud de Raqqa, en Syrie, à la fin du mois de mai.

     

    D’autres sources d’informations russes en ont également parlé. Le ministère russe de la Défense n’a jamais affirmé que ses forces avaient tué Baghdadi.

     

    Il a seulement déclaré qu’il étudiait de telles allégations. Le New York Times ayant son propre journaliste à Moscou a également publié un article plus précis:

    « Les militaires russes disent qu’ils ont peut être tué le chef d’EI. »

     

    MOSCOU – L’armée russe a déclaré vendredi qu’elle cherchait à savoir si l’une de ses frappes aériennes sur le désert syrien avait tué Abu Bakr al-Baghdadi, le calife autoproclamé d’État islamique.

    Dans un communiqué, le ministère de la Défense a déclaré que l’armée de l’air russe avait bombardé une réunion des dirigeants d’État islamique, le 28 mai, à l’extérieur de Raqqa, en Syrie, la capitale de fait du groupe, et peut-être tué Mr. Baghdadi.

     

     

    De toute évidence, le rapport d’Associated Press, largement diffusé, était effectivement faux. J’étais préoccupé par le fait que ces fausses déclarations pourraient avoir des conséquences :

    Moon of Alabama @MoonofA

    Moon of Alabama a Retweeté The Associated Press

    Tass dit que la Russie ne fait qu’enquêter sur une telle allégation. @AP exagère-elle ici ? Pour blâmer la Russie quand la déclaration se révèlera fausse?

    Http://tass.com/world/951708

    8h43 – 16 juin 2017

    Mon souci que « la Russie soit blâmée » s’est révélé justifié lorsque les bidonneurs ont commencé à utiliser le rapport bidon d’AP pour faire avancer leur plan politique.

    Paul Cruickshank est

    Rédacteur en chef à CTC Sentinel – Analyste du terrorisme à CNN – Co-auteur du best-seller international Agent Storm– Dans le top ten des meilleurs auteurs de romans d’espionnage sélectionnés par le Guardian.

    Paul Cruickshank s’est emparé de l’article d’AP sans même le vérifier

    Paul Cruickshank Compte vérifié @CruickshankPaul

    Cinq raisons pour lesquelles nous devrions être profondément sceptiques quant à la déclaration russe concernant Baghdadi.

    9h47 – 16 juin 2017

    La Russie n’a jamais fait la déclaration que Cruickshank pensait qu’elle avait fait, mais il utilise l’info bidon d’AP pour avancer sa propre narrative:

    Paul Cruickshank Compte vérifié @CruickshankPaul

    1. Cela vient des Russes, qui ont tout intérêt à être considérés comme se battant contre EI (alors qu’ils se concentrent sur autre chose).

    9h54 – 16 juin 2017

    Pour mémoire : la Russie (et la Syrie et ses autres alliés) ont combattu EI chaque fois que possible. Ce sont les États-Unis qui n’ont pas combattu EI, mais l’ont utilisé et l’utilisent encore pour leur propre objectif. Obama et Kerry l’ont admis publiquement (en bas du texte pour leurs citations).

     

    Ce n’est qu’après que la Russie a montré que des milliers de camions-citernes transportaient du pétrole des zones tenues par EI vers la Turquie, sans que les États-Unis n’y fassent quoi que ce soit, que les États-Unis se sont ralliés pour les bombarder.

     

    Cruickshank utilise les infos bidons d’AP pour répandre sa propre fausse affirmation, selon laquelle la Russie et la Syrie n’ont pas combattu EI et ne le font pas plus maintenant.

    Un autre bidonneur est le promoteur, payé par le Golfe, des « rebelles » takfirs de Syrie, Charles Lister : « La déclaration russe à propos de Baghdadi nécessite une vérification. »

     

    Par Charles Lister

    L’affirmation russe disant avoir tué le chef d’EI, Abu Bakr al-Baghdadi, au cours d’une attaque aérienne à Raqqa le 28 mai devrait être prise avec beaucoup de suspicion.

    […]

    La Russie a une longue liste de fausses déclarations et de désinformation délibérée diffusées lors de sa campagne en Syrie.

    […]

    Au-delà de cette revendication russe probablement fausse…

    Cruickshank et Lister diffusent tous les deux une propagande sans faits avérés, vendue comme la conclusion d’une information provenant d’AP. Mais le rapport d’APétait une info bidon.

    S’il est nécessaire de prendre ce rapport « avec beaucoup de suspicion », pourquoi ne pas revenir en arrière et vérifier le rapport d’AP en premier lieu? Lister et Cruickshank ne l’ont visiblement pas fait.

    Pendant ce temps, Associated Press a corrigé son article bidon.

    Sous le même lien, le titre est maintenant: « Incertitude quant au sort du chef d’État islamique après la frappe aérienne. » (Le lien vers l’article dit toujours « La-Russie-revendique-avoir-tué… »).

     

     

    BEYROUTH (AP) – L’incertitude et la confusion ont entouré le sort du chef du groupe État islamique, vendredi, alors que la Russie a annoncé qu’elle l’avait peut-être tué…

    […]

    A part l’affirmation de Moscou selon laquelle il aurait peut-être été tué lors de l’attaque aérienne du 28 mai avec plus de 300 militants, il n’y avait pas grand-chose pour soutenir une telle affirmation.

     

    Le ministère russe de la Défense a déclaré que l’information sur sa mort était toujours « en train d’être vérifiée par différents moyens ».

    Pendant qu’AP corrigeait son article, son tweet original ou les autres rapports médiatiques dérivés du premier article n’étaient pas corrigés.

    Les bidonneurs qui ont fait leurs propres analyses politiques en fonction de cette info bidon ne vont certainement pas mettre à jour et corriger leurs analyses.

    Les infos bidons peuvent être dangereuses. Mais ce ne sont pas celles d’un blog partisan peu lu, qui sont un danger pour le public.

    Ce sont celles diffusées par les médias traditionnels et les grandes agences de presse qui sont vraiment préoccupantes.

    Notez que le premier article d’AP, comme on peut le voir sur la capture d’écran ci-dessus, a « Moscou » en en-tête. Le corrigé a lui, « Beyrouth ». L’auteur de l’info bidon d’AP est son correspondant à Moscou, Vladimir Isachenkov.

    Il est certainement juste de dire que les autres rapports d’Isachenkov de Moscou sont rarement sympathiques au point de vue russe sur les sujets en question. Ses rapports sont toujours le reflet la vision prédominante aux États-Unis, qu’elle soit exacte ou fausse.

    Le point de vue de la Russie n’est jamais analysé en lui-même, mais toujours en relation avec la position états-unienne qui est a priori considérée comme la vérité ultime.

    On se demande comment cela nourrit la connaissance du terrain et le jugement du public américain, et de ses décideurs politiques, quand sa plus importante agence de presse fournit des informations de Moscou tellement déformées, voire fausses.

     

    Moon of Alabama

    Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone.

     


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    6 juillet 2017

     

    Le gouvernement et les médias mainstream des États-Unis présentent la Russie comme un agresseur dangereux auquel on doit résister et qui doit être puni, mais les Américains qui ont visité la Russie en mai ont découvert une réalité toute différente, écrit Rick Sterling.

     

    Pendant plus de deux semaines, ce mois-ci, une délégation de 30 Américains a visité sept régions et dix villes de Russie.

    Ce voyage a été organisé par Sharon Tennison du Center for Citizen Initiatives(Centre des initiatives citoyennes). Les participants se sont d’abord rendus à Moscou pour quelques jours de rencontres et de visites, avant de se séparer en petits groupes pour aller dans des villes comme Volgograd, Kazan au Tatarstan, Krasnodar, près de la Mer Noire, Novosibirsk en Sibérie, Ekaterinbourg, ainsi que Simferopol, Yalta et Sébastopol, toutes trois en Crimée.

    Après ces visites dans les régions, les délégués se sont retrouvés à Saint Petersbourg pour partager leurs expériences. Ce qui suit est un compte-rendu tout simple, accompagné de conclusions basées sur mes observations à Kazan et sur ce que les autres ont rapporté.

     

    – Les sanctions occidentales ont nui à des secteurs de l’économie russe mais elles ont favorisé la production agricole ;

    Les importations et les exportations ont été impactées par les sanctions occidentales imposées en 2014. Le secteur du tourisme a été durement touché et les échanges en matière d’enseignement entre la Russie et les États Unis ont été suspendues ou définitivement interrompues.

    Cependant, d’un autre côté, les sanctions ont amené des investissements dans l’agriculture et un développement de la production agricole. Les fermiers disent, nous a-t-on rapporté : « Ne levez pas les sanctions ! »

     

    – Certains oligarques russes investissent énormément dans les infrastructures.

    Ainsi le milliardaire Serguei Galitsky a-t-il développé le commerce de détail le plus important de Russie, la chaîne de supermarchés Magnit.

    Il a énormément investi dans des serres pourvues d’une technique de pointe d’irrigation goutte à goutte, qui produisent de considérables quantités de concombres, tomates et autres légumes de grande qualité, que les supermarchés distribuent dans la Russie tout entière.

     

    – Il y a une résurgence de la religion en Russie.

    On a rendu leur lustre aux églises orthodoxes russes et les feuilles d’or chatoient maintenant sur les dômes. Les mosquées ont été, elles aussi, rénovées ou reconstruites. Une superbe mosquée, très récente, est l’un des fleurons du Kremlin de Kazan au Tatarstan.

    Il y a, en effet, beaucoup de musulmans en Russie. Ils seraient, selon nos estimations, environ 10 millions, mais nous avons entendu des chiffres plus élevés.

    Nous avons vu de nombreux exemples d’unité interreligieuse, avec des imams qui travaillent main dans la main avec de jeunes prêtres russes orthodoxes. On nous a aussi raconté comment, à l’époque de Staline, on utilisait les églises comme prisons ou entrepôts alimentaires.

     

     

    – La Russie regarde de plus en plus vers l’est.

    L’emblème russe, un aigle bicéphale, regarde à la fois vers l’est et vers l’ouest : la Russie est un pays eurasien. Même si les liens politiques et économiques avec l’Europe sont toujours importants, la Russie regarde de plus en plus vers l’est.

    Le « partenaire stratégique » de la Russie est la Chine, et ce, d’un point de vue économique, politique et militaire. Il y a de plus en plus de touristes chinois et d’échanges en matière d’enseignement entre la Russie et la Chine. Aux Nations Unies, les deux pays ont tendance à voter de la même façon.

    On a en projet d’énormes investissements pour un réseau de transport ferroviaire appelé « la Nouvelle route de la soie » qui reliera l’Asie et l’Europe.

     

     

    – La Russie est un pays capitaliste avec un secteur étatique fort.

    Le gouvernement joue un rôle important dans des secteurs de l’économie comme les transports publics, l’industrie de la défense, l’extraction des ressources, l’enseignement et la santé,et parfois même il les contrôle. Les entreprises publiques fournissent à elles seules près de 40% des emplois.

    Tous les citoyens peuvent profiter d’un système de sécurité sociale mais il y aussi un système de soins privé, tout comme il y a un enseignement privé.

    Le secteur bancaire connaît des problèmes, avec des taux d’intérêt élevés et la faillite de nombreuses banques dans les dix dernières années.

    Les Russes déplorent que des multinationales étrangères puissent pénétrer dans des secteurs de l’économie, les contrôler, en chasser les concurrents russes et emporter les bénéfices chez eux.

     

    – Les Russes éprouvent une certaine nostalgie pour l’ex Union soviétique et ses idéaux communistes.

    Nous avons rencontré beaucoup de gens qui évoquent avec tendresse l’époque où personne n’était ni extrêmement riche ni horriblement pauvre et où la société avait des buts plus élevés.

    C’est ce que nous ont dit des citoyens qui vont du chef d’entreprise prospère au musicien rock vieillissant de l’ère soviétique. Cela ne signifie pas qu’ils ont envie d’un retour à l’époque soviétique, mais qu’ils se rendent compte que les changements survenus en Russie ont des avantages et des inconvénients.

    Ils condamnent dans l’ensemble l’effondrement de l’Union soviétique et le chaos économique des années 90.

     

     

    – On trouve de nombreux médias qui soutiennent le gouvernement et d’autres qui soutiennent les partis d’opposition.

    Il y a trois grandes chaînes de télévision contrôlées par le gouvernement qu’elles soutiennent. En même temps, on a de nombreuses chaînes qui critiquent le gouvernement et qui soutiennent différents partis d’opposition. Les journaux et les magazines n’approuvent pas, pour la plupart, le gouvernement.

     

    – Les transports publics sont remarquables.

    Les rues de Moscou grouillent de voitures neuves tandis que sous terre, on trouve un métro rapide, bon marché et performant qui est le plus utilisé d’Europe. Il transporte 40% de plus de voyageurs que celui de New York. Sur les lignes les plus importantes, on a un train toutes les minutes.

    Certaines des stations sont à plus de 70 mètres sous terre et sont pourvues des plus longs escalators d’Europe. Les trains interrégionaux, comme le Sapsan ( Falcon ) sur le trajet Saint Petersbourg / Moscou, vont à 200 kilomètres heure.

    Et en dépit de la vitesse, le voyageur n’est pas secoué ni gêné par le bruit. Emprunter ces trains est, d’ailleurs, une façon intéressante de regarder la Russie rurale avec ses datchas délabrées, ses charmants villages et les usines désertées de l’époque soviétique.

    Un nouveau grand projet dans ce secteur est la construction du pont entre Krasnodar et la péninsule de Crimée dont vous pouvez voir le plan dans cette courte vidéo.

     

    – Poutine est populaire.

    Selon votre interlocuteur, la popularité de Poutine se situe apparemment entre 60 et 80%. On peut avancer deux raisons. D’abord, depuis qu’il est au pouvoir, l’économie s’est stabilisée, les oligarques corrompus sont sous contrôle et le niveau de vie s’est amélioré de façon spectaculaire.

    Ensuite, on lui reconnaît d’avoir rendu à la Russie le respect dont elle jouissait sur le plan international et d’avoir redonné leur fierté aux citoyens russes.

    « Pendant les années 90, nous étions un pays de mendiants », disent certains. Les Russes ont un orgueil national très fort et le gouvernement de Poutine leur a rendu leur dignité.

    Selon certains, Poutine, qui est exposé à un stress intense et a une énorme charge de travail, mérite un peu de tranquillité.

    Ces témoignages ne signifient pas que tout le monde l’aime ou qu’on a peur de parler.

    À Moscou, notre guide officiel s’est délectée à nous montrer l’endroit exact, à l’extérieur du Kremlin, où, d’après elle, Poutine a fait assassiner l’un de ses ennemis. D’autres Russes avec qui nous avons parlé trouvent ridicules ces accusations auxquelles croient beaucoup d’Occidentaux.

    Quant aux allégations selon lesquelles Poutine est un « dictateur », elles ont fait rire franchement un groupe de 75 étudiants, en Crimée.

    La tension politique actuelle.

     

    – Les Russes ont beaucoup de mal à croire les accusations au sujet de « l’immixtion » dans l’élection présidentielle des États Unis.

    Un expert de politique étrangère, Vladimir Kozin, a déclaré : « Que la Russie ait influencé les élections américaines, c’est un conte à dormir debout ».

    Les Russes mettent en parallèle ces accusations non vérifiées et les preuves réelles de l’ingérence des États-Unis dans les élections russes passées, surtout dans les années 90 quand l’économie a été privatisée et que la délinquance, le chômage et le chaos mettaient à mal le pays. 

    Le rôle des États-Unis dans la « gestion » de l’élection de Boris Eltsine en 1995 est bien connu en Russie, tout comme l’est celui du financement états-unien de centaines « d’ONG » en Ukraine avant les incidents violents et le coup d’État de 2013-2014

     

    – La Russie veut grandement améliorer ses relations avec les États-Unis.

    Nous avons rencontré de nombreux Russes qui ont pris part à des échanges de citoyens avec les États Unis dans les années 90. Presque tous avaient des souvenirs très agréables de leurs visites et de leurs hôtes aux États Unis.

    Nous avons aussi rencontré des gens qui n’avaient jamais rencontré un Américain ni un anglophone auparavant. En règle générale, ils étaient prudents, mais très contents de voir des citoyens américains qui voulaient, eux aussi, l’amélioration des relations entre les deux pays et la réduction des tensions.

     

    – Les informations des médias occidentaux au sujet de la Crimée sont très déformées.

    Les délégués du Center for Citizen Initiative, la CCI, qui ont visité la Crimée, ont rencontré une vaste gamme de citoyens et de dirigeants élus.

    Les paysages sont « d’une beauté à couper le souffle » avec les montagnes qui tombent à pic sur les plages de la Mer Noire. En passant, ce qu’on oublie de préciser à l’Ouest, la Crimée fait partie de la Russie depuis 1783.

    Quand la Crimée a été, sur le plan administratif, transférée à l’Ukraine en 1954, celle-ci faisait partie intégrante de l’Union soviétique.

    Les Criméens ont dit aux délégués de la CCI avoir été horrifiés par la violence du coup d’État de Kiev dans lequel étaient impliqués des éléments fascistes et après lequel on avait attaqué des convois de bus venant de Crimée, faisant ainsi des blessés et des morts.

    Pour le nouveau gouvernement issu du coup d’État, le russe ne faisait plus partie des langues officielles du pays. Les Criméens ont très vite organisé et tenu un référendum pour faire sécession de l’Ukraine et « se réunifier » avec la Russie.

    La participation a été de 80% et 96% des votants ont choisi de rejoindre la Russie.

    Un Criméen a déclaré aux délégués du CCI : « Nous serions allés jusqu’à la guerre pour nous séparer de l’Ukraine ». D’autres ont fait remarquer l’hypocrisie de l’Occident qui permet des référendums sur l’indépendance en Écosse et en Catalogne et qui a encouragé la sécession de la Croatie, mais qui, pour la Crimée, rejette les résultats écrasants du référendum et le choix du peuple.

    Les sanctions contre le tourisme mettent à mal l’économie de la Crimée et pourtant les Criméens sont persuadés qu’ils ont pris la bonne décision.

    Les Américains qui ont visité la Crimée ont été bouleversés par la chaleur et la cordialité de l’accueil reçu. À cause des sanctions, peu d’ Américains visitent la Crimée, ils ont donc particulièrement attiré l’attention des médias.

    En réaction, les responsables politiques ukrainiens ont accusé les délégués d’être « des ennemis de l’État ukrainien » et ont mis leurs noms sur une liste noire.

    – Les Russes savent ce qu’est la guerre et elle leur fait peur.

    Vingt sept millions de Russes sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale et cette tragédie est gravée dans la mémoire collective russe.

    Le siège de Leningrad – maintenant Saint Petersbourg – par les Nazis a fait passer la population de 3 millions à 500 000.

    Quand on marche dans le cimetière le long des tombes collectives, on pense à l’intensité de la souffrance et de la résilience des Russes qui ont survécu, comme ils ont pu, à un siège de 872 jours.

    Des commémorations auxquelles la population participe massivement entretiennent le souvenir de la guerre. Des citoyens portent des photographies, de la taille d’une affiche, de leurs parents qui se sont battus ou sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qu’on appelle « le Régiment immortel ».

    À Kazan, le défilé était constitué de 120 000 personnes soit 10% des habitants de la ville et il s’est mis en marche à 10 heures pour s’arrêter à 21 heures.

    Dans le pays tout entier, des millions de citoyens participent activement à ces commémorations. Les marches et les défilés qui marquent « le Jour de la victoire » sont plus solennels que festifs.

     

     

    – Les Russes pensent être menacés.

    Tandis que les médias occidentaux qualifient la Russie « d’agressive », la plupart des Russes ont l’opinion inverse. Ils voient les États Unis et l’OTAN augmenter leur budget militaire, étendre leur influence, arriver jusqu’à la frontière russe, dénoncer les traités passés ou les violer et se livrer à des exercices militaires qui sont des provocations. Cette carte présente la situation.

     

    – Les Russes souhaitent une désescalade au niveau international.

    L’ex président Mikhaïl Gorbatchev a dit à notre groupe : « L’Amérique veut que ce pays se soumette ? C’est un pays qui sera toujours incapable de se soumettre ».

    Ces mots ont d’autant plus d’importance qu’ils sont de Gorbatchev, l’initiateur de la politique étrangère de la perestroïka, politique qui a mené à sa propre élimination du pouvoir et à l’effondrement de l’Union soviétique. Il a écrit au sujet de la perestroïka : « Son résultat principal a été la fin de la guerre froide.

    Une longue période de l’histoire du monde qui pouvait être fatale, où l’humanité tout entière vivait sous la menace constante d’une guerre nucléaire, a pris fin ».

    Pourtant nous vivons une nouvelle guerre froide et la menace a refait surface.

    Malgré trois ans de sanctions économiques, de cours bas du pétrole et d’une intense guerre de l’information à l’Ouest, la société russe se porte raisonnablement bien, semble-t-il.

    Les Russes, toutes tendances confondues, souhaitent vraiment bâtir des relations d’amitié et un partenariat avec les États Unis.

    Dans le même temps, ils ne sont pas, apparemment, prêts à se laisser intimider. Ils ne veulent pas la guerre, ne la déclareront pas, mais s’ils sont attaqués, ils se défendront comme ils l’ont fait dans le passé.

     

     

    Rick Sterling est un journaliste d’investigation basé dans la baie de San Francisco.

    Source : Rick Sterling, Consortium News, 31-05-2017.

     

    Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.


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    6 juillet 2017

     

     

    Les 7 et 8 juillet prochains, le G20 se réunit à Hambourg et les médias bruissent de rumeurs, spéculations et prédictions sur la teneur des échanges entre les dirigeants des pays les plus puissants du monde.

     

    Sputnik vous offre un tour d’horizon des prévisions des médias français et mondiaux sur ce sommet.

    Le sommet du G20 qui s'ouvrira le 7 juillet à Hambourg est l'un des évènements les plus attendus de la scène politique internationale et ce n'est un secret pour personne que la rencontre Poutine-Trump, tant anticipée par le monde politique et médiatique, à la faveur de nos confrères, qui spéculent à longueur de colonnes sur cet échange… au sommet.

    «Entre Donald Trump et Vladimir Poutine, l'heure des comptes a sonné»: c'est sur cette note sinistre que la rencontre imminente est décrite par Le Monde.

    Lors de leur première réunion, les deux politiques pourront enfin se mesurer, écrit le journal, qui ajoute que le contexte actuel plutôt chargé, aggravé par les récents tirs nord-coréens, «contraignent le Président américain à chercher des alliés».

    Ni sa visite en Pologne, ni une réunion prévue avec Xi Jinping, n'aura une aussi grande importance pour M.Trump que la rencontre avec Vladimir Poutine.

     

    Le journal Libération s'attend de son côté à une réunion compliquée en raison de l'arrivée de Donald Trump et des manifestants qui promettent «l'enfer» autour du lieu de l'événement.

    «Divergences sur la lutte contre le changement climatique, le libre-échange, première rencontre entre les présidents américain et russe dans un contexte pesant, tensions américano-chinoises, frictions Allemagne-Turquie, rarement les sujets de contentieux ont été aussi nombreux pour une réunion internationale de ce type», écrit le journal.

    Outre les prévisions, bon nombre de médias se posent la même question: une discussion sur la prétendue ingérence des Russes dans les élections américaines a-t-elle eu lieu?

     

    La visite du Président chinois en Allemagne a également augmenté le nombre de spéculations sur fond du G20.`

    Pour Le Figaro, les pandas de diplomatie offerts par la Chine à Berlin témoignent ainsi du rapprochement germano-chinois car «derrière les sourires et le symbole, il est bien question de politique».

    «En mettant en scène un rapprochement entre Berlin et Pékin, Angela Merkel adresse aussi un message à Donald Trump, qu'elle doit rencontrer jeudi à Hambourg», insiste le journal, tout en précisant que «la chancelière se fait peu d'illusions sur les possibilités d'un consensus au G20».

    En outre, les médias donnent une place particulière à la situation autour du retrait des États-Unis de l'accord sur le climat.

    Selon Libération, «l'enjeu du sommet du G20 de Hambourg sera, pour le climat, d'éviter tout nouveau recul en s'assurant que les autres grands pollueurs réaffirment clairement leur adhésion à ce pacte».

     Le Journal de Montréal a de son côté défini trois sources de tension susceptibles de réchauffer le sommet: climat, tensions bilatérales et manifestations.

    En ce qui concerne les affaires financières, Les Échos écrivent que le sommet veut encourager les investissements privés en Afrique: «L'Allemagne a fait de ce partenariat avec l'Afrique (appelé "Compact with Africa") une priorité de sa présidence du G20 en 2017».

    En fait, l'horizon de spéculations sur le G20 est encore plus large dans la presse à travers le globe. La chaîne CNN a vraiment pris cette rencontre en ligne de mire.

    Alors qu'elle n'a même pas encore eu lieu, elle divise déjà les analystes de la chaîne: certains s'attendent à ce qu'elle «détermine le futur ordre mondial» tandis que d'autres déclarent: «N'attendez pas beaucoup de la rencontre Poutine-Trump».

    Le journal polonais Rzeczpospolita partage ce dernier point de vue: selon lui, bien qu'il ait promis de «conclure un gros accord avec le Kremlin», les paroles de Trump ne seraient qu'un mythe, car les «mains du Président américain sont liées».

     

    De quoi les dirigeants peuvent-ils discuter en marge du G20? Voici les prévisions faites par les analystes de CNN, Aaron David Miller et Richard Sokolsky:

    «L'attention du monde est centrée sur le problème insoluble de la Corée du Nord, mais les Russes ont très peu à offrir là-bas.

    Il existe plus de raisons d'être optimiste au Moyen-Orient, où, au moins sur papier, Washington et Moscou ont des convergences d'intérêts dans la lutte contre Daech. (…)

    L'aspiration de Trump à enrôler Poutine dans la coalition pour vaincre Daech est bien connue.

    Poutine ne demanderait pas mieux que d'échanger cette participation contre la levée des sanctions contre la Crimée et l'Ukraine», affirment-ils.

    En marge de leurs éventuels sujets de conversation, qui diffèrent d'un média à l'autre (Ukraine, sanctions, Daech et Corée du Nord), plusieurs journaux évoquent l'ambiance éventuelle lors du sommet. Newsweek en est sûr: la poignée de main entre les dirigeants américain et russe démontrera «un niveau olympique de fanfaronnade de machos»!

    Toutefois, la chaîne Fox News a averti le Président américain: il devrait faire preuve de vigilance, car s'il «se comporte trop amicalement avec Poutine, les journalistes se jetteront sur lui comme un requin sur l'hameçon».

     

    Al Jazeera a de son côté appelé les pays du G20 à se concentrer sur l'amélioration de la société civile, parce qu'avec une telle liste de problèmes essentiels, «il faudra plus de 20 personnalités pour les résoudre».

    Le journal Die Welt affirme toutefois qu'à la veille du sommet, les politiques allemands traitent le Président américain comme un «pestiféré» et essaient de prendre les distances avec lui. La semaine dernière, dans le cadre de la réunion européenne, Angela Merkel a souligné à plusieurs reprises ses «différences» avec les États-Unis.

    «L'Allemagne, avec sa chancelière doucement rebelle, sa politique des réfugiés et un énorme excédent d'exportations vers les États-Unis est actuellement menacée de tomber dans le groupe des "partenaires hostiles"», déclare le journal, ajoutant que dans une telle situation, les politiques ne veulent pas alimenter encore plus le conflit du côté allemand.

    L'alliance russo-chinoise a elle aussi fait couler beaucoup d'encre.

    La visite de Xi Jinping à Moscou ne s'est pas déroulée tout à fait «par hasard» à la veille du G20, a estimé l'expert du centre d'analyse Verisk Maplecroft sur les ondes de la BBC.

    La Russie et la Chine ont clairement fait savoir au reste du monde qu'ils sont maintenant des partenaires-clés et qu'ils ont l'intention de tenir un front uni lors du G20, a-t-il déclaré.

     

    Quant aux relations russo-allemandes, USA Today a décidé d'aller plus loin dans ses prévisions pour le G20.

    Le journal titre: «Vladimir Poutine va-t-il essayer d'effrayer Angela Merkel lors de leur rencontre (à Hambourg)?» À l'appui de cette question polémique, il affirme que le Président russe aurait amené son chien Connie pour une réunion avec la chancelière allemande spécialement pour l'effrayer.

    Pour le journal, cette réunion souligne une relation politique tendue qui sera à nouveau testée au sommet à Hambourg.

    SOURCE   http://www.citoyens-et-francais.fr/2017/07


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